Terriennes

Fadwa Suleiman : mort de celle qui a dit non à Bachar al Assad

Fadwa Suleiman, lors d'une manifestation de soutien au peuple syrien, le 17 avril 2012 à Paris (France).
Fadwa Suleiman, lors d'une manifestation de soutien au peuple syrien, le 17 avril 2012 à Paris (France).
©AP Photo/Thibault Camus

Fadwa Suleiman, 47 ans, est décédée jeudi 17 août en France. C’est là qu’elle avait trouvé refuge depuis 2012, après avoir dû fuir la Syrie, où elle était menacée de mort. Cette actrice célèbre avait été condamnée à se taire par le président syrien pour avoir organisé des manifestations pacifistes contre le régime à Homs.

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Les images de cette jeune femme aux cheveux coupés court, haranguant la foule à Homs, ont fait le tour du monde. Comédienne de théâtre, actrice de cinéma et de feuilletons télévisés à succès dans le monde arabe, Fadwa Suleiman devenait alors l'égérie du soulèvement syrien. 
 


«Des perquisitions ont été menées à Homs pour m'arrêter, des gens sont frappés, torturés, pour avoir des informations et me localiser»,  lancait-elle dans une vidéo postée sur Youtube, le 10 novembre 2011, jour de grève générale en Syrie. 
 

La pasionaria de Homs

Elle est entrée en révolution le 21 mars 2011, six jours après un appel lancé sur Facebook par des militants démocrates à manifester dans toute la Syrie. On la baptise alors la «  pasionaria de Homs », ou encore « l'alaouite-qui-dit-non-à-Assad » (Bachar al Assad est de confession alaouite NDLR). 
 
Coupe à la garçonne dégageant son visage sculpté, Fadwa Suleiman fait oublier son ex-vie d'actrice, mais va jouer son «plus beau rôle parmi des héros qui m’accueillent et me protègent dans cette ville qui résiste au conflit communautaire attisé par le régime», peut-on lire dans un portrait paru dans Libération, en décembre 2011. 
 
Fadwa Suleiman, vue par Carhilo (Lisbonne), dessin paru dans le Courrier International.
Fadwa Suleiman, vue par Carhilo (Lisbonne), dessin paru dans le Courrier International.
©capture internet

Dans un entretien accordé au magazine M du Monde, en avril 2012, elle déclare qu’elle aurait aimé ne pas être alaouite, non pas par honte mais parce que cela n'a pas de sens pour elle. «Je ne suis rien, rit-elle, soudain férocement joyeuse. Voilà, écrivez ça : je ne suis rien. Avant la révolution, je vivais dans un autre monde, j'étais en pleine quête intérieure. Je suis un être humain, qui vit hors de tout préjugé et qui va vers l'inconnu. J'appartiens à l'humanité. Mon premier et mon second mari sont sunnites. Je n'appartiens à aucune religion. Ces classifications sont périmées. Quand la révolution a éclaté, j'ai réalisé que j'étais syrienne et que mon rôle était de guider les gens pour ne pas les laisser être entraînés vers la mort.»

 
Je veux dire à tous les enfants de Syrie, et à tous les enfants du monde, qu'on ne tue pas, même avec les mots Fadwa Suleiman sur TV5monde, mai 2014

"Homs est le coeur de la Syrie", ​ nous confiait-elle, bouleversée, après un très long silence sur le plateau de l'émission de Tv5monde, MOE, à la vue des images des réfugiés de Homs, en mai 2014.
 

 

Exil parisien

Une fois arrivée dans la capitale française, malgré l’exil, elle continue le combat en participant aux manifestations de soutien au peuple syrien. 
 
 

Le jeune cinéaste franco-syrien Meyar al Roumi, (joint par téléphone), parle d'elle comme d'« une femme qui donnait une autre image de la femme syrienne, loin des clichés sur le monde arabe ». « L'exil est une question de survie, menacée de mort, elle avait risqué sa vie en traversant la frontière jordanienne à pied. Elle était consciente de son statut d'icône. Elle s'opposait à tous, sans plier face à la diplomatie, sans concession. Une position très idéaliste, trop peut-être selon certains, dont elle était sans doute victime aujourd'hui»

Réfugiée politique à Paris, elle se met à écrire. Tout d’abord pour le théâtre, un texte, Le Passage, qu'elle a présenté en Avignon avec la complicité de la metteure en scène Catherine Boskowitz.

Elle en parlait sur le plateau de MOE en mai 2014.
 

 

Après le théatre, elle se tourne vers la poésie et publie un recueil de poèmes « À la pleine lune », dans lequel la toujours militante tente de mettre des mots sur l'expérience profonde qu'elle a du conflit syrien. « La poésie m’a redonné une voix  », déclarait-elle lors d’une rencontre avec des lycéens français en mars 2016.
 
"A la pleine lune", de Fadwa Suleiman, aux éditions Le Soupirail.
"A la pleine lune", de Fadwa Suleiman, aux éditions Le Soupirail.