Faezeh Hachémi Rafsandjani, au nom du père

L’Iranienne Faezeh Hachémi Rafsandjani, activiste des droits de la femme et critique virulente du gouvernement actuel, a été condamnée à plusieurs mois de prison. Cette sentence, contre laquelle Fazeh Hachémi Rafsandjani a fait appel, sonne comme un avertissement lancé à tous les opposants.

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Dessin de Nik Kowsar, caricaturiste iranien, Khodnevis.org-Canada. Cliquez sur l'image pour l'agrandir
Dessin de Nik Kowsar, caricaturiste iranien, Khodnevis.org-Canada. Cliquez sur l'image pour l'agrandir
Son père a été pendant des années le symbole du régime islamique. Elle est devenue aujourd’hui l'un des emblèmes de la contestation. Faezeh Hachémi Rafsandjani, fille de l’ancien président iranien[de 1989 à 1997] Ali Akbar Hachémi Rafsandjani, a été condamnée il y a quelques jours à six mois de prison, et interdite de toute participation dans des activités politiques. Elle est accusée de "propagande contre le régime islamique". Elle a notamment déclarée en avril dernier, dans une interview au quotidien en exil Rooz, que "l’Iran est dirigé par une bande de voyous".

Une fraicheur juvénile

Toujours vêtue de son chador noir [voile islamique], Faezeh Hachémi Rafsandjani s’autorise pourtant parfois une excentricité, laissant dépasser un pan de tissu rouge ou d’un imprimé léopard.  Si elle est âgée de cinquante ans, ses traits gardent une fraicheur juvénile qui contraste avec la force de son regard noir. Faezeh Hachémi Rafsandjani est une femme déterminée. Cela fait un moment que le régime cherche à la faire taire. Députée de Téhéran pendant plusieurs années, puis rédactrice en chef du journal Zan (femme), elle s’est distinguée dans la défense des droits de la femme. En juin 2009, lorsque la contestation à l’élection présidentielle battait son plein, elle a été arrêtée avec d’autres manifestants. Elle a fait plusieurs séjours brefs en prison.

Mais aujourd’hui quelque chose a changé. Faezeh Hachémi Rafsandjani, qui n’a jamais eu la langue dans sa poche, est à présent en position plus vulnérable. Malgré ses critiques ouvertes et ciblées contre le régime, elle a longtemps été protégée par la place proéminente de son père Ali Akbar Hachémi Rafsandjani dans les instances dirigeantes de la République islamique. Ce dernier y a occupé presque toutes les postes clés.

La fin de la protection parentale

En raison de ses divergences politiques avec le président actuel Mahmoud Ahmadinejad, son père a été progressivement écarté du pouvoir. Même s’ils incarnent tous les deux l’aile conservatrice du régime, les deux hommes symbolisent deux faces très différentes de l’Iran : Ahmadinejad, le civil d’origine modeste, joue le serviteur nationaliste du peuple tandis que Rafsandjani, à la fois religieux et homme d’affaires richissime, défend le pragmatisme en politique intérieure et étrangère. En écartant la fille, c’est aussi le père qu’on vise.

A quelques semaines des élections législatives du 2 mars 2012, premier scrutin depuis la contestation de 2009, les autorités ont envoyé un signal clair à l’opposition réformatrice. Des centaines de personnes ont séjourné en prison, suite aux manifestations de 2009. Plus de 80 personnes ont été condamnées à des peines de prison très lourdes et cinq personnes ont été condamnées à mort. Les deux leaders de la contestation, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, sont assignés à résidence depuis près d’un an.