Faits de plumes et de poils, l'origine du monde réinventée par Cécile Hug

Accrochage de “L'origine du Monde“ à Ornans - photo AFP/SEBASTIEN BOZON
Accrochage de “L'origine du Monde“ à Ornans - photo AFP/SEBASTIEN BOZON

« L’origine du monde », sulfureux tableau, exposé habituellement au Musée d’Orsay à Paris, qui vient de rejoindre pour quelques semaines le musée Courbet d’Ornans (Doubs), lieu de naissance du peintre, a inspiré des générations d’artistes. Cécile Hug revendique directement cette filiation. Exposée prochainement dans la capitale française, cette artiste plasticienne dédie au pubis féminin un pan de sa jeune carrière. Elle brode, tricote, file des pubis. Les orne d’insectes, de coquillages ou d’herbes folles. Cette partie si décriée de l’anatomie féminine, entre ses doigts agiles, devient oeuvre d’art.

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Le pubis, attirance et répulsion

Touffu et sylvestre. Ou glabre et rasé. Exposant, offrant à des regards qui n’en demandent pas tant, l’intimité de la femme, vulve, lèvres, pilosité. Cet entre-jambe avec lequel les femmes elles-mêmes sont si souvent peu à l’aise, Cécile Hug le drape. De douceur ou de mystère. En fait buisson ardent ou conte de fée. Matière organique, un papillon, un scarabée s’y posent.

Un travail commencé en juin 2013 dans le cadre d'une résidence au Centre d'Art Contemporain de Cacis en Catalogne et qui se poursuit depuis. « La question de l'origine est centrale dans l'entre-jambe. C’est pour moi un retour à la nature, un répertoire sur la biodiversité. Branches, brindilles, feuilles, coquillages, insectes.

Végétal - l'une des oeuvres exposées à Paris de Cécile Hug
Végétal - l'une des oeuvres exposées à Paris de Cécile Hug
Le poil, heurts et malheurs

Le pubis vu par Cécile Hug est empreint de poésie. Il porte haut sa beauté. Loin de la toison que le conditionnement esthétique, les religions, la mode nous conduisent à considérer avec dégoût.
Ce poil, que dis-je le moindre duvet, a-t-il toujours été traqué sans répit ? On aurait retrouvé les premières pinces à épiler rudimentaires dans des sépultures datant de la préhistoire. C’est dire si cette obsession est profondément ancrée. Si l’Antiquité n’aime que les corps glabres, poils et cheveux deviennent au Moyen-Age symboles de sagesse et de pouvoir. Pour preuve, cette pratique des Mérovingiens coupant les cheveux de ceux qu’ils voulaient écarter du trône.
Au VIIIe siècle, la religion et ses diktats entrent en scène. Symboles de paganisme, barbes et cheveux longs sont à proscrire. Charlemagne adhère et importe dans son empire les coutumes romaines. Les cheveux raccourcissent. Sur le visage, la pilosité se fait plus discrète. Fin des barbes. La tendance est à la moustache.
Pendant ce temps, que font les femmes avec leur pilosité ? Pas grand chose jusqu’aux croisades. Car en Orient conquis par les chevaliers francs, le poil n’a pas la cote. Les princesses orientales s’épilent : front, aisselles et pubis. La cire chaude, ennemie jurée du poil, se répand en Occident.

Ce que cette brève histoire du poil tente d’introduire, c’est la double dimension sociale et politique de cet attribut du corps humain. Deux historiens, Marie-France Auzepy et Joël Cornette, lui ont même consacré une somme : HISTOIRE DU POIL aux Editions Belin. Car il en a connu des hauts et des bas, ce poil, en particulier le poil féminin. Toison maudite symbole de bestialité et de sexualité débridée, disqualifiée au début du 20ème par la mode des bains de mer, interdite de représentation publique jusqu’aux années Giscard, elle revient dans les années hippies comme l’étendard des luttes féministes contre la suprématie mâle. Le poil ne cessera plus d’être cet instrument de revendication. Même si les militantes sont un peu les seules en France à laisser ses luxuriances envahir aisselles, mollets et pubis. On peut être suffragette et avoir les jambes lisses... Tandis qu'en Suède ou en Allemagne, royaumes de la nature reine et du naturisme, rares sont celles qui songent à se raser.

Laine
Laine
Le pubis, terre de conquête

Comment est-on passé des années yéyé aux années intégrales ? De la « foufoune » au ticket de métro ? La pornographie n’y est pas pour rien. Mais elle n’est pas la seule. Marie-France Auzepy, historienne du poil. « En France, deux causes, qui ne sont absolument pas liées, peuvent expliquer cette mode. La première relève d’un machisme intégré par les femmes : une femme sans poils ne fait pas peur puisqu’elle ressemble à une petite fille. L’épilation du maillot peut également s’expliquer par le développement de la religion musulmane dans l’Hexagone. En effet, dans l’Islam, l’épilation des aisselles et des parties intimes est fortement conseillée, voire obligatoire. »

Organique...
Organique...
Le poil, retour du transgressif

C’est la démarche revendiquée par la Galerie PAPELART, laquelle va exposer à partir du 20 juin 2014 Cécile Hug et d’autres artistes autour du thème « De plumes et de poils ». Orianne Berguemont, l’un des directrices de PAPELART : « Les créations de Cécile nous permettent d’envisager le pubis comme un territoire à habiter, une géographie à la fois personnelle et commune à tous, un lieu de passage et de mutation à l’origine du monde et de notre existence. Un paysage intérieur, extérieur et entre deux. »

Formée à la National Arts School de Sydney en Australie, à la photographie au centre de Formation Professionnelle Supérieur des Arts, Techniques & Métiers à Paris et enfin en lettres et arts à l’Université Paris-Diderot, Cécile Hug a d’abord photographié. Ses propres photos parlent mieux que personne de son actuel travail de plasticienne. Il résulte d’un long parcours de maturation.

Femme, mère et artiste, l’envie progresse de travailler sur son propre corps. Sur - le nom s’est imposé dit-elle avant l’image - son entre-jambe, haut lieu de sa féminité, de sa sexualité et de sa maternité. Mais le chemin est long jusqu’au déclic. Un jour de soleil dans un jardin provincial et tout d’un coup, la sensation que le moment est venu. Le désir, en même temps qu’elle, a mûri.

Dessin au crayon d’abord, choix des matériaux ensuite. Sa production est ensuite importante. Des pubis comme s’il en pleuvait, tout de dentelles, tricots, folles avoines et autres graines. Infiniment doux et féminins.

“J'aime que tout se fasse en douceur et harmonie“

Dessin, recherche des matériaux, assemblage, couleurs, Cécile Hug décrit le processus d'où naissent ces entrejambes tous différents les uns des autres.
“J'aime que tout se fasse en douceur et harmonie“

“Faits de plumes et de poils“, l'exposition

A découvrir à Paris, à la Galerie PAPELART
1, rue Charlemagne
75004 Paris
du 20 juin au 31 juillet 2014

Cécile Hug, artiste plasticienne