Le 8 mars du foot féminin en Algérie avec Fatima Sekouane, capitaine de l'équipe nationale

Fatima Sekouane à l'entraînement avec l'équipe nationale de football féminin d'Algérie
Fatima Sekouane à l'entraînement avec l'équipe nationale de football féminin d'Algérie
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Pour ce 8 mars 2017, journée internationale des droits des femmes, coup de chapeau de Terriennes à l'hebdomadaire algérien BOTOLA, 100% foot, qui se conjugue au féminin pour les footballeuses algériennes. Avant goût de ce numéro spécial #BotolaFootFeminin avec une belle rencontre : Fatima Sekouane, capitaine de l’équipe nationale. 

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Fatima Sekouane, née le 21 MaI 1983, à Oran. Poste : Libéro

S’il y a bien une personne sur cette terre qui mérite le surnom de capitaine courage, c’est Fatima Sekouane. Cette jeune femme est non seulement la capitaine de son club, le AFFAK Relizane (l’un des clubs les plus puissants du pays), mais c’est aussi celle de l’équipe nationale d’Algérie. Cette Oranaise, d’une grande simplicité, passionnée de football et supportrice du MC Oran n’est pas arrivée où elle en est comme cela. Elle s’est hissée au sommet du football féminin national, à la force de ses pieds, à la sueur de son front et en travaillant le jour comme la nuit. Internationale depuis 2002 et en division nationale depuis 2010 c’est étape par étape que Fatima a gravi les échelons. Et comme elle le raconte si bien, dans l’entretien qu’elle a accordé à l'hebdomadaire 100% foot BOTOLA, cela n’a pas été facile tous les jours.

> Pour en savoir plus sur ce numéro spécial de Botola, magazine hebdo 100% foot,  #BotolaFootFeminin, rendez vous sur sa page Facebook

J’ai commencé le football dans la rue. Cela gênait énormément mon grand frère qui était totalement contre le fait que je joue au foot dans la rue, avec une majorité de garçons
Fatima Sekouane, capitaine de l’équipe nationale de foot féminin d’Algérie

Botola : Pouvez-vous vous présenter ?

Fatima Sekouane : Je m’appelle Sekouane Fatima, je suis née le 21 Mai 1983 à Oran. Je suis capitaine de l’équipe d’Affak Relizane en division nationale une et de l’équipe nationale. A côté de ma carrière je pense à ma reconversion et je prépare en parallèle mes diplômes d’entraineur.

Quel a été votre parcours ?

Fatima Sekouane : J’ai commencé le football dans la rue, dans le quartier. Cela gênait énormément mon grand frère qui était totalement contre le fait que je joue au foot dans la rue et a fortiori avec une majorité de garçons. Pour régler ce problème et calmer mon frère, mes parents m’ont inscrite dans un club. En 1996 je signais ma première licence en faveur de l’Intissar d’Oran jusqu’en 2005. J’ai fait une saison à l’USM Oran puis je suis retournée à l’Intissar en 2006. Jusqu’en 2009 où je rejoignais l’AFFAK Relizane, où je me trouve actuellement. Avec Relizane, j’ai remporté 7 titres de champion d’Algérie, 6 coupes d’Algérie et 2 coupes d’Afrique du nord.

#BotolaFootFéminin, la Une de ce numéro spécial 100% foot et 100% femmes
#BotolaFootFéminin, la Une de ce numéro spécial 100% foot et 100% femmes

Parlez nous du quotidien en club d’une joueuse de Nationale Une ?

Fatima Sekouane : Tout ce que je peux vous dire c’est que nous ne sommes pas logées à la même enseigne. Certains clubs disposent de moyens financiers, de sponsors et sont encouragés par les autorités locales et d’autres non. Relizane est en termes de palmarès l’un des plus grand club d’Algérie. Nous avons gagné des tonnes de titres et nous faisons beaucoup parler de la ville, plus que les garçons, et pourtant il semble que nous n’intéressons personne. Nous sommes championnes en titre et n’avons aucun sponsor et nous devons nous débrouiller avec l’enveloppe d’1 million de dinars (10 000 euros environ), octroyée par la Fédération Algérienne de Football, chaque année au club pour financer les déplacements, les frais de bouche et l’hébergement aux quatre coins du pays pour jouer la saison régulière, les plays off, la coupe d’Algérie et la coupe de la Ligue. Une équation très difficile à résoudre. Les nombreux entrepreneurs de la wilaya de Relizane préfèrent sponsoriser les garçons. C’est bien dommage car je vous assure qu’avec un tout petit peu plus de moyens on pourrait viser une coupe africaine.

Comment êtes-vous arrivée en équipe nationale ?

Fatima Sekouane : Si je suis arrivée en équipe nationale, c’est que je devais avoir du talent. Mais à 90%, j’y suis arrivée grâce au travail. Lorsqu’on travaille et que l’on a une volonté de fer, on finit toujours par atteindre les sommets et ses objectifs. J’ai travaillé et grâce à dieu j’ai été récompensée. Je suis la capitaine de l’équipe nationale et j’en suis fière.

L’ironie du sort c’est que mon grand frère aujourd’hui est mon fan n°1
Fatima Sekouane, capitaine de l’équipe nationale de foot féminin d’Algérie

Et la famille ? Ont-ils accepté que vous jouiez au football ?

Fatima Sekouane : Toute ma famille, et en particulier mon père, m’ont toujours encouragée à jouer au foot, car ils avaient compris que c’était ma passion. Seul mon grand frère ne l’acceptait pas au début. Et lorsqu’il me trouvait en train de jouer dans la rue, il me disputait et me demandait de rentrer à la maison. Lorsque mes parents lui ont demandé pourquoi il se comportait comme cela avec moi, il leur a expliqué qu’il n’accepterait jamais que je joue dans la rue. Pour couper court à l’embrouille, mon père m’inscrite dans un club et lui a dit : « Voilà, elle ne joue plus dans la rue, mais dans une équipe et avec des éducateurs. Donc maintenant laisse là tranquille. » C’est comme cela que j’ai pu continuer le football. L’ironie du sort c’est que mon grand frère aujourd’hui est mon fan n°1. Il regarde tous mes matchs lorsqu’ils sont télévisés. Il porte tous mes maillots de l’équipe nationale dans la rue et vante mes exploits à qui veut l’entendre. Mon père est venu me voir pour m’encourager à tous mes matchs jusqu’à ce que sa santé ne lui permette plus de le faire. Je ne l’oublierai jamais. Aujourd’hui il m’appelle après les rencontres et me demande les scores. Je lui souhaite un prompt rétablissement inchallah.

Que manque-t-il à l’équipe nationale pour gagner une CAN (Coupe d'Afrique des nations) et participer à une coupe du monde ?

Fatima Sekouane : A mon sens il faut plus de travail. Il faut que les filles travaillent plus en club qu’actuellement. Il faut aussi jouer le maximum de matchs pour avoir du rythme et du volume de jeu, et bien sûr beaucoup plus de stages et de matchs pour la cohésion. Sinon le talent, nous l’avons. Il ne manque pas grand-chose pour franchir le pallier supérieur.

Combien y a-t-il de joueuses de l’AFFAK Relizane en équipe nationale ?

Fatima Sekouane : Nous sommes 6 joueuses à être en équipe nationale, c’est vous dire si notre club est relevé en termes de niveau.

Mais cette saison vous marquez un peu le pas ?

Fatima Sekouane : Je vous répondrai que nous sommes aussi fortes que d’habitude mais qu’en football, il faut des fois, en plus du talent, un peu de réussite, voire un peu de chance. Nous perdons la finale de la Supercoupe face au FC Constantine, aux penaltys, autant dire à la loterie, et nous nous sommes fait éliminer de la coupe de la ligue en ne perdant que (1-0) à l’extérieur et en gagnant chez nous (2-1) à la faveur du but qui compte double à l’extérieur. Le but de l’AS Sûreté Nationale ayant marqué grâce à un penalty. Mais ne vous inquiétez pas, il reste le championnat national et la coupe d’Algérie. Et l’AFAK Relizane répondra présent inchallah.

On sent qu’il y a aussi un nivellement du niveau ?

Fatima Sekouane : C’est la vérité. Tous les clubs travaillent. Le niveau se resserre. L’époque des victoires (9-0) est révolue. Aujourd’hui tous le monde sait défendre, sait attaquer et a de bonnes notions tactiques. Il y a quatre équipes qui se valent en championnat l’ASE Alger centre, le FC Constantine, l’AS Sûreté nationale et nous-mêmes, qui tirent ce championnat vers le haut. Il faut rester concentrées et ne pas se relâcher sinon tant pis pour vous et tant mieux pour le football féminin algérien.

Le foot féminin en Algérie en quelques chiffres

(source BOLOTA)

"Un million de dinars ont été distribué par la Fédération de football algérien aux clubs féminins en début de saison. Avec cette enveloppe, les équipes doivent financer la participation à trois compétitions, le championnat, la Coupe d’Algérie et la Coupe de la Ligue et tout ce que cela comprend (déplacement hébergements primes). Sachant que ces équipes n’ont aucun sponsor. C’est de l’irrespect vu ce qu’on donne aux garçons. Seize clubs ont participé à la saison régulière de la ligue féminine de première division. Huit dans le groupe centre est et huit autres dans le groupe centre- Ouest."
Le premier club de foot féminin algérien a été fondé en 1975, et le premier championnat a été lancé en 1998.
Les Algériennes ont gagné la coupe arabe Egypte 2006, le challenge des deux rives en 2009 ; elles sont vice- championnes d’Afrique en Tunisie en 2009 et troisièmes aux jeux africains 2011. L’équipe occupe la 74ème position selon le classement mondial de la FIFA du 27 mars 2016.

Chez les Laidies Fennecs, le clivage émigrées – locales existe-t-il ?

Fatima Sekouane : Franchement cette histoire de conflit des joueuses ou joueurs (puisqu'on dit la même chose des garçons) locaux et ceux ou celles qui évoluent à l’étranger est un « fantasme » de certains plateaux de télé ou une rumeur sortant tout droit de « radio trottoir ». Il n’ya aucun conflit entre nous, bien au contraire. Nous sommes toutes des Algériennes, nous nous battons toutes pour les mêmes couleurs, celles du drapeau national et nous nous entendons à merveille. La preuve c’est que nous gardons le contact et nous nous voyons même en dehors des stages. Elles viennent nous voir en été lorsqu’elles sont en vacances et lorsque l’une de nous va en France, elles nous invitent à dîner. Nous sommes des sœurs.

Un dernier mot pour vos fans ?

Fatima Sekouane : Je remercie le journal Botola pour son intérêt en faveur du football féminin. Je remercie aussi ma famille et surtout mes parents qui m’ont toujours soutenue. Je remercie aussi tous les éducateurs et les entraîneurs qui m’ont amenée au niveau qui est le mien et j’espère que j’apporterai à la jeune génération la même chose qu’ils m’ont apportée. Un salut spécial aussi à mon club l’AFFAK Relizane et à tous ses supporters qui nous encouragent au quotidien. Je souhaite aussi que l’équipe nationale renoue avec la coupe d’Afrique des Nations et même plus. Enfin je remercie tous les supporters de l’équipe nationale qui viennent au stade lorsque nous jouons où qui nous envoient plein de messages d’encouragements via les réseaux sociaux.

En France, les Dégommeuses passent à l'attaque

Dans "A toi de jouer !" une brochure ludique, mêlant BD, jeux, historique du foot au féminin, l'équipe parisienne des "Dégommeuses" dont nous avons relaté les exploits dans Terriennes, ont décidé pour ce 8 mars 2017, de passer à l'attaque, le plus paisiblement du monde, en invitant les filles à s'adonner à leur sport favori, sans craindre ni le regard des autres, ni les interdits non dits.

Les préjugés sont partout et ils empoisonnent la vie de beaucoup d’entre nous

En préambule de ce joli carnet de 10 pages, voici ce qu'elles énoncent : "Ce qui nous révolte, par exemple, c’est que les filles ne puissent pas accéder aux mêmes espaces que les garçons, et que des femmes qui réussissent dans le sport ou dans leurs métiers ne puissent pas avoir les mêmes honneurs ni le même salaire que les hommes qui font les mêmes activités. Certaines personnes pensent encore que « le foot, c’est pas un sport de filles », d’autres rigolent quand un garçon leur dit qu’il a envie de faire de la danse, ou sont persuadées que les performances sportives peuvent dépendre de la couleur de peau… Les préjugés sont partout et ils empoisonnent la vie de beaucoup d’entre nous. Mais nous on a confiance en toi pour nous aider à "dégommer" tout ça et pour vivre ta passion à fond tout en respectant celle des autres ! (.../...) Le ballon rond, c’est génial parce qu’on peut y jouer à la récré, dans son jardin, dans sa cour d’immeuble, sur des terrains en dur, en herbe, en synthétique, dans les bois, dans les prés, en salle, à 5, à 7, à 11, en mixité ou non… toutes les combinaisons sont possibles ! Filles et garçons, pour s’amuser ou en compétition, qu’on gagne ou qu’on perde, l’important c’est le jeu collectif et le plaisir qu’on y prend ! Alors enfile ton short, appelle tes copines et copains et sors faire une partie. Tu peux aussi glisser cette brochure dans ton sac de sport pour la faire tourner à tes coéquipier.e.s... Allez, à toi de jouer !"

> La brochure est à retrouver en ligne > ici