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Fatou Bensouda : une Africaine à la tête de la Cour Pénale Internationale

Ce lundi 12 décembre 2011, l’Assemblée des Etats Parties de la Cour Pénale Internationale réunie à New York, a désigné Fatou Bensouda, juriste gambienne, comme procureure générale. Elle succèdera de fait à Luis Moreno Ocampo le 15 juin 2012.

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La procureure Fatou Bensouda
La procureure Fatou Bensouda
©Wiki Commons
Moins médiatisée que l’argentin Luis Moreno Ocampo, son prédécesseur, Fatou Bensouda, récemment nommée par consensus à la tête de la justice mondiale en tant que procureure générale de la Cour Pénale Internationale, n’a pas l’intention d’être moins active. Cette Gambienne de 50 ans a débuté sa carrière en 1987 à Banjul en tant que procureure, après des études de droit effectuées au Nigéria. En 1998, après l’élection controversée de Yahya Jammeh, elle est nommée ministre de la Justice, poste qu’elle occupe 2 ans. Après s’être essayée au droit privé puis à la finance, elle est finalement invitée à rejoindre le Tribunal Pénal International pour le Rwanda en 2002. Cette expérience la pousse alors à intégrer la récente Cour Pénale Internationale en 2004. Adjointe du procureur général, elle était la seule à candidater pour lui succéder.

Changer l'image de la Cour pénale internationale

La nomination de Fatou Bensouda ce lundi 12 décembre tombe à point nommé pour l’institution juridique internationale. En effet, l’actuel procureur général, monsieur Moreno Ocampo, avait pu donner l’image d’une CPI anti-africaine : depuis 2003, les 7 enquêtes ouvertes par le bureau du procureur concernent toutes des crimes commis dans des pays africains. Une idée que madame Bensouda balaye de la main, dans une interview accordée à Jeune Afrique : « C’est un débat lamentable. […] L’Ouganda, la Centrafrique et la RD Congo ont été les premiers à nous demander d’intervenir. Concernant le Soudan et la Libye, […], les ambassadeurs africains ont tous demandé notre intervention lors du vote au Conseil de sécurité. » Par ailleurs, il faut ajouter que la Cour mène ou a mené des enquêtes préliminaires en Géorgie, au Venezuela, en Colombie ou encore en Corée du Sud.

Rassurer l'Afrique

Cependant, comme le montre la courte déclaration qu’elle a faite peu après son élection, le fait que madame Bensouda occupe la place de procureure générale n’est pas anodin. « Le continent africain a de nouveau montré son soutien et son engagement en faveur de la justice internationale et de la Cour. » Et même si elle ajoute qu’elle sera « la procureure de tous les Etats membres d’une manière indépendante et impartiale », on ne peut s’empêcher de penser qu’elle est aussi là pour rassurer une opinion publique africaine qui a pu se sentir oppressée par les enquêtes contre certains de ses leaders. C’est dans ce sens que l’Union Africaine, qui avait décidé en juin 2011 de ne pas exécuter les mandats d’arrêt de la CPI contre les dirigeants du continent, avait effectué un lobby intense en faveur de madame Bensouda.