Fausse couche d'une employée dans un supermarché : une caissière accuse Auchan

Caissières et empaqueteuses lors d'une grève contre une direction indélicate dune chaîne de supermarchés américains dans le Massachusetts et le New Hampshire, en 2014
Caissières et empaqueteuses lors d'une grève contre une direction indélicate dune chaîne de supermarchés américains dans le Massachusetts et le New Hampshire, en 2014
AP Photo

Une caissière d'un supermarché Auchan City à Tourcoing, dans les Hauts de France (Nord) a demandé au Comité d'hygiène et de sécurité de l'entreprise (CHSCT) de diligenter une enquête après sa fausse couche sur son lieu de travail, une demande à laquelle l'union locale syndicale CGT a apporté lundi 26 décembre 2016 son soutien.

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Il aura fallu un mois avant que cette méchante affaire sorte de l'ombre. Et enflamme, en ce lendemain de Noël 2016, les réseaux sociaux. C'est par un tweet, à la veille de Noël, le 24 décembre à 13h19 précisément, que la CGT, syndicat majoritaire en France, alertait la France qui s'apprêtait à festoyer, de cette indignité faite à une jeune employée de l'un des plus grands groupes de distribution présent sur le territoire français, et même premier employeur privé dans la région des Hauts de France où il emploie 14250 personnes (treizième distributeur mondial, et du deuxième distributeur français derrière le concurrent Carrefour, selon la fiche Wikipedia). 
 
Suivi d'une série d'autres messages comme celui de la section locale du syndicat :
 

Le 22 novembre 2016, une jeune femme de 23 ans, qui est en contrat de professionnalisation dans le magasin Auchan City à Tourcoing depuis le 1er novembre, ressentait de "violentes douleurs" au ventre. 
 

"Quand la caissière a annoncé à sa chef qu'elle était enceinte, il n'y a eu aucune prise en considération de ce changement. A plusieurs reprises, elle s'était manifestée auprès de ses responsables sur des douleurs, mais il n'y a personne qui a réagi", a regretté Habib Hamdoud, délégué syndical CGT à Auchan City, lors d'une conférence de presse à l'Union locale de Tourcoing, au lendemain de Noël.

Quand je me suis levée, j'ai vu que mon fauteuil était blindé de sang

"J'ai prévenu mes responsables, j'ai demandé à plusieurs reprises d'aller aux toilettes, mais personne ne m'a permis. J'ai continué à travailler, mais à un moment, j'en pouvais plus, alors j'ai pris la décision de fermer la caisse", raconte la caissière, qui au moment de sa fausse couche était enceinte de trois mois.

"Quand je me suis levée, j'ai vu que mon fauteuil était blindé de sang", puis "je suis allée aux toilettes, j'étais un robinet de sang. C'est un pompier (appelé par la sécurité NDLR) qui a ramassé le fœtus tombé dans la cuvette", poursuit la salariée qui est actuellement en arrêt maladie.

On peut écouter son témoignage ci-dessous, recueilli par Radio Campus Lille, dans lequel elle raconte ses malaises, l'ignorance dans lequel elle était de sa grossesse, et ses demandes répétées d'aménagement de travail et d'allègement d'emploi du temps, lorsque son médecin lui a annoncé qu'elle était enceinte. Des requêtes restées lettres mortes.

Le 22 novembre, "dès que sa hiérarchie a été informée du problème rencontré par l’hôtesse, elle a alerté les secours et l’hôtesse a été prise en charge rapidement", a assuré l'entreprise dans un communiqué et un tweet du 26 décembre 2016, affirmant que la salariée n'avait pas sollicité de pause.

Dans un courrier adressé à la direction d'Auchan City daté du 20 décembre 2016 et , la caissière répond en retour avoir été "meurtrie" par "cette absence manifeste d'empathie et de compassion" de sa direction. 

Elle lui demande de remplir "une attestation d'accident du travail" et de "régulariser" sa fiche de paie du mois de novembre affirmant "qu'une semaine de travail effectif" lui a été déduit sur son bulletin de salaire. 

"L'ensemble des sommes dues ont été versées" et Auchan n'"a reçu l'avis d'arrêt maladie et l'avis d'accident de travail que tardivement. Dès que nous les avons reçus, nous avons traité le sujet", a répondu la direction. 

"Une plainte devrait être déposée dans les jours à venir" par la caissière, a affirmé Me Ioannis Kappopoulos, l'avocat de la CGT. 

Récidivistes de l'inhumanité ?

Dans ce même supermarché, une caissière avait été licenciée en juillet 2016 pour, selon la CGT, "un préjudice de 85 centimes d'euros", puis finalement réintégrée. 

Interrogé par la radio France Inter, Samuel Mégens, secrétaire général de la CGT à Tourcoing commente cette méthode de direction de "management" : "C’est un magasin où, de notre point de vue, les salariés sont en danger. On dépasse la question syndicale ou même juridique. Fadila (pseudonyme donné à la victime de la fausse couche, ndlr) a été confrontée, chaque jour, à un encadrement qui n’a tenu aucun compte de sa personne."

Face à l'ampleur des réactions, dans l'après-midi du 26 décembre, la direction d'Auchan City faisait parvenir un nouveau communiqué, croyant calmer le jeu, dans lequel elle exprime "sa tristesse et regrette l'enchaînement malencontreux des faits". Elle "s'indigne de l'instrumentalisation des faits" et parle d"'allégations totalement infondées". La jeune caissière sera reçue, précise le communiqué, par le directeur des ressources humaine dès son rétablissement.

Aussitôt l'accusation d'"instrumentalisation" portée contre la CGT relançait la fureur des internautes.

Comme cette réaction interloquée de la fondatrice et présidente du réseau Maman travaille, également adjointe au maire (Jean-Claude Boulard, socialiste) du Mans, déléguée à l'Égalité depuis 2014.

Une réaction d'indignation exprimée, avec un humour noir par un autre internaute, le journaliste et bloggueur Thierry Wetzel :

Mais la jeune femme a été aussi l'objet de déversement de haine, en particulier raciste et islamophobe, sur les réseaux sociaux, en raison de ces origines supposées.

Le 24 décembre, dans un ultime et fervent appel aux consommateurs et surtout consommatrices, le groupe Auchan proposait le cadeau idéal de Noël à une future maman. Comme un ultime pied de nez à Fadila, employée maltraitée...
 


Vous pouvez suivre Sylvie Braibant sur twitter @braibant1 https://twitter.com/Braibant1