Favoriser l'entrepreneuriat féminin doperait les créations d'emplois

photo de la Banque mondiale web.worldbank.org/
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Les femmes sont à l'origine de près de 40% des sociétés créées ces dernières années en Allemagne. Et la révolution culturelle devrait se poursuivre !

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Prendre des risques – un métier d'homme ? Selon les dernières statistiques de l'OCDE analysées par le Boston Consulting Group(BCG) et publiées à l'occasion des dix ans du Women's Forum de Deauville, la semaine dernière, le ratio est aujourd'hui de 48 auto-entrepreneuses pour 100 auto-entrepreneurs dans le monde. Une légère baisse (53 entrepreneuses pour 100 entrepreneurs en 2004) due essentiellement à un recul dans des pays très peuplés comme l'Inde et le Brésil. Si l'on élimine ces deux exceptions, l'entrepreneuriat féminin progresse, aussi bien dans les pays industrialisés qu'émergents. Dans les premiers, la crise et le chômage en a poussé plus d'une à s'auto-employer, et des programmes incitatifs, à l'image d'Entreprendre au Féminin en France, y ont contribué. Le gouvernement français s'est d'ailleurs fixé comme objectif de faire progresser de 10 points le taux de femmes entrepreneures dans l'Hexagone, pour atteindre 40% d'ici 2017, notamment en facilitant l'accès aux financements et aux structures d'accompagnement - et ce, même si les femmes (et les hommes, d'ailleurs) préfèrent encore largement le salariat... Dans les pays en développement, la tendance à l'auto-emploi, y compris dans le secteur informel, est solidement ancrée. De fait, l'auto-emploi est souvent une nécessité pour les femmes. Le ratio y est de 85 femmes ayant monté leur affaire pour 100 hommes. L'accès au micro-crédit et au transport aident les femmes à répondre à ce besoin.  




Par ailleurs, les petites entreprises créées par des femmes semblent avoir échappé en grande partie à la crise de ces dernières années, notamment dans les pays riches. La proportion de faillite est inférieure à celle des entreprises dirigées par des hommes. Signe que les femmes sont meilleures gestionnaires ? Pas forcément... Pour certains observateurs, c'est plutôt parce que les entreprises féminines se trouvent dans des secteurs peu touchés par la crise (achats sur internet pour les femmes, contre bâtiment pour les hommes, par exemple) qu'elles ont été épargnées.  

Moins de temps, moins de bénéfices, moins d'embauches

Certaines données mises en lumière par le BCG interpellent encore plus. Ainsi, les statistiques de l'OCDE montrent que les femmes consacrent moins de temps à leur entreprise que les hommes qui se trouvent en position d'auto-entrepreneurs. Certaines choisissent précisément de devenir chef d'entreprise pour mieux équilibrer leur vie professionnelle et leur vie personnelle. Mais du coup, leur société dégage moins de bénéfices. Ce qui a deux conséquences : d'une part, les femmes se paient moins que les hommes, et d'autre part, leur entreprise se développe moins et embauche moins. Dans les pays industrialisés, les entrepreneuses ne sont que 25% à être aussi des employeuses, tandis que dans les pays en développement, le taux est de 40%. Dans les deux cas, donc, le fossé par rapport aux hommes reste à combler.




Il s'agit donc non seulement d'encourager les femmes à entreprendre (en offrant aussi bien des possibilités de réseautage que d'accompagnement, d'accès au financement que de structures d'accueil, pour elles ou leurs proches), mais aussi de faire en sorte que leur affaire, une fois lancée, connaisse assez d'expansion pour qu'elles embauchent in fine. « Si des mesures encourageant l'entrepreneuriat féminin étaient mises en place, le nombre de femmes entrepreneurs pourraient s'accroître de 53 millions d'ici 2025, générant ainsi 28 millions d'emplois dans le monde, » a précisé Agnès Audier, directrice associée du bureau BCG de Paris, à l'occasion du Women's Forum. Un potentiel qu'il est urgent d'exploiter.


Lysiane J.Baudu

Ancienne grand reporter à La Tribune, Lysiane J. Baudu a rencontré, pendant ses 20 ans de journalisme international, des femmes du monde entier. 
 
Ces "rencontres" feront l'objet de billets, qui lui permettront de faire partager ses impressions, ses analyses, son ressenti au contact de ces femmes, dont l'action professionnelle fait sens pour toutes les autres, de même que pour la société.