Terriennes

Femmes artisanes de la construction du Canada

Femmes construction canada
L'histoire de l'émancipation des Canadiennes est intimement liée à la construction du pays. Reportage de nos confrères et partenaires de Radio Canada - 6'18"

À l’occasion des 150 ans du Canada, le Musée canadien de l’Histoire retrace 15 000 ans d’histoire sur son territoire, des premières traces de civilisation jusqu’à nos jours. Et il fait une place importante aux femmes, qui ont largement contribué à l’édification du pays.

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L’idée a pris naissance il y a 5 ans : installer au sein du Musée de l’Histoire de Gatineau, ex-musée des Civilisations, une salle entièrement dédiée à l’histoire du Canada. Le projet, peu à peu, se concrétise : il mobilise des équipes multidisciplinaires composées de l’architecte Douglas Cardinal, qui a construit le musée, une équipe de designers de Montréal, d’historiens, de conservateurs et d'ouvriers en tout genre.

L'accès à cette nouvelle salle de l'Histoire canadienne se fait par ce couloir, illuminé par 101 images du Canada.
L'accès à cette nouvelle salle de l'Histoire canadienne se fait par ce couloir, illuminé par 101 images du Canada.
©Catherine François
Définition de priorités, mise en place de consultations, rien n’a été laissé au hasard pour créer cette nouvelle salle. « Le message principal, dit Mark O’Neill, PDG du Musée canadien de l’Histoire, c’est que le Canada est un pays, un peuple, en perpétuelle évolution, et que les Canadiens font partie intégrante de l’histoire de leur pays ». Chantal Amyot, directrice de cette nouvelle salle, explique qu’un fil conducteur a guidé les responsables : « Le message central, c'est que l'Histoire est tout autour de nous et qu’on fait partie de l'Histoire. La deuxième partie du message, c'est d'expliquer qu'un événement a plusieurs perspectives : une victoire pour quelqu'un est une défaite pour un autre. Pour nous ce concept de perspectives multiples a été très important, c'est beaucoup plus long à élaborer, il faut beaucoup parler, voir un peu comment on peut présenter les choses, mais en fin de compte ça nous donne un résultat qui est beaucoup plus riche et subtil. Enfin l'objectif ultime, c'est de montrer pourquoi et comment le Canada est devenu ce qu'il est aujourd'hui ». 

La place des femmes soulignée à grands traits 

Cette nouvelle salle met en valeur la place importante que les femmes ont prise à l’édification du Canada. « C’était une thématique qui nous tenait à cœur, précise Chantal Amyot, et là où elle est particulièrement mise en valeur, c'est sur l'histoire de la Nouvelle-France avec l'arrivée des filles du Roi. Les filles du Roi, ce sont ces quelque 800 jeunes filles que le Roi Louis XIV envoie pour peupler la nouvelle colonie. Et ce qu’on explique dans cette partie de la salle, c’est que la population a grandi très rapidement. On explique que ces générations sont devenues tout de suite canadiennes. On a fait une recherche à partir d'une de ces jeunes filles, elle s'appelait Catherine Moitié, elle est arrivée ici à 13 ans, elle était servante et elle a épousé quelqu'un qui était dans la même maisonnée qu'elle, ils se sont mariés, ils ont eu 11 enfants qui sont représentés dans cet arbre généalogique que nous avons créé.  En 5 générations, Catherine Moitié a eu 600 descendants alors ça montre avec une fille du Roi comment ça affecte la population à ce moment-là ».

Gauche : L'arbre généalogique d'une fille du roi, Catherine Moitié - elle a eu quelque 600 descendants (à gauche). <br />
Droite : Quelques-uns des descendants de Catherine Moitié, l'une des 800 jeunes filles envoyées par le Roi de France pour peupler la Nouvelle-France.
Gauche : L'arbre généalogique d'une fille du roi, Catherine Moitié - elle a eu quelque 600 descendants (à gauche). 
Droite : Quelques-uns des descendants de Catherine Moitié, l'une des 800 jeunes filles envoyées par le Roi de France pour peupler la Nouvelle-France.
©Catherine François

Ces femmes vont rapidement prendre place une importante au sein de la colonie : en plus de faire des enfants, elles vont jouir d’une plus grande liberté que celles qui sont restées en France. « Elles ont plus de choix, plus de liberté avec leur vie et plus d’indépendance, elles acquièrent progressivement un pouvoir décisionnel qu’elles vont consolider au fil des siècles, » confirme Chantal Amyot. 
 

©Catherine François
Jusqu’à ce pouvoir politique dont elles vont s’emparer au début du 20ème siècle, avec la lutte pour le droit de vote qu’elles vont obtenir dès 1916 au Manitoba, la première province canadienne à le leur accorder – au Québec, il faudra attendre 1940 pour que les femmes puissent voter aux élections provinciales.
En 1918, les femmes peuvent voter d’un bout à l’autre du pays pour les élections fédérales. La lutte des suffragettes tient bien sûr une place importante dans cette nouvelle salle de l’Histoire canadienne. 

Un couloir, un point de rencontre et trois galeries

Quelque 1500 artefacts sont exposés dans cette nouvelle salle qui se trouve au cœur du Musée. On y rentre par un long couloir illuminé de 101 représentations iconiques du Canada, qui conduit jusqu’à un point de rendez-vous central avec une carte du Canada vue de l’espace imprimée sur le sol. De là, le visiteur part à la découverte de trois galeries qui remontent le temps : la première présente les débuts du Canada, de 15 000 ans à 1763, elle expose essentiellement des artefacts archéologiques retraçant les premiers habitants du territoire canadien, donc les premières nations qui habitaient ici bien avant l’arrivée des Européens. La deuxième galerie porte sur le Canada colonial, de 1763 à 1914 et la troisième sur le Canada de 1914 à nos jours. 

Carte du Canada vu de l'espace, dans le hall principal de cette nouvelle salle de l'histoire canadienne.
Carte du Canada vu de l'espace, dans le hall principal de cette nouvelle salle de l'histoire canadienne.
©Catherine François