Femmes saoudiennes, entre tradition et modernité

Code vestimentaire, vote, permis de conduire, autant de droits que les Saoudiennes aspirent à conquérir. Victimes de châtiments corporels autrefois, recluses mais puissantes dans leurs maisons, elles se trouvent désormais au cœur des changements entrepris depuis quelques années dans ce royaume aux traditions séculaires fortement ancrées.

Loin des clichés, elles sont aujourd'hui aussi coquettes que modernes et actives : la révolution aurait-t-elle déjà eu lieu sous le voile ? Rencontres avec quelques unes de ces femmes remarquables de passage à Paris à l'invitation du Sénat.

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Quatre femmes témoignent


“Le développement des villes et la sédentarisation des populations ont créé une situation qui a très vite renfermé la femme sur elle-même“

La princesse Lolowah Al-Faisal parle de l’histoire de l’éducation des femmes dans le royaume

Princesse Lolowah Al-Faisal
Princesse Lolowah Al-Faisal
TV5Monde
Il existe des stéréotypes liés à la situation de la femme saoudienne. On l’imagine cloîtrée à la maison et renfermée sur elle-même. Ce qui est très faux. La femme saoudienne a toujours travaillé. Nous sommes un peuple du désert. La vie dans cette partie du monde tournait autour du commerce et la femme jouait un rôle capital dans cette activité. On les qualifierait aujourd’hui de « femmes d’affaires ».

 

Quelle place pour la femme dans la société saoudienne ?

Samar Fatany, journaliste

Je travaille comme journaliste radio (Radio-Jeddah) depuis vingt ans, et je n’ai pas rencontré d’obstacles particuliers au cours de ma carrière. Au contraire, j’ai été très encouragée dans cette voie. Je suis arrivée dans le métier au moment où la société avait besoin de promouvoir l’image de la femme saoudienne dans le monde professionnel.

Les femmes ont toujours été présentes dans les médias mais elles n’émergeaient pas, parce qu'elles n’étaient pas autorisées à montrer leur visage, c’était un vrai handicap pour elles. Elles ont maintenant le droit d’apparaître à la télévision et de publier leur photo dans les journaux. Nous avons désormais des journalistes professionnelles célèbres et reconnues, formées et qualifiées pour le métier.

Je pense que la femme journaliste saoudienne joue un rôle essentiel dans la société. Elle doit aussi bien se battre contre les inégalités et les injustices envers les femmes que pour la liberté de la presse.

Lina Al-Maeena, basketteuse

Le problème en Arabie Saoudite c’est le manque crucial d’infrastructures capables de développer le sport de haut niveau. On manque également de femmes sportives en mesure d’enseigner et de promouvoir les disciplines sportives.

L’islam n’est pas un frein à l’entrée des femmes dans le sport, la grande difficulté c’est de changer les mentalités et les regards qui tendent à fustiger les femmes qui font du sport dans notre société.

Cela dépend aussi des régions, des familles et de l’entourage personnel de la femme qui entreprend de faire du sport son métier. Les proches sont plus ou moins tolérants selon qu’on vient d’une famille éduquée ou non.

Malgré toutes ces considérations, j'ai pu fonder en 2003, ma propre équipe de basket ball : la “Jeddah United

“Le rapport à l’image reste très compliqué dans la société saoudienne“

Princesse Reem Al-Faisal, photographe

Photo Reem Al-Faisal - Galerie Agathe Gaillard - Paris
Mon métier est très bizarrement perçu et les regards sont très hostiles, surtout pour une femme qui fait du photo reportage comme moi. J’ai connu des réticences, des agressions verbales et physiques de la part des hommes et des femmes, mais j'ai pu les surmonter grâce à ma famille.

Je comprends cette situation : nous vivons dans une société timide et pudique et j’ai moi-même l’impression parfois d’agresser tout ceux que je prends en photo. Le rapport à l’image reste très compliqué dans la société saoudienne.

Le fait que j’appartiens à la famille royale ne change rien, les gens n’aiment pas être photographiés.

Je vois le métier évolué depuis quinze ans que je le pratique. Mais il reste très précaire faute d’institution pour accueillir les talents artistiques. Il n’existe pas d’académie consacrée à la photo.

J’ai ouvert une galerie à Dubaï où j’expose les œuvres des autres photographes saoudiens qui ont choisi de faire ce métier. Le choix de Dubaï s'est imposé pour son côté cosmopolite. A Riyad ou dans d’autres villes saoudiennes, une galerie n’aurait intéressé que les Arabes ou seulement des Saoudiens.

La femme saoudienne en quelques chiffres

Structure de la population (estimations 2009) :

0-14 ans : 38% de la population (hommes: 5,557.453/femmes: 5,340. 614)

15-64 ans : 59.5% (hommes: 9,608.032/femmes: 7,473.750)

65 ans et plus: 2,5% (hommes: 363.241/femmes:343.750)


Âge moyen (estimations 2009):

Total: 21.6 ans

Hommes: 22.9 ans

Femmes: 19.9 ans


Espérance de vie à la naissance (estimations 2009) :

Total de la population: 76.3 ans
Hommes : 74.23 ans
Femmes : 78.48 ans

Taux d'alphabétisation (estimations 2003) :

Population âgée de 15 ans et plus qui sait lire et écrire

Total de la population: 78.8%

Hommes: 84.7%

Femmes: 70.8%

Source : site internet de la CIA
 

Dossier préparé par Christelle Magnout, mars 2010