Festival international de cinéma de Rome : batailles Lgbt et désirs des femmes à l’affiche

L'équipe du film "Les déesses indiennes sont en colère", plébiscitée au Rome Film Fest. De gauche à droite les actrices Sandhya Mridul, Anushka Manchanda, le réalisateur Pan Nalin et la comédienne Rajshri Deshpande
L'équipe du film "Les déesses indiennes sont en colère", plébiscitée au Rome Film Fest. De gauche à droite les actrices Sandhya Mridul, Anushka Manchanda, le réalisateur Pan Nalin et la comédienne Rajshri Deshpande
AP Photo/Andrew Medichini

La dixième édition du Festival International du cinéma de Rome s’est achevée, et le constat reste le même avec les sempiternels pourcentages ridicules de réalisatrices (2 sur les 37 films sélectionnés en provenance du monde entier).  Côté positif, il faut souligner que la production cinématographique de la planète est en train de changer sinon de bouleverser radicalement notre regard sur les femmes et les rôles qui leur sont attribués.

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Les changements majeurs dans les représentations des femmes, les rôles qui leur sont confiés au cinéma, sont-ils l'heureux résultat de la bataille des associations et de la presse, menée d’un bout à l’autre du monde ? Est-ce l'effet des prises de positions spectaculaires des stars hollywoodiennes telles Meryl Streep, Cate Blanchett ou Salma Hayek ? Ou alors l’influence des orientations mises en place par les scénaristes dans les séries américaines où l'on retrouve les meilleurs personnages féminins jamais conçus, de Desperate Housewives jusqu'à  Fargo ? Est-ce que il s'agit de la conséquence naturelle des grands et nouveaux enjeux de société posés par l'adoption et mariages pour tous qui imposent d'élargir le regard sur les femmes et leurs désirs ?

De la condition des Indiennes...

Toujours est il, qu'au Rome Fest Film 2015, le verdict du traditionnel jury d'experts a été supplanté par celui du public qui a choisi le film indien « Angry Indian Goddesses »  (Les déesses indiennes sont en colère) du réalisateur Pan Nalin, (auteur aussi des films «Samsara» et «Ayurveda, Art of being»). Il s'agit d'une sorte de "loft" où se déroulent les drames rencontrés par les femmes indiennes : les mariages arrangés, l'appartenance aux castes, le viol jusqu'à la mort. Sept filles se retrouvent à Goa (sud-ouest de l’Inde), chez Frieda qui révèle à ses amies deux secrets : le premier est qu'elle va se marier, le second qu'elle va épouser leur copine Nargie. L'une des amies réunies pour l'adieu au célibat, sera donc sa femme. Le contexte social apparemment glamour ne doit pas tromper, car la stigmatisation sociale de l'homosexualité féminine devient encore plus forte quand elle s'entrelace à un épisode de viol impliquant l’une des filles. "Comment ce fait il  que tout le pays adore une déesse et puis qu’ils haïssent ainsi les femmes?", demande l'une d'entre elles. Le seul espoir alors réside dans la mobilisation de la  société civile. Comme cela a, d'ailleurs, été le cas dans la réalité indienne. Ce film se pose comme une sorte de manifeste féministe anti Bollywood  où les femmes "sont un accessoire, un élément décoratif. Elles doivent être amoureuses, bien sûr sexy, mères ou sœurs dont l' izzat (où honneur) devrait être protégé par le héros du film ", a déclaré a Rome le réalisateur.

...A celle des homosexuelles


D'autres rôles liés aux combats LGBT  (Lesbiennes, Gays, Bi et Trans, ndlr) semblent désormais se rassembler dans un genre cinématographique à part. On y chante la liberté de son corps ou la conquête identitaire. On y affirme les nouveaux droits civils et individuels. C'est le cas de « Freeheld » de Peter Sollet avec Julienne Moore et Ellen Page. Le film est tiré de l'histoire vraie de Stacie Andre et Laurel Hester survenue dans les années 2000, quand une femme policière, Laurel, sur le point de mourir d’un cancer voulait laisser sa retraite à sa compagne, et avait demandé au conseil municipal de reconnaître Stacie, comme sa femme, en lui versant la pension garantie à tous les employés mariés. Mais les « freehelder », les bureaucrates censés livrer les papiers nécessaires, refusèrent, au mépris d'une loi alors tout juste votée par l'État et garantissant aux conjoints de fait, les mêmes droits qu'aux personnes légalement mariées. Un film témoignage de la bataille contre la discrimination des couples homosexuels avec pour ambassadrice l’épatante Ellen Page, qui avait elle-même annoncé au monde entier son homosexualité lors d’une soirée de gala en 2014. L'actrice, qui a défilé sur le tapis rouge à Rome lors de la présentation de son film, a loué le pape François et son attitude, nouvelle pour le Vatican, vis-à-vis des homosexuels et a lancé : « En ce qui concerne l'Italie j'espère que votre Parlement prend acte  du fait que les changements sont inévitables. L'Amérique en ce domaine a énormément progressé ». 


Dans « Girls lost » (Filles perdues), la réalisatrice suédoise Alexandre- Therese Keining, raconte le passage d'un corps de fille à celui d’un garçon et la vision du monde et de la vie qui peuvent en découler.

...Et de la maternité


Tandis que les rapports mères/ fils sont racontés dans le magnifique film français « Au plus près du soleil » du réalisateur Yves Angelo avec Grégory Gadebois, Mathilde Bisson et Zacharie Chasseriaud. Ce film, sans le déclarer ouvertement, aborde l'une de grandes questions du monde contemporain liée à la maternité : quelle serait l’effet dans une famille où un 'enfant a été adopté, de la rencontre avec la mère biologique de cet enfant ? Le couple de protagonistes, une juge et son mari avocat, incarne à tous égards la loi : la défense, le jugement, la peine. Dans le cas spécifique, la mère biologique est une prostituée qui à l'âge de 13 ans a accouché d'un enfant et l'a laissé à l’hôpital. Lorsque le garçon est âgé de 18 ans,  la juge découvre que l’accusée dans un procès qu’elle dirige, est aussi la mère biologique de son fils. Elle va donc se servir de tout son pouvoir, quitte à bouleverser les règles de déontologie professionnelle. Au fil de l'illégalité, elle essaye de "supprimer" cette jeune femme, même en la condamnant pour en délit inexistant. Son mari, avocat, continue à passer de l'argent à la jeune prostituée sans lui en expliquer la raison. La jeune femme va découvrir cette manipulation. La suite pourrait être le schéma d’une tragédie grecque.


Toujours la maternité dans “Room” de Lenny Abrahmson. Il s'agit d'une mère et son fils unis par une relation merveilleuse : la mère se consacre à élever et éduquer Jack, avec les méthodes les plus avancées. Mais peu à peu l'histoire dévoile que les deux vivent dans une pièce de 9 mètres carrés. Jack n’a qu’une hâte, sortir de cette reproduction architecturale de l'utérus et s'aventurer dans quelque chose de plus risqué, avec la complicité de sa mère, la réalité. Le désir des femmes dans sa complexité est affiché dans le film russe « The Little Bird », une histoire d’amour tissée par le réalisateur Vladimir Beck. Quatre couples de  jeunes se rencontrent dans un camp d'été. Pendant ce temps  grâce à la découverte du désir, le premier couple d'enfants va entrer dans l'adolescence tandis que celui des adolescents va passer dans l’âge adulte. Leurs découvertes réciproques sur la vie, l'amour et le sexe se regardent en miroir.
 
Si comme le disait François Truffaut « Le cinéma c'est de l'art de faire faire de jolies choses à de jolies femmes », la sélection romaine a incarné cette phrase. Mais alors, pourquoi donc les réalisatrices tardent-elles toujours à entrer dans la machine de l’industrie du cinéma sans être discriminées.