France : les femmes des «quartiers prioritaires» travaillent moins que les autres

 Le quartier de la Fauconnière à Gonesse, au nord de Paris.
 Le quartier de la Fauconnière à Gonesse, au nord de Paris.
(cc/wikimedia/David.Monniaux)

Deux rapports récemment publiés décrivent les conditions de vie des habitants des « quartiers prioritaires » français. Un constat : les femmes y sont légèrement plus nombreuses que les hommes et rencontrent plus de difficultés à trouver un emploi ou un logement.

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Deux panoramas des banlieues françaises (appelées « quartiers prioritaires » dans le cadre de la politique de la ville) ont été publiés le 3 mai 2016. L’un par le tout nouvel Observatoire national de la politique de la ville (ONPV, créé par une loi de 2014 mais installé officiellement en janvier 2016), l’autre par l’Office national des statistiques (Insee). Ils recensent tous deux les difficultés que continuent de rencontrer les habitants de ces quartiers en termes de logement, d’éducation ou d’emploi, mais évoquent également la situation des femmes.

Le rapport de l’ONPV, fort de 200 pages, estime que les 4,8 millions d’habitants des 1 296 quartiers prioritaires de France métropolitaine sont plus jeunes que dans les villes les englobant, mais aussi moins scolarisés et moins diplômés. Par conséquent, ils ont plus de mal à trouver leur place sur le marché de l’emploi. Enfin, 18,6 % de ces habitants sont étrangers, soit plus du double que dans les villes qui les englobent.

Selon cette source, les femmes apparaissent « légèrement plus nombreuses » que les hommes. Sans avancer d’origine précise à ce fait, le rapport indique qu’il ne découle pas de critères purement démographiques : « L’espérance de vie étant plus élevée chez les femmes que chez les hommes, les femmes sont majoritaires dans les classes d’âge supérieures à 60 ans. Or les 60 ans et plus sont nettement sous-représentés dans les quartiers prioritaires. »

Six femmes actives sur dix sont sans emploi

Si les filles jouissent d’une meilleure réussite scolaire que les garçons dans ces quartiers (80,1 % contre 71 % dans les établissements publics accueillant 25 % et plus d’élèves issus de quartiers prioritaires), elles apparaissent également très retirées du marché de l’emploi. L’ONPV indique qu’en 2014, près d’une femme sur deux (47,4 %) était sans emploi et n’en recherchait pas activement, soit un taux supérieur de 15 points à celui des hommes. S’y ajoutait 23,9 % femmes actives - âgées de 15 à 64 ans - au chômage. Résultat : six femmes actives sur dix étaient sans emploi, contre quatre sur dix dans les villes environnantes selon les estimations de l’Insee.
(capture d'écran du rapport de l'ONPV)


Pour celles qui ont la chance de travailler, beaucoup le font en temps partiel. En 2014, 36,8 % des femmes salariées habitant dans les quartiers prioritaires travaillaient à temps partiel. Parmi celles-ci, près de la moitié déclarait occuper ce type d’emploi faute d’avoir trouvé un poste à temps plein.

Un quart des familles sont monoparentales

À la maison, les femmes s’occupent plus souvent seules de leurs enfants que ne le font leurs homologues des villes englobantes : le taux de familles monoparentales est de 24,1 % dans les quartiers prioritaires, contre 15,7 % ailleurs. Dans près de neuf cas sur dix, le parent est une femme.

Taux d'emploi et vie associative

La faible entrée des femmes des quartiers prioritaires sur le marché de l’emploi a, au-delà de la précarité qu’elle induit, d’autres conséquences, peut-être moins attendues : l’étude de l’ONPV relève que « plus les individus sont insérés dans le monde du travail et/ou avec un haut niveau de qualification, plus la participation à des activités associatives a des chances de s’opérer en dehors de leur commune. Ainsi, les femmes pratiquent plus souvent leur activités dans le quartier (46,8  conte 36,9 % pour les hommes) et moins à l’extérieur de la commune (19,6 % contre 27,2 %). » Un frein supplémentaire à leur intégration... Les hommes, eux, sont souvent plus impliqués dans la gestion des associations, comme membres des conseils d’administration, par exemple.
(capture d'écran du rapport de l'ONPV)


La situation des femmes dans les quartiers prioritaires français apparaît donc très contrastée. Mais elle l'est encore plus pour celles qui sont immigrées, soit près du tiers d’entre elles. Comme le relève l’ONPV, elles rencontrent les mêmes difficultés, notamment en termes d’emploi, mais de manière « plus intense »….