Fumiko Hayashi, maire de Yokohama et amie des Japonaises

Cette écolière de Yokohama quittera-t-elle son travail comme  près de 70% des Japonaises après leur premier accouchement
Cette écolière de Yokohama quittera-t-elle son travail comme près de 70% des Japonaises après leur premier accouchement

« Redonner le choix aux femmes de poursuivre leur carrière pour donner envie aux Japonais de faire des enfants », c’est le pari de Fumiko Hayashi, la première femme à diriger la deuxième ville la plus peuplée de l’archipel.

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Fumiko Hayashi, l'une des femmes les plus puissantes du monde
Fumiko Hayashi, l'une des femmes les plus puissantes du monde
« Dans ma ville, les femmes n’ont plus à faire le choix entre la maternité et la poursuite de leur carrière. Grâce aux nombreuses offres de gardes à Yokohama, plus aucun enfant n’est désormais sur liste d’attente. » Ce résultat est celui de la politique à Yokohama, - l'autre mégalopole du Japon avec la capitale Tokyo -, de Fumiko Hayashi, fièrement annoncée aux médias nippons au printemps dernier.

Réélue pour un second mandat en août 2013, les grands médias nationaux avaient d’ailleurs attribué la victoire de cette femme politique à son action en faveur des citoyennes de sa ville. Ces dernières avaient tendance à quitter leur emploi à la naissance d'un enfant et à abandonner alors l'idée de faire carrière, du fait de la pression sociale sur les mères et du manque d'infrastructures d'accueil des tout-petits. C'est l’expérience qu'a faite Megumi Yagi à la naissance de son enfant, une jeune trentenaire vivant à Tokyo : « lorsque je suis tombée enceinte, je ne souhaitais vraiment pas quitter mon emploi de dirigeante. J’ai donc cherché un moyen de garde, en vain. C’était soit trop cher, soit déjà plein. A contre-cœur, je me suis donc résolue à arrêter ma carrière ».

Comme Megumi, près de 70% des femmes japonaises qui quittent le marché du travail après leur premier accouchement. Avec moins d'un tiers des petits de moins de trois ans dans les garderies, les résultats de l’élue s’avèrent donc particulièrement encourageants. A Yokohama, on se félicite de la hausse de la natalité, modestement passé de 1,24 enfant par femme en 2007 à 1,28 en 2011, mais aussi de la hausse du nombre de jeunes parents qui emménagent dans cette ville, probablement attirés par des offres de gardes adaptées.

“Dans ma ville, les femmes n’ont plus à faire le choix entre la maternité et la poursuite de leur carrière“
“Dans ma ville, les femmes n’ont plus à faire le choix entre la maternité et la poursuite de leur carrière“
« Ne pas décourager les femmes à faire carrière »

Née à Tokyo en 1946, Fumiko Hayashi a bien connu les  difficultés des femmes comme Megumi : cheffe d’entreprise avant d’être maire, elle garde un souvenir ému de ses collaboratrices qui, les larmes aux yeux, démissionnaient à la naissance de leur premier enfant.

Pour contrer cette tendance, le principe de la politique de Fumiko Hayashi est simple mais efficace : le renforcement des crèches publiques et des subventions accordées aux crèches privées pour adapter le prix en fonction des revenus familiaux : « certaines familles ne pouvaient pas se payer une place dans des crèches privées. Grâce aux subventions accordées à ces structures d’accueil privées, les places sont devenues accessibles pour tous ». La fin des listes d'attente pour une place en crèche bon marché marquait alors un succès décisif dans la carrière de cette ex-femme d’affaires.
 

Le défi est de taille : on estime déjà que le Japon aura perdu 20 millions d’habitants dans trente ans...
Le défi est de taille : on estime déjà que le Japon aura perdu 20 millions d’habitants dans trente ans...
Une expérience des inégalités

« Malgré mes excellents résultats au début de ma carrière, on me rappelait souvent que le secteur automobile n’était pas fait pour une femme », se souvient-elle, « un discours qui m’a alors résolue à faire changer les mentalités de mon pays ». Le fait est qu’au Japon, les entreprises ont tendance à cantonner les femmes à des tâches subalternes donc décourageantes. Mais aujourd'hui, elle est l'une des femmes les plus puissantes au Japon : tour à tour présidente de Volkswagen Tokyo, de BMW Tokyo et de Tokyo Nissan Auto Sales, elle est devenue membre du Cabinet ministériel pour l’égalité entre les sexes et est désignée par le magazine Forbes comme l'une des femmes les plus influentes du monde dans son classement de 2006.

Hors de question pourtant de s’arrêter en si bon chemin : Fumiko Hayashi ambitionne désormais de déployer son modèle politique sur tout le territoire. Mais le défi est de taille : on estime déjà que ce pays aura perdu 20 millions d’habitants dans trente ans. Jusqu’à présent, les autorités ont cherché à enrayer la tendance catastrophique du dépeuplement nippon, sans toutefois trouver de véritable solution.

Tandis que le gouvernement de Shinzo Abe préférait jusqu’alors renforcer les dispositifs de congé parental pour relancer la natalité, il commence à se laisser convaincre par le pragmatisme novateur de Fumiko Hayashi.