Gabrielle Suchon

Erudite autodidacte, Gabrielle Suchon s'en prend aux philosophes et aux théologiens qui apportent une légitimation intellectuelle à l'oppression dont sont victimes les femmes.

dans
Philosophe morale, Gabrielle Suchon (1632-1703) met en pratique les principes de liberté qu'elle prône dans ses écrits. Enfermée de force au couvent, elle s'en échappe et part à Rome exiger du pape qu'il lui permette de revenir sur des voeux forcés. Elle mène ensuite une vie de célibat, voie qu'elle défendra dans un de ses écrits. Son Petit traité devra attendre 2002 pour être publié.

Petit Traité de la faiblesse, de la légèreté et de l'inconsistance qu'on attribue aux femmes mal à propos


Parmi toutes les mauvaises qualités qu’on attribue ordinairement aux personnes du Sexe, la faiblesse, la légèreté et l’inconstance sont toujours leurs premiers titres. Les hommes se sont formé une si grande habitude de maltraiter les femmes en paroles qu’ils le font insensiblement, n’imaginant même pas qu’elles puissent s’en offenser.

Comme c’est par la force, par la fermeté et par la persévérance qu’on se distingue des autres et qu’on s’élève au-dessus des gens du commun, il ne faut pas s’étonner que les hommes tâchent autant qu’ils peuvent qu’ils peuvent de s’attribuer ces grandes qualités.

On peut être surpris qu’ils prétendent s’en rendre les seuls possesseurs, au préjudice des femmes. Et comme elles sont une partie égale et essentielle de la nature humaine, on ne sait d’où vient qu’elles ne se mettent point sur la défense-depuis tant d’années qu’on s’est fait comme une loi de les traiter avec le dernier mépris.

A croire que c’est pour suivre le conseil du philosophe moral, qui veut qu’elles se servent de la plus forte de toutes les armes : une modération judicieuse et prudente qui leur fait mépriser la fortune, la douleur, l’injure et les fâcheries.

Car bien qu’elles ressentent vivement toutes ces choses, elles ne manquent pas de les supporter avec beaucoup de constance, sachant très bien qu’elles ne sont pas faibles, légères et changeantes parce qu’on les nomme ainsi, mais que ce sont seulement des mots inventés par la mauvaise volonté de leurs ennemis.

Plusieurs prennent plaisir à attribuer aux femmes ce qu’ils éprouvent et ressentent peut-être eux-mêmes comme si leurs paroles avaient le pouvoir de les rendre innocents en rendant coupables les personnes du Sexe. Ce qu’il arrive ordinairement de tous ces discours, c’est que les uns demeurent avec leurs faiblesses, tandis que les autres persévèrent à être fortes et constantes dans leurs souffrances et leurs persécutions.