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Harcèlement de rue en Belgique : la solidarité des Libanaises

Yara Chehayed est membre de l'association libanaise "Nasawiya", comprenez "féminisme", en arabe. A l'origine de campagnes originales, elle se bat pour imposer la reconnaissance du harcèlement sexuel, notamment le harcèlement de rue, tout récemment pointé dans le documentaire controversé de l'étudiante belge Sofie Peeters, "Femme de rue". Pour Yara Chehayed, de la capitale occidentale au coeur de l'Orient, les femmes subissent le même système patriarcal.

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Yara Chehayed est membre de l'association libanaise Nasawiya
Yara Chehayed est membre de l'association libanaise Nasawiya
Un article du quotidien libanais L’Orient le jour évoquait cette semaine le documentaire de l’étudiante belge Sofie Peeters sur le harcèlement de rue. Est-ce un phénomène que subissent aussi les Libanaises ?
 
Oui, nous faisons face à plusieurs formes d’insultes, rien de très galant… Surtout qu’il y a des insultes différentes. Je trouve que la langue arabe force à la vulgarité plus que la langue française, il y a beaucoup plus de mots pour dire « salope » par exemple. Et beaucoup d’injures se rapportent à la famille, à la mère, à l’honneur. Ce sont des insultes plus violentes que les insultes occidentales.
Ce que nous subissons aussi, comme ça a été le cas en Occident notamment sur Twitter, c’est la négation pure et simple de ce phénomène. Surtout de la part des religieux. Ils nient l’existence du harcèlement sexuel, comme ils nient l’existence du viol conjugal. D’ailleurs, pour eux, ces phénomènes sont exclusivement occidentaux.

Comment votre association agit-elle contre le harcèlement de rue ?
 
Nous, nous n’avons pas opté pour l’option caméra cachée comme Sofie Peeters, mais je pense que c’est une très bonne idée. D’abord, nous avons créé une mascotte qui s’appelle Salwa . Salwa est une femme plus ou moins arabe, mais qui ressemble à toutes les femmes. Il y a plusieurs épisodes sous la forme d’une bande dessinée, et chaque épisode se déroule dans une place publique, et elle fait face au harcèlement sexuel, elle se défend. Elle flanque une raclée à l'agresseur avec son sac, qui est un symbole féminin. L’idée est de dire aux femmes « vous pouvez vous défendre avec n’importe quel moyen ».
Nous avons créé en parallèle un blog où les femmes peuvent raconter leur expérience avec le harcèlement sexuel. C’est un travail participatif, qui a un impact très important, ça nous a permis de faire une carte qui indique les endroits où il y a le plus de harcèlement de rue à Beyrouth. Le seul ennui c’est que comme les quartiers défavorisés ont rarement accès à Internet, on a peu de données sur ces endroits. Tout ça nous a néanmoins permis de briser certains tabous, et nous travaillons actuellement avec un avocat à la rédaction d’une loi sur le harcèlement sexuel au travail, c’est une première étape.

Le harcèlement de rue dans les aventures de Salwa


Le documentaire « Femmes de rue » a été tourné dans un quartier populaire où vivent de nombreux musulmans, considérez vous que cette démarche pousse au racisme ou à l’islamophobie ?
 
Moi, je suis allée à Bruxelles. Je me suis baladée dans un quartier très chic, toute seule, vers onze heures du soir et n’ai eu aucun problème. Quand je suis allée dans les banlieues, où il y avait plus de musulmans, j’ai subi plus de harcèlement, mais c’est une expérience personnelle, je ne sais pas si elle est représentative. De notre point du vue en tout cas, il n y a aucune relation entre l’environnement duquel on vient qu’il soit social ou religieux et le harcèlement. La preuve, il y a ici des directeurs de banques, des médecins, des gynécologues qui harcèlent les femmes. Ces phénomènes sont liés à une société patriarcale et ce modèle est en vigueur dans le monde entier. Maintenant, nous savons que dans un contexte postcolonial, nos lois sont très anciennes, elles répriment les femmes. Nous savons qu’en Occident, au niveau légal, c’est un peu mieux qu’en Orient, mais au niveau social finalement, c’est la même chose.
 

Extraits du documentaire “Femme de rue“, diffusés par la RTBF