Terriennes

Hélène Darroze : "dans la gastronomie, les femmes sont là, elles existent"

Hélène Darroze en cuisine, 2007.
Hélène Darroze en cuisine, 2007.
CC Arnaud 25

La Française Hélène Darroze a remporté, mercredi 22 avril 2015, le prix Veuve Clicquot qui récompense chaque année la Meilleure Femme 'chef' du monde. Portrait de cette cuisinière qui a su faire de sa féminité un atout.

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Une cuisine féminine selon Hélène Darroze, c’est avant tout travailler avec ses émotions, son instinct. Et la recette marche, puisque la cheffe de 48 ans vient d’être sacrée Meilleure Femme 'chef' du monde (à noter que le masculin domine toujours dans la haute gastronomie) pour l’année 2015 par la revue britannique Restaurant. Ravie, la récipiendaire du prix Veuve Clicquot juge important de célébrer les femmes et leurs réalisations.

Son prix lui sera remis le 1er juin 2015 à Londres. Elle espère que cette distinction inspirera « les jeunes femmes (…) à suivre leur passion et à travailler ardemment pour parfaire leurs compétences indépendamment de leur profession ». Pour la chef cuisinière, une telle distinction ne peut être que bénéfique pour la féminisation du métier, afin de montrer que les femmes sont là, qu’elles existent.

La cuisine, un univers pourtant masculin

Issue d’une famille de cuisiniers depuis quatre générations, Hélène Darroze n’a jamais souffert de sa condition de femme dans l’univers pourtant très masculin de la restauration. Celle qui n’a pas eu besoin « jouer à l’homme » pour réussir y tient beaucoup : elle n’a jamais ressenti de quelconque misogynie ou machisme depuis ses débuts au Louis XV d’Alain Ducasse à Monaco.

Helene Darroze, Elena Arzak Espina, Johanna Maier, Clare Smyth, Giuseppina Beglia, Nicole Rubi, Anne Sophie Pic, Angels Serra Santamaria, Nadia Santini and Josy Bandecchi à l'occasion du 25ème anniversaire du restaurant d'Alain Ducasse à Monaco, le Louis XV.
Helene Darroze, Elena Arzak Espina, Johanna Maier, Clare Smyth, Giuseppina Beglia, Nicole Rubi, Anne Sophie Pic, Angels Serra Santamaria, Nadia Santini and Josy Bandecchi à l'occasion du 25ème anniversaire du restaurant d'Alain Ducasse à Monaco, le Louis XV.
©AP Photo/Lionel Cironneau

Alors qu’il n’y aurait que 10% de femmes dans la gastronomie haut de gamme, selon le ministère de l’Economie, ses équipes - du restaurant Hélène Darroze à Paris (1 étoile au guide Michelin) et des cuisines de l’hôtel The Connaught à Londres (2 étoiles) - sont composées de 25% à un tiers de femmes. Recevoir ce prix est donc une consécration pour ses collaboratrices, mais aussi pour l’ensemble de son personnel.

Son rêve : qu'une femme la seconde

« Mon rêve suprême ce serait un jour d'avoir un bras droit, un de mes chefs en cuisine qui soit une femme » avoue Hélène Darroze. A Londres, elle fait la part belle à ses consoeurs. Sur quatre sommeliers, il y a une femme. Et il en est de même pour les maîtres d’hôtel. The Connaught emploie également une directrice de salle, et l’établissement vient tout juste d'engager une cheffe pâtissière.

Pour arriver à ce haut niveau de gastronomie, la Landaise a tout de même dû faire des sacrifices personnels. « J'ai été maman assez tard, à 40 ans. J'ai eu deux étoiles à 32 ans, il a fallu beaucoup travailler pour y arriver. » Mais aujourd’hui encore, Hélène Darroze n’est pas là le soir pour raconter des histoires à ses deux petites filles qu’elle a adoptées en 2007 et 2009.