Terriennes

Hillary Clinton : l’atout femme ne fait plus recette

La candidate démocrate Hillary Clinton lors de la troisième journée de la convention du parti à Philadelphie, mercredi 27 juillet 2016. 
La candidate démocrate Hillary Clinton lors de la troisième journée de la convention du parti à Philadelphie, mercredi 27 juillet 2016. 
©AP/Carolyn Kaster

Candidate des démocrates à la Maison-Blanche depuis mardi 26 juillet 2016, Hillary Clinton a accepté officiellement sa nomination, en clôturant la convention de son parti à Philadelphie. Face à un candidat sorti de nulle part, son élection n'est pourtant pas acquise. Décryptage.

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Hillary Clinton sera peut-être la première femme présidente des Etats-Unis. Si elle n'est pas la première femme candidate à l'élection présidentielle, elle est déjà, quoi qu’il en soit, la première représentant un grand parti. C’est historique, et c’est ce que Michelle Obama, mardi soir, a mis en avant : "Nos filles et nos fils savent qu’une femme peut devenir président des Etats-Unis". Symboliquement, c’est très important. Mais est-ce avec l’atout femme qu’elle y réussira ? Pas sûr.
 
 
Compétente et brillante, Hillary Clinton l’est. Féministe, aussi. Sur ce point, sa sincérité ne peut être mise en cause. Mais quel féminisme défend-elle ? Pour Nancy Fraser, par exemple, grande figure de la gauche critique américaine, elle œuvre pour l’élite, pour l’accès d’une minorité en haut de la pyramide, alors qu’elle devrait s’attaquer aux causes structurelles des inégalités. Elle lui reproche également ses accointances avec Wall Street et sa politique étrangère va-t-en-guerre.

Féminisme "chantage" ?

Position partagée par les jeunes femmes démocrates qui l’ont abandonnée au profit de Bernie Sanders. Pour cette génération acquise à l’égalité, faire valoir son sexe est une forme de chantage. Seul compte la volonté d’un candidat ou d’une candidate à changer la société de fond en comble. Dans cette configuration, Hillary serait un frein. Et l’avancée symbolique que constituerait son élection, un trompe-l’œil.
 
L’argument féministe est aussi contesté par ceux et celles qui pensent que si les femmes accédaient au pouvoir, le monde irait mieux. Parce que plus pacifique et solidaire. On se souvient de la chanson de Renaud qui fustigeait Margaret Tatcher. Pourquoi élire une femme si elle se comporte comme un homme ? Entendez : une femme qui veut le pouvoir, le dit, se bat pour le gagner et fait tout pour y arriver. C’est ce qu’on reproche à la candidate démocrate.

Hillary vue par une Franco-Américaine

Le fait est assez rare pour être souligné, mais une citoyenne franco-américaine, Laetitia Garriott de Cayeux, figure en bonne place dans l'équipe de la candidate Hillary Clinton. Cette jeune chef d'entreprise installée à New York participe, elle aussi, à Philadelphie, à la convention démocrate qui se termine ce jeudi 28 juillet. L'occasion de la rencontrer et de découvrir un autre regard sur la candidate Clinton. Reportage :
 
Sujet sur Laetitia Garriott de Cayeux
Reportage de Vincent Bonnay et Alain Pirot

L’atout femme est-il dépassé ? 

Peut-être. Hillary Clinton a percé le fameux plafond de verre dans les années 1990, mettant son ego dans la poche, supportant humiliations et sexisme primaire. Elle a fait preuve de résilience et de ténacité. Elle a été pionnière. Mais cela lui donne-t-il un droit ? Une légitimité, oui, mais pas un droit. Ce serait comme réclamer son dû ou jouer le handicap avant d’entrer sur le ring. En tout cas, ce n’est pas ainsi qu’elle pourra battre un candidat atypique, provocant et rude, sans expérience, misogyne pour faire rire la galerie, mais qui apparaît tout neuf sur le marché électoral.

Le problème d’Hillary n’est pas d’être une femme, mais d’être une Clinton, d’appartenir à une dynastie au même titre que les Bush, d’être une professionnelle de la politique et d’incarner l’éternel retour du même. Si Hillary ne soulève pas l’enthousiasme, c’est parce qu’on a l’impression de déjà-vu, comme si elle était la candidate sortante, jouant sa réélection, face à un outsider sorti de nulle part. Voilà le paradoxe.

►Lire cet article de Marie-Claude Martin sur le site de nos partenaires Le Temps