Terriennes

Hillary, Melania, Anne : soutenir son mari, mais à quel prix ?

Hillary Clinton, Donald et Melania Trump, lors d'un dîner de charité à New York, (Etats-Unis) le 20 octobre 2016.
Hillary Clinton, Donald et Melania Trump, lors d'un dîner de charité à New York, (Etats-Unis) le 20 octobre 2016.
©AP Photo/Andrew Harnik

Elles les soutiennent, les défendent parfois contre leurs convictions féministes et sont la pièce maîtresse de leur réhabilitation. Hillary Clinton, Melania Trump ou Anne Sinclair. Mais il y a un prix à payer.

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La liste des épouses volant au secours de leur mari s’allonge. Mi-octobre, Melania Trump a accordé un entretien à CNN pour défendre le candidat républicain lâché par son propre camp et banaliser les propos machistes et obscènes qu’il a tenus en 2005. Propos révélés dans une vidéo publiée par le «Washington Post» le 6 octobre.

Une défense en trois temps: condamner sa façon de parler des femmes mais en minimiser l’impact, en évoquant des «discussions de garçons»; s’en prendre à la partialité des médias, comme l’a fait Donald Trump qui parle de complot; et affirmer qu’en tant qu’épouse, elle le connaît mieux que quiconque et sait qu’il n’a jamais été aussi vulgaire. Pour elle, Donald est un «gentleman».

Les réseaux sociaux ironisent sur cet énième épisode de l’épouse appelée à refaire une virginité à son mari empêtré dans des affaires sexuelles. Car le cas n’est pas isolé.

Son abnégation avait impressionné

Melania Trump, qui ne s’exprimait plus depuis son fameux discours copié sur celui de Michelle Obama, se voit ainsi comparée à Hillary Clinton. Elle aussi, en pleine affaire Lewinsky, avait soutenu sans faille son mari. Dans son rôle de femme trompée et humiliée, son abnégation, sa douleur aussi, avait impressionné les Américains qui la jugeaient jusque-là froide, intrigante et ambitieuse. Sa cote de popularité était alors remontée, comme à chaque fois qu’elle endossait un rôle plus traditionnel.

Conflit avec le féminisme

Une stratégie à double tranchant néanmoins. Pour blanchir le président des Etats-Unis, il lui a fallu mettre en doute le témoignage de Monica Lewinsky et celui d’autres femmes qui s’étaient plaintes du comportement de Bill Clinton. Lequel doit au soutien d’Hillary de n’avoir pas été destitué. Si on est cynique, on verra un jeu à la «House of Cards», si on ne l’est pas, la difficulté pour des femmes acquises au féminisme de le rester quand la maison prend feu.

Aveuglement ou complicité

Emmanuelle Cosse, ministre du logement, s’est retrouvée dans une situation identique quand a éclaté en mai dernier le scandale Denis Baupin, député écologiste, accusé de harcèlement et d'agressions sexuelles. Elle qui s’est battue contre toute forme de sexisme s’est vue dans l’obligation, du moins dans un premier temps, de soutenir son conjoint: «Evidemment, je continue de le croire. Il m’a montré suffisamment de choses de sa vie, de son intimité, pour que je lui fasse confiance.» Dire le contraire serait avouer son aveuglement ou sa complicité, de sérieux handicaps quand on mène une carrière politique.

Ni sainte, ni victime

Mais le soutien le plus spectaculaire, et pour beaucoup incompréhensible, a été celui d’Anne Sinclair après l’arrestation, en mai 2011, de DSK, impliqué dans une affaire d’agression sexuelle sur Nafissatou Diallo. La journaliste affirmait dans un communiqué qu’elle «ne croyait pas une seule seconde aux accusations portées à l’encontre de son époux, Dominique Strauss-Kahn». Déni? Amour fou? Masochisme? Connivence? Courage? Orgueil? Fidélité à la parole donnée? Solidarité de classe? Beaucoup de femmes lui reprochèrent en tout cas ce soutien. Anne Sinclair mit un point final, à la fois à la polémique et à son mariage, par une autre forme de féminisme: «Ni sainte ni victime, je suis une femme libre!»

Infantilisation du pouvoir

Enfin, bien plus discrète puisqu’elle n’a jamais parlé à la presse, Florence Carron Darbellay qui, selon son mari, (homme politique suisse, ancien président du PDC et actuel candidat au Conseil d'Etat valaisan, il a reconnu début septembre avoir eu un enfant hors mariage NDLR), lui a pardonné sa «grave erreur» d’un soir. «Bien que je l’aie profondément blessée, elle a décidé de rester à mes côtés dans cette situation difficile.»

Dans ce scénario désormais rodé de l’homme en pleine ascension qui chute suite à une faute sexuelle, l’épouse devient ainsi une pièce maîtresse. Bafouée, certes, mais toute puissante. C’est elle qui décide du destin de son mari; elle, la garante de sa bonne foi; elle, la gardienne de sa réputation. Sa caution morale en quelque sorte. Mais tout cela a un prix, fort bien exprimé par Melania Trump quand elle excuse les obscénités de son mari en le traitant de «teenage boy»: l’infantilisation du pouvoir. Quelque chose résonne comme «Maman est là, il n’y a rien à craindre».


Article publié conformément à l'accord de partenariat avec Le Temps.