“Hyper-masculinité“ héritée de la guerre : des viols même en temps de paix au Liberia

Une affiche représentant un homme violant une femme barré d’une croix noire, dans un marché de Monrovia (capitale) le 30 novembre 2009. ©AFP<br/>
Une affiche représentant un homme violant une femme barré d’une croix noire, dans un marché de Monrovia (capitale) le 30 novembre 2009. ©AFP

La guerre civile au Liberia a pris fin en 2003, faisant de nombreuses victimes de viols. Plus de dix ans après, les agressions sexuelles se perpétuent sur les jeunes filles. Selon un rapport publié par l’ODI (Institut pour le développement en outre-mer), le pays continue d’enregistrer un des taux de criminalité sexuelle parmi les plus élevés du monde, à cause d’une culture de "l’hyper-masculinité" héritée de la guerre. Une étude édifiante, alors que se déroulait du 10 au 13 juin 2014 à Londres, un sommet sans précédent avec des représentants de plus de 150 pays, afin de débattre sur le sujet des violences sexuelles pendant les conflits.

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13.06.2014
Au Liberia, une large majorité de femmes (entre 61% et 77%) ont subi des violences sexuelles durant la guerre civile de 1999 à 2003, selon les chiffres du rapport de l'ODI.  Ces mères, voient aujourd’hui leurs filles confrontées elles aussi aux viols, malgré la fin des combats et la reconstruction du pays.
A l’arrivée d’Ellen Johnson Sirleaf à la présidence en 2006, la dirigeante lance des programmes d’aide en faveur des femmes. Mais l’étude révèle que malgré ces efforts, la vie des femmes dans les campagnes s’améliore très, trop, lentement. Elles sont encore largement victimes de la violence des hommes.
Le viol au Liberia reste d’ailleurs le crime le plus souvent signalé. Les jeunes adolescentes sont généralement prises pour cibles, et presque 40% des responsables sont des hommes adultes, connus des victimes. Deux tiers des victimes l’an dernier étaient aussi des enfants, selon le gouvernement.
 

Un lourd héritage de violence sexuelle masculine

L’étude menée par l’ODI, un institut basé au Royaume Uni, intitulée "la fin du viol comme arme de guerre", tente d’expliquer les raisons de la perpétuation de ces agressions sexuelles. "La guerre peut créer un environnement dans lequel les violences sexuelles sont normalisées. Après la guerre, les hommes sont souvent agressifs, "hyper-masculins" et combattent pour s'adapter en temps de paix", analyse Nicola Jones, chercheuse de l’ODI.

Des programmes existent afin d’aider à réduire cette tendance à l’hyper-masculinité et à freiner les violences sexuelles qui persistent dans les zones suites à des conflits. Cela passe par l’attribution de rôles plus importants aux femmes, par la promotion de leur indépendance et par un travail avec les hommes. Des initiatives qui prennent du temps, mais qui sont nécessaires.

D’autant que ces violences sexuelles sont vécues comme un traumatisme traversant toutes les générations. "L'héritage de la violence sexuelle peut avoir des impacts dévastateurs non seulement sur les individus et leurs familles, mais aussi sur l'ensemble des communautés", souligne Nicola Jones.

Surmonter ces traumatismes avec l’aide de la justice

L’étude porte aussi sur la manière dont les femmes continuent de survivre à travers le cauchemar des violences sexuelles. Elle rassemble plusieurs témoignages d’adolescents, de familles, de chefs communautaires et de travailleurs humanitaires. Une mère raconte qu’elle avait confié son enfant à un ami de la famille dans le comté de Bomi dans le nord-ouest. A son retour, l’enfant est en larmes, et du sang est retrouvé sur son ventre et ses jambes. Une jeune fille de 13 ans, témoigne également des violences sexuelles commises par son voisin, un ami de la famille auquel elle était partie apporter un repas. Mais elle explique aussi qu'elle n'a pas porté plainte, trop effrayée. Et elle n’est pas la seule dans ce cas. Convaincre les victimes de viols d'aller voir la police reste une grande bataille. Celles qui osent le faire changent souvent d’avis de peur d’être stigmatisées et choisissent plutôt la médiation de chefs coutumiers pour obtenir des compensations. Pourtant, la présidente du Liberia a mis en place de nouvelles lois contre le viol, a créé une cour de justice spécifique et lancé une unité féminine de police en 2009.

“Le viol en zone de guerre est un crime qui prospère dans le silence et dans le déni“ (A. Jolie)

10.06.2014Journal de TV5MONDE.
Un Sommet Mondial sur le viol en temps de guerre se tient du 10 au 13 juin 2014 à Londres, présidé par le chef de la diplomatie britannique William Hague et l’actrice hollywoodienne Angelina Jolie. Son but : sensibiliser le grand public et lever le voile sur ce sujet tabou.
Le chirurgien français Guy-Bernard Cadière peut lui, en parler. Il est l’associé du gynécologue Denis Mukwege à la clinique Panzi, pour soigner les femmes victimes de viols en République démocratique du Congo. La région du Nord-Kivu est ravagée depuis quinze ans par des guerres et les Congolaises en sont les premières victimes. Elles subissent des agressions sexuelles extrêmement violentes de la part des bandes armées, qui n’hésitent pas à les mutiler afin de porter atteinte à leur fertilité.
Des dizaines de soldats congolais accusés de viols ont récemment été acquittés par la justice.
Le docteur rappelle l’importance des lois, afin de mettre fin à cette barbarie et au large sentiment d’impunité. Depuis 1999, plus de 63 000 femmes se sont présentées à l’hôpital Panzi.
“Le viol en zone de guerre est un crime qui prospère dans le silence et dans le déni“ (A. Jolie)

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Ce film hommage aux Bosniaques violées pendant la guerre dresse le portrait d'une bourgade du Sud de la Bosnie, où vingt ans plus tôt, deux cent femmes bosniaques ont été violées, puis tuées durant la guerre de Bosnie-Herzégovine (1992-1995). Des victimes aujourd'hui oubliées de la mémoire collective de la ville, ou presque.