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Injonction de virginité aux futures mariées : le juteux marché de la reconstruction des hymens au Maroc

Hymen sacré au Maroc
La virginité avant le mariage, ou le parcours de combattante des Marocaines - Reportage TV5MONDE, Maud Ninauve, 2’37’’

Comment faire pour être encore vierge le jour de son mariage, une injonction qui perdure au Maroc, alors que les changements à l'oeuvre parmi la jeunesse la rendent de plus en plus difficile à suivre, surtout pour les jeunes femmes qui y sont beaucoup plus soumises que les jeunes hommes, au nom d'un éternel code d'honneur. Une quête à l'origine d'un juteux marché... Reportage

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L'islam prône la virginité avant mariage. Et cela pour les deux futurs époux, ce que l'on sait moins. Parce que seules les femmes peuvent, et donc doivent, en faire la preuve... La pression sur les futures mariées varie selon l'appartenance sociale et aussi de leur niveau d'éducation et du contexte familial. Mais pour la plupart des Marocain.nes, c'est une question d'honneur. Et d'angoisse : les fiancées sont de plus en plus nombreuses à recourir dans le plus grand secret à des artifices pour retrouver une virginité témoin d'une chasteté sans accroc, indispensable au mariage. Et elles n'hésitent pas aussi, même vierges, à se faire ausculter chez le médecin pour éviter (pensent-elles) honte et répudiation en se faisant délivrer un certificat de virginité.

Dans de rares cas, des filles naissent sans hymen, et il arrive que malgré le certificat d'un médecin, l'absence de sang lors du premier rapport sexuel mène, par ignorance, à la répudiation de la jeune mariée. Comme Leïla qui témoigne dans le reportage de TV5MONDE, tourné souvent en caméra cachée, et qui a été répudiée sans autre façon parce qu'elle n'avait pas saigné lors de la nuit de noce. 

Poches de sang contre foie de volaille

Les kits de virginité ont fait florès, vendus dans des arrières boutiques entre linge et électronique, comme dans le marché de Derb Omar à Casablanca, poumon économique du pays. On les trouve le plus souvent chez des commerçants chinois, poches ou capsules de sang artificiel destinées à entretenir une illusion de virginité. Insérées dans le vagin environ vingt minutes avant le rapport sexuel, la poche ou la capsule éclate sous l’effet de la chaleur corporelle et un liquide rouge se répand, simulant une rupture de l’hymen. Simples d'utilisation, elles ont remplacé le foie de volaille introduit dans le vagin par les mères, grands-mères, arrières grands-mères... Mais comme pour leurs aïeules, les risques bactériologiques ne sont pas négligeables.

L'hymen en kit coûte en moyenne 150 dirams (environ 13 euros).  Mais cela peut parfois être plus couteux, et surtout très plus douloureux. Comme avec l'hyménoplastie, une opération chirurgicale "qui permet à la femme de retrouver un hymen intact de façon totalement indétectable" nous expliquent les cliniques qui la proposent à leurs patientes. Et comme tout acte de chirurgie, il est susceptible d'effets secondaires : déchirures, saignements, infections. En France, il en coûtera de 600 à 3500 euros aux candidates. 

Le grand écart entre les désirs et les tabous

Les forums virtuels bruissent de questions et d'inquiétudes, parfois aussi de désespoir, tant les questions autour de la sexualité  se heurtent à ce décalage entre désirs et interdits, entre passages à l'acte et projections dans une future vie sociale.

Dans un pays où l'âge moyen du célibat court jusqu'à 28 ans, où la jeunesse ne veut plus toujours s'embarrasser d'interdits, certaines trouvent alors des solutions de contournement, comme une sexualité qui évite toute pénétration vaginale.
Mais les tabous et les codes d'honneur ont la vie dure. 

#yaduboulot, le mot dièse le plus utilisé par les Terriennes...