Terriennes

Ioulia Timochenko, star politique qui cache la forêt des Ukrainiennes

Ioulia Timochenko s'adresse à la foule, place de l'Indépendance à Kiev le 22 février 2014 (AFP, Genya Savilov)
Ioulia Timochenko s'adresse à la foule, place de l'Indépendance à Kiev le 22 février 2014 (AFP, Genya Savilov)

Les Ukrainiennes ont beau être égales aux hommes sur le papier, dans les faits, et en particulier au travail, leur sort est tout autre.

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Alors que la star de la politique ukrainienne, Ioulia Tymochenko, malgré sa condamnation pour abus de pouvoir dans l'industrie gazière, revient sur le devant de la scène à la faveur de la révolution de Maïdan, les femmes, actives dans la rébellion qui secoue le pays, restent souvent des actrices de second plan au point de vue politique comme économique. On aurait pu croire le contraire, compte tenu de l'histoire soviétique de l'Ukraine. En leur qualité de femmes d'URSS, les Ukrainiennes avaient en effet, comme les Russes, qui l'avaient fermement demandé, obtenu le droit de vote dès 1917. Quelques mois plus tard, en 1918, l'égalité des deux sexes en politique et en droits civiques avait été inscrite dans la première Constitution soviétique. Aujourd'hui, cependant, le Parlement ukrainien ne compte que 9,4% d'élues. De même, si, du temps de l'appartenance à l'URSS, les Ukrainiennes étaient - plus ou moins - considérées comme égales aux hommes dans l'emploi, en particulier pour les travaux les plus pénibles, elles sont aujourd'hui pénalisées. 

Fossé salarial

Certes, elles travaillent, en général à plein temps, d'ailleurs, et forment à peu près la moitié de la population active, mais elles sont plus touchées par le chômage (55%) et surtout, perçoivent un salaire inférieur de 22,7% en moyenne à celui des hommes (contre 15,6% en France). Pourtant, elles sont, comme dans d'autres pays du monde, plus diplômées qu'eux ! Mais elles choisissent, là aussi selon une tendance commune à bien des pays, encore trop souvent des filières peu porteuses, les menant à l'éducation, la santé ou les services. Des domaines plus féminisés et donc moins rémunérateurs... A cela s'ajoutent les faibles perspectives de promotion pour les femmes dans l'entreprise, sans oublier, au point de vue sociologique, la violence qui leur est faite, souvent au sein de leur foyer, et leur absence notoire de participation aux décisions financières de la famille. 

Une situation qui n'avait pas échappée à Natalia Korolevska, la ministre des Affaires sociales dans le gouvernement de Mykola Azarov, lequel a présenté sa démission le 28 janvier dernier. Dans le cadre d'un programme visant à assurer l'égalité des droits et des chances à tous sur la période 2013-2016, le gouvernement ukrainien avait adopté, en octobre 2013, des mesures pour améliorer le sort des femmes au travail.

Promotion du travail féminin


Selon la ministre des Affaires sociales, il s'agissait avant tout de mettre l'accent sur le développement des qualités de leadership des femmes, afin de promouvoir leur participation active au processus de prise de décisions dans les affaires. Le programme était également assorti de mesures spécifiques visant à réduire le fossé salarial, comme la lutte contre les stéréotypes qui pénalisent les femmes, le développement des compétences des fonctionnaires et la promotion des femmes qualifiées à des postes mieux rémunérés, le tout associé à une campagne pour la prise de conscience des employeurs face aux difficultés rencontrées par les femmes. Enfin, le programme adopté en octobre dernier devait également comporter une campagne de promotion de l'égalité au sein des familles, afin d'établir une distribution plus égalitaire des rôles, en faisant par exemple la promotion du congé parental pour les pères et en développant un modèle de réintégration à l'emploi après un congé parental, tout en offrant des conditions de travail plus flexibles pour les deux sexes.

Autant de mesures visant à aligner la situation des Ukrainiennes sur le reste de l'Europe et qui sont, compte tenu de la situation actuelle dans le pays, en suspens pour l'instant. 

Reste la retraite, dont le Parlement a relevé l'âge en 2011, le passant progressivement de 55 à 60 ans pour les femmes (et de 60 à 62 ans pour les hommes). Des manifestations, notamment de la part des Femen, avaient bien tenté de faire échouer l'adoption de ce texte. En vain. Les caisses de retraite sont déficitaires. Toutefois, même avec une retraite plus tardive, les Ukrainiennes pourraient en profiter plus que les hommes. De fait, leur espérance de vie (74 ans) devance largement celle des hommes (seulement 62 ans). C'est l'un des rares points positifs dans la situation des femmes ukrainiennes.

Electrices ukrainiennes en octobre 2012 lors de l'élection de Viktor Ianoukovitch - AFP
Electrices ukrainiennes en octobre 2012 lors de l'élection de Viktor Ianoukovitch - AFP

Lysiane J.Baudu

Ancienne grand reporter à La Tribune, Lysiane J. Baudu a rencontré, pendant ses 20 ans de journalisme international, des femmes du monde entier. 

Ces "rencontres" feront l'objet de billets, qui lui permettront de faire partager ses impressions, ses analyses, son ressenti au contact de ces femmes, dont l'action professionnelle fait sens pour toutes les autres, de même que pour la société.