Irlande du Nord : 800 bébés dans une fosse commune

St-Mary fosse commune
"Pour tous nos enfants qui ont souffert entre les mains de nos institutions religieuses. Honte à vous !", peut-on lire sur des poupons portés lors de manifestations. Récit TV5MONDE de Pascale Achard

En Irlande du Nord, le voile se lève peu à peu sur les tragédies qui se sont déroulées derrière les murs de l'orphelinat de Tuam. Une affaire très embarrassante pour l'Eglise catholique.

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En 2014, les restes de bébés étaient découverts dans l’ancien foyer catholique St-Mary des soeurs du Bon Secours à Tuam, dans l'ouest de l'Irlande, qui, entre 1925 et 1961, recueillait de jeunes mères célibataires. Près de 800 enfants, indésirables car nés hors mariage, semblaient ainsi avoir été jetés dans une fosse commune.
Victimes en un temps de mortalité infantile élevée, de négligence et peut-être de maltraitance.

Le Premier ministre irlandais Enda Kenny avait déploré que ces enfants aient été considérés comme "des sous-espèces inférieures" livrés aux mauvais traitements, jugés indignes de soins, ou même de sépulture. Il avait aussi qualifié "d'abomination" la façon dont avaient été traitées les jeunes mères célibataires, contraintes à travailler gratuitement dans les tristement célèbres "couvents de la Madeleine". Le gouvernement avait alors constitué une commission officielle chargée de l’enquête.

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Ce vendredi 3 mars, la commission confirme qu'une "quantité importante" de restes d'enfants ont été exhumés dans l'ancien foyer St-Mary. Une découverte qualifiée de "choquante", dans son communiqué.

Le choc des révélations 

En 2014, ce sont les révélations d'une historienne, Catherine Corless, qui avaient porté le scandale au grand jour. Après avoir étudié les avis de décès de 797 enfants, des bébés pour la plupart, décédés dans ce foyer, elle n'avait trouvé qu'une seule tombe correspondante dans le cimetière local. L'historienne en avait conclu que les bébés, la plupart morts de malnutrition et de maladies infectieuses, comme la tuberculose selon les archives du foyer, avaient été enterrés dans une fosse sur place et privés de sépulture chrétienne.

L'historienne Catherine Corless, celle par qui le scandale est mis au jour.
L'historienne Catherine Corless, celle par qui le scandale est mis au jour.
©TV5MONDE

Confirmation

Des excavations menées ces derniers mois ont révélé l'existence d'une crypte de vingt chambres, dont au moins dix-sept contenaient des restes humains. "Un petit nombre de ces restes ont été récupérés à des fins d'analyse. Ils concernent des individus dont l'âge est estimé à approximativement entre 35 semaines de gestation et deux ou trois ans", a indiqué la commission d'enquête. 

Les premières datations par le radiocarbone "suggèrent que les restes datent de la période" en question, entre 1925 et 1961 lorsque le foyer accueillait des jeunes filles-mères non mariées. "Désormais, nous avons la confirmation que les dépouilles sont bien là", a commenté la ministre irlandaise de l'enfance, Katherine Zappone, en évoquant une information triste et dérangeante. "Aujourd'hui nous pensons à ces enfants qui ont vécu leur courte existence dans ce foyer. Nous allons honorer leur mémoire", a-t-elle promis.

Les soeurs du Bon Secours, elles, ont affirmé dans un communiqué qu'elles allaient continuer à coopérer avec l'enquête, toujours en cours.

Au total, ce sont dix-huit foyers gérés par les institutions catholiques qui sont visés par l'enquête de la commission pour des faits couvrant une période allant de 1922 à 1998. On estime à environ 35 000 le nombre de femmes tombées enceintes hors mariage qui y ont résidé.