Irlande : une jeune immigrée forcée à donner la vie

L'affaire a été révélée par le quotidien irlandais, The Irish Times.
L'affaire a été révélée par le quotidien irlandais, The Irish Times.

Le débat sur l'avortement est ravivé en Irlande : une jeune fille immigrée n'a pas pu interrompre sa grossesse, alors qu'elle aurait pu bénéficier de la nouvelle législation qui, depuis janvier, autorise l'avortement dans le cas où la vie de la mère est en danger. Résultat : elle a été obligée d'accoucher par césarienne à 25 semaines de grossesse.

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Dans le journal irlandais The Irish Times, la jeune femme, dont l'anonymat a été préservé, a raconté qu'elle avait été victime d'un viol avant d'arriver en Irlande, quelques semaines plus tard. Et c'est là, sur le sol irlandais, à l'occasion d'une visite médicale, qu'elle apprend qu'elle est enceinte de deux mois. "Dans ma culture, a-t-elle expliqué à The Irish Times, c'est une grande honte d'être enceinte sans être mariée."

Au planning familial, on lui suggère d'aller se faire avorter en Angleterre pour 1500 euros, si elle ne veut pas garder l’enfant. Mais cette solution n'est pas à la portée de la jeune femme, à peine majeure : elle ne dispose ni d'argent ni de statut légal.

Tony O’Brien, le directeur de l'autorité sanitaire irlandaise.
Tony O’Brien, le directeur de l'autorité sanitaire irlandaise.
Désespérée, suicidaire…

Désespérée, la future mère est hospitalisée quelque temps après, à 24 semaines de grossesse. Dans son lit d’hôpital, elle réclame une IVG, qui lui est refusée, et décide d’entamer une grève de la faim et de la soif. Deux psychiatres et un obstétricien jugent alors sa santé mentale fragile et concèdent que sa grossesse doit prendre fin. Mais les autorités sanitaires irlandaises (Health and Safty Executive) n’accordent pas l’avortement : la grossesse étant trop avancée, c'est le choix de la césarienne qui est privilégié.

C’est ainsi que, après avoir été réhydratée et alimentée, la jeune femme donne naissance, contre son gré, à un garçon prématuré qui, depuis, reçoit les soins nécessaires à sa survie sans avoir aucun contact avec sa mère.

La ministre de l’Education Jan O'Sullivan.
La ministre de l’Education Jan O'Sullivan.
Vers une révision de la loi ?

Dans la presse irlandaise, les critiques sont vives. Le journaliste Fintan O'Toole appelle, dans le Irish Times, à un assouplissement de la loi sur l’avortement, estimant que "le régime répressif actuel ne reflète pas l’opinion publique". L’auteur rappelle que la majorité des Irlandais est en faveur de l’avortement en cas de viol ou d’anomalie grave qui empêcherait le fœtus de survivre après la naissance. Pour lui, la situation actuelle est donc "clairement un cas où une petite minorité tyrannise la majorité".

De même, dans un éditorial, The Irish Independant demande que la loi sur l'avortement soit révisée, mais aussi que les soins accordés aux demandeurs d'asile soient améliorés. "Le sort de cette jeune fille questionne non seulement l'efficacité de la loi sur l'avortement, mais aussi les prestations de santé, qui ne répondent pas aux besoins des demandeurs d'asile - y compris en ce qui concerne l'assistance psychologique."

Mais les résistances au changement législatif restent fortes, dans ce pays des plus catholiques. La ministre de l’Education, Jan O'Sullivan, s’est dite favorable à un réexamen de l'interdiction constitutionnelle qui pèse sur l'avortement, mais a précisé que cela ne pourrait être fait que par un futur gouvernement. Elle a aussi déclaré que la nouvelle législation approuvée par la Coalition en début d’année était "la meilleure possible" dans le contexte actuelle.

De son côté, la direction des autorités sanitaires a ordonné une enquête pour établir les faits qui ont conduit au choix de la césarienne. Le rapport sera publié fin septembre.