Israël : Ayelet Shaked, caution d’extrême droite du nouveau gouvernement

Ayelet Shaked, le 24 février 2015 à Tel Aviv.
Ayelet Shaked, le 24 février 2015 à Tel Aviv.
©AP Photo/Tsafrir Abayov

A peine nommée, Ayelet Shaked, nouvelle ministre de la Justice d’Israël, essuie déjà le feu des critiques. A la fois pour ses positions antipalestiniennes et antidémocratiques, mais aussi parce qu'elle est une femme. Portrait de cette figure du "Foyer juif", parti nationaliste, sioniste et religieux.

dans
Les réactions sont violentes. La nomination d’Ayelet Shaked à la tête du ministère israélien de la Justice, ce 14 mai 2015, est loin de faire l’unanimité. En effet, l’informaticienne de 39 ans n’a jamais suivi de formation juridique. Et pourtant, elle hérite d’un portefeuille clé. Il lui donne accès au puissant cabinet de sécurité, composé des quelques ministres chargés de prendre les décisions les plus lourdes pour le pays.
 
Depuis 2013 et son élection à la Knesset (le Parlement de l’Etat d’Israël), la députée n'a de cesse de vouloir faire adopter des lois antidémocratiques. L’une d’entre elles visait à limiter les attributions de la Cour suprême, contre-pouvoir fondamental du pays, dont les principales fonctions consistent à contrôler la constitutionnalité des lois et à garantir des droits de l’Homme.
 
Les critiques fusent aussi d'au-delà les frontières de l’Etat hébreu. L’Europe  reproche à celle qui fut l’ancienne directrice de cabinet de Benjamin Netanyahu d’être à l’initiative d’un projet de loi dont le but était d’attaquer les sources de financement des ONG de gauche. Ayelet Shaked, par ailleurs favorable à la colonisation des territoires palestiniens, est aussi une fervente partisane de l’inscription dans la loi du caractère juif de la Nation israélienne.

Des positions antipalestiniennes assumées

Dès 2014, Ayelet Shaked est au coeur d’une polémique diplomatique après avoir posté sur sa page Facebook un article qu’elle avait rédigé en 2002, dans lequel elle qualifiait les Palestiniens « de serpents » et « d’ennemis ». Elle y affirmait aussi que tout partisan du terrorisme devait être tué.
 
La controverse a éclaté lors de la découverte des corps de trois adolescents israéliens kidnappés et assassinés par des Palestiniens. L’événement a marqué le début d’une escalade des tensions, puis de la guerre de Gaza. Ayelet Shaked déclarait alors sur sa page Facebook : « (cet article) est aussi pertinent aujourd’hui qu’il l’était à l’époque ».

Ayelet Shaked, au sein de la Knesset à Jérusalem le 14 mai 2015, attendant sa nomination au poste de ministre de la Justice.
Ayelet Shaked, au sein de la Knesset à Jérusalem le 14 mai 2015, attendant sa nomination au poste de ministre de la Justice.
©Jim Hollander/pool via AP

Furieux, les Palestiniens l’ont aussitôt accusée de préparer un génocide. Le Premier ministre turc Tayyip Recep Erdogan comparait, quant à lui, l’état d’esprit de la députée d’extrême droite à celui d’Hitler. 

Lundi 11 mai, Yuli Edelstein, Président du Parlement israélien, annonçait qu’Ayelet Shaked était placée sous protection rapprochée, à la suite de menaces proférées à son encontre sur les réseaux sociaux. On y voyait entre autres un photo-montage de la ministre de la Justice en uniforme nazi.

Victime de sexisme

Au-delà de sa ligne politique, la critique s'en prend aussi au physique avantageux d’Ayelet Shaked. Le député de la Knesset Joseph Paritsky déclarait ainsi « Finalement, nous avons une ministre de la Justice qui pourrait apparaître dans un calendrier de garagiste ». Selon Le Parisien, ce commentaire sexiste n’est que la partie visible de l’iceberg, puisque la ministre ferait l’objet de nombreuses discriminations liées à son sexe depuis sa nomination.
 
Pour la défendre de ces attaques injustifiées, Ayelet Shaked peut compter sur l’une de ses consoeurs, mais opposante politique, Zehava Galon, membre du parti de gauche Meretz : « Shaked est une politicienne intelligente et travailleuse, avec des vues antidémocratiques et nationalistes. Je ne l'épargnerai pas lorsqu'elle profite de son poste pour endommager notre système légal, mais je n'ai aucune intention de rester silencieuse quand, tous les  jours, quelqu'un pollue l'arène publique avec des déclarations insultantes à son encontre. »

Un paradoxe dans un pays où les femmes occupent des fonctions politiques, même les plus hautes, depuis toujours. En 1969, Golda Meir était ainsi la première israélienne à être nommée Premier ministre. Plus récemment, Tipzi Livni, se distinguait par la fermeté de ses positions.