Italie : atteintes au droit à l'avortement, l'Europe s'en mêle

Graphique de Istat (institut de statistique italien)
Graphique de Istat (institut de statistique italien)

En Italie, le droit des femmes est une nouvelle fois mis à mal. De plus en plus de gynécologues refusent de pratiquer l'avortement, alors que la loi l'autorise. Une résistance qui se généralise dans la péninsule, où 70% des médecins sont objecteurs de conscience, voire 90% à 95% dans certaines régions. Résultat : le nombre d'avortements clandestins est en hausse. Saisi en 2012 par la Fédération internationale du Planning familial, le Conseil de l'Europe vient de condamner l'Italie pour ces pratiques.

dans

“Ils m'ont laissée seule dans la salle avec le cadavre de ma fille“

Reportage nos partenaires de la RTS

“Ils m'ont laissée seule dans la salle avec le cadavre de ma fille“
 
04.08.2014
 

L'avortement en Italie : un droit bafoué

En 1978, l'Italie était l'un des premiers pays à légaliser l'avortement en Europe avec la loi 194 :

article 4  : "Pendant les 90 premiers jours, les femmes dont la grossesse, l’accouchement et la maternité comporteraient un risque pour leur santé physique ou psychiatrique, en lien avec leur état de santé ou leurs conditions économiques, sociales ou familiales ou en lien avec les circonstances dans lesquelles est advenue la conception ou en prévision de malformations et anomalies, peuvent se tourner vers un centre de consultation public ou un médecin de confiance."

article 6 : "L’interruption volontaire de grossesse, après les premiers 90 jours de grossesse, peut être pratiquée."

Or depuis le début des années 1980, selon Istat, le nombre d'avortements ne cesse de baisser :

En 1982 : 16,7 avortements pour 1000 femmes de 15 à 49 ans
En 1983 : 16,4 avortements pour 1000 femmes de 15 à 49 ans
En 2000 : 9,4 avortements pour 1000 femmes de 15 à 49 ans
En 2009 : 8 avortements pour 1000 femmes de 15 à 49 ans
 

Les médecins objecteurs de conscience

Article 9 de la loi 194 : "Le personnel sanitaire, sous réserve de l’avoir déclaré au préalable, n’est pas tenu de prendre part [...] aux IVG quand il soulève l’objection de conscience. Le médecin doit le déclarer auprès du médecin en chef. [...]. L’objection peut toujours être révoquée […] mais une telle déclaration ne prendra effet qu’un mois après la présentation au médecin provincial. L’objection de conscience ne peut être soulevée quand leur intervention est indispensable pour sauver la femme d’un danger imminent."

C'est en vertu de ces dispositions que 80% des gynécologues transalpins et 50% des anesthésistes et des infirmiers refusent de pratiquer l'avortement. En 2008, 7 médecins sur 10 seraient objecteurs de conscience. La même année, l'avortement est remis en question sous le mandat de Berlusconi et sous la pression de l'Eglise, qui propose la présence d'associations et de personnels pro-vie dans les centres d'IVG. En 2010, un gynécologue non objecteur reçoit 1,7 demande par semaine.

Pour les Italiennes qui se heurtent au refus du corps médical, restent les solutions de partir avorter à l'étranger (Angleterre, France, Suisse), les cliniques clandestines, avec des RU486 de contrebande ou des médicaments contre l'ulcère qui, à très forte dose provoqueraient une interruption de grossesse, ou encore les techniques physiques impliquant l'introduction d'objets dans le vagin, avec risque de stérilité ou de mort.
 

Le droit à l'avortement en Europe

(@Libération)
(@Libération)
Ceux qui le restreignent
- Irlande
- Finlande
- Espagne
- Pologne
- Portugal
- Luxembourg

Ceux qui l'interdisent
- Malte
- Andorre
- Vatican