"Jamais assez maigre", journal d'une top model, survivante de l'anorexie

Malgré la loi en vigueur en France, l'extrême maigreur reste de mise dans les défilés ou sur les papiers glacés des magazines féminins. Dans un livre témoignage, une ex-mannequin dénonce la dictature des podiums. Un régime "xxs" qui a failli lui coûter la vie.

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"On me disait: tu peux faire partie des plus belles filles du monde! Et donc forcément, même si vous n'y avez jamais pensé, à 17 ans, c'est un truc de dingue, on ne peut pas dire non à ça!"

Victoria Macon Dauxerre a 17 ans lorsqu'un chasseur de mannequin la repère dans la rue. Il lui propose de rejoindre la prestigieuse agence Elite. Sa vie bascule, à première vue pour le meilleur mais surtout pour le pire.

En moins de 6 mois, elle participe à plus de 20 défilés à New York, Milan, Paris. Très vite, elle figure en tête de la liste du top 20, des 20 mannequins les plus demandés de la planète.

Ascension fulgurante, régime maigreur


"C'est très pervers, très vicieux. Vous avez tous les avantages du côté paillettes, vous vous dites, je vais faire le tour du monde, je vais porter les plus grandes marques, ça fait rêver. Mais en contrepartie, il faut perdre des kilos de manière drastique. Moi, pour 1m78, je faisais 56 kg quand j'ai été repérée, ce qui était quand même très mince. J'ai dû descendre à 47kg, pour entrer dans une taille 32!", explique-t-elle.

Pour tenir cette taille, la jeune femme va, sans se rendre compte qu'elle met sa vie en danger, s'astreindre à un régime plus que drastique. Une pomme va remplacer un repas, ce qui donnera au total, trois pommes par jour. Et dans le miroir, le reflet qu'elle voit d'elle est déformé, comme dans ceux que l'on voit dans les miroirs déformants de fête foraine. Elle se trouve encore trop grosse.

Le cauchemar est enclenché, et le reste suit.  Sa santé se dégrade. Un jour, lors d'un "shooting", un photographe lui demande de s'épiler les bras. La pilosité, c'est l'un des symptômes de l'anorexie, comme la disparition des menstruations, et la perte des cheveux.

J'étais en déni total de la maladie  Victoire Maçon-Dauxerre
Derrière les symptômes physiques, se cache aussi la détresse psychique. "J'étais en plein déni, pas une seconde je me suis dit que j'étais malade. Je voyais les autres jeunes filles, décharnées, et sans doute moins maigres que moi, et je m'inquiétais pour elles, en me disant qu'elles allaient mourir et que c'était horrible !", explique Victoria. "J'étais malheureuse", avoue-t-elle maintenant.                                                                      

C'est en temps que survivante qu'elle témoigne aujourd'hui. Après plusieurs tentatives de suicide, soutenue par ses proches, elle décide de quitter les podiums pour se faire soigner dans une clinique spécialisée dans le traitement des troubles alimentaires.

Victoire pèse à ce jour 64 kilos, elle a quitté le monde de la mode pour le théatre afin de tenter de devenir comédienne. En France, une nouvelle législation a été adoptée l'an dernier, elle interdit le recours à des mannequins trop maigres et dénutris.

Les députés français ont adopté jeudi 17 décembre 2015 une loi visant à lutter contre la maigreur excessive des mannequins, en rendant obligatoire un certificat médical et la mention "photo retouchée" le cas échéant. Le texte stipule que l'activité considérée est conditionnée à la délivrance d'un certificat médical, qui devra attester que "l'état de santé du mannequin, évalué notamment au regard de son indice de masse corporelle, est compatible avec l'exercice de son métier". Toute infraction à cet article est passible de six mois d'emprisonnement et de 75.000 d'euros d'amende. L'Espagne, l'Italie et Israël ont pris des mesures similaires.
 
Tout en saluant cette loi, elle estime qu'elle arrive avec 10 ans de retard et dénonce via son compte Twitter son non-respect par certaines grandes maisons lors des derniers défilés. Son livre, la jeune femme voudrait qu'il s'adresse aux plus jeunes, comme un avertissement. "La mode dit magnifier les femmes, en fait elle ne fait que les maltraiter", conclue-t-elle.

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