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Japon : quand le pouvoir salit la mémoire des “femmes de réconfort“

Le 18 mai dernier, le maire d'Osaka, troisième plus grande ville du Japon, affirmait que les femmes de réconfort, autrement dit les esclaves sexuelles des soldats de l'armée nippone pendant la Seconde Guerre mondiale, avaient été une “nécessité“. Toru Hashimoto, populiste de droite, s'est depuis excusé. Mais le combat de ces femmes asiatiques, souvent sud-coréennes, oubliées de l'histoire, ne retombe pas. Des manifestations avaient lieu vendredi 24 mai 2013 devant la mairie d'Osaka.

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Japon : quand le pouvoir salit la mémoire des “femmes de réconfort“

Le maire de la ville japonaise d'Osaka, Toru Hashimoto, s'est livré lundi 27 mai 2013 à une séance d'auto-justification devant la presse internationale, après le tollé provoqué par ses propos sur les "femmes de réconfort" de l'armée japonaise pendant la Seconde guerre mondiale.

Toru Hashimoto avait qualifié à la mi-mai de "nécessité" l'enrôlement de femmes dans les maisons de prostitution de l'armée impériale nippone, suscitant l'indignation en Corée du Sud et en Chine, ainsi que des commentaires très critiques aux États-Unis.

S'il s'est excusé pour ce propos, il a souligné que les soldats japonais étaient loin d'avoir été les seuls à abuser des femmes, lors d'une intense séance de questions-réponses devant de nombreux journalistes au club des correspondants étrangers du Japon.

Un système institutionnalisé dans d'autres armées ?

Les agressions sexuelles et viols "ont existé sous le joug des forces armées américaine, britannique, française, allemande et ex-soviétique, entre autres, pendant la Seconde guerre mondiale", a répété celui qui est aussi co-dirigeant d'un parti nationaliste représenté au Parlement.

Le maire de la principale métropole de l'Ouest japonais a affirmé que des armées autres que japonaises ont eu recours à des proxénètes, afin de permettre à leurs soldats d'obtenir des faveurs sexuelles dans des maisons de prostitutions.
   
Ce trublion de la vie politique japonaise n'a apporté aucune preuve de ses dires et il n'existe pas d'élément historique probant sur l'existence d'un système d'esclavage sexuel du même type que celui instauré pour l'armée japonaise.
 
"D'un point de vue historique, il n'est pas établi que le Japon ait fait une politique nationale des enlèvements ou du trafic humain", a-t-il assuré, tout en reconnaissant que la finalité de ces lieux restait "mauvaise", qu'ils soient gérés par l'Etat, l'armée ou des proxénètes.

Deux Sud-Coréennes refusent de rencontrer le maire

Toru Hashimoto devait rencontrer vendredi dernier deux Sud-Coréennes, ex-prostituées forcées, pour leur présenter ses excuses. Les deux octogénaires n'ont finalement pas souhaité le rencontrer, craignant de servir de faire-valoir dans un «show d'excuses» mis en scène par le maire, a rapporté l'agence Jiji.

« C'est dommage que je n'ai pu les rencontrer (...). Je voulais leur dire que je suis désolé pour ce malentendu (...). Je les ai blessées avec mes paroles, aussi est-il naturel que je veuille m'excuser », a expliqué Toru Hashimoto.

La plupart des historiens estiment à environ 200.000 le nombre de ces Coréennes, Chinoises ou Philippines, obligées de travailler dans des bordels militaires de campagne japonais pendant la Seconde Guerre mondiale.

En Corée du Sud, la pilule passe mal...

Le ministre sud-coréen des Affaires étrangères a estimé pour sa part qu'il serait difficile de reprendre des discussions de haut niveau avec le Japon, accusant Tokyo de "verser de l'eau glacée" sur les efforts de Séoul pour améliorer les liens entre les deux pays aux relations parfois tendues en raison de l'Histoire.

Yun Byung-Se a aussi rappelé les visites d'hommes politiques japonais dans un sanctuaire shintoïste symbole pour la Corée du Sud du militarisme nippon.

"Tous ces gestes anachroniques versent de l'eau glacée sur notre détermination à améliorer les relations avec le Japon", a regretté Yun Byung-Se. "A moins que l'atmosphère diplomatique actuelle s'améliore, je crains que les échanges entre responsables de haut niveau, sans parler des hauts dirigeants, ne soient difficile".

L'occupation brutale de la péninsule coréenne par le Japon, de 1910 à 1945, reste une source de friction entre les deux pays, Séoul estimant que Japon n'a pas suffisamment fait acte de contrition, et accusant le pays de jeter parfois de l'huile sur le feu.

Ainsi, Séoul avait très mal pris la visite il y a quelques semaines de 168 parlementaires japonais au sanctuaire shintoïste de Yasukuni, au coeur de Tokyo, où sont honorés 2,5 millions de soldats japonais morts pour la patrie, dont 14 Japonais reconnus coupables de crimes de guerre par les Alliés après la Seconde Guerre mondiale.

Ce sanctuaire est le symbole pour Séoul et Pékin de l'agressivité du Japon avant la guerre. Peu après cette visite, la plus importante depuis 1989, la nouvelle présidente sud-coréenne Park Geun-Hye avait mis en garde le Japon contre une droitisation de sa diplomatie qui rouvrirait "les cicatrices du passé".