Rio 2016 - de l’exclusion à la mixité des épreuves, une histoire des femmes aux JO

L'athlète mexicaine Norma Enriqueta Basilio photographiée en train d'allumer la vasque olympique lors de la cérémonie d'ouverture des JO de Mexico (1968).
L'athlète mexicaine Norma Enriqueta Basilio photographiée en train d'allumer la vasque olympique lors de la cérémonie d'ouverture des JO de Mexico (1968).
AP Photo/Kurt Strumpf

Près de 4 700 femmes participent aux Jeux olympiques de Rio de 2016. Pourtant, en 1912, Pierre de Coubertin, père des Jeux olympiques modernes estimait que la compétition constituait « l'exaltation de l'athlétisme mâle avec [...] l'applaudissement féminin pour récompense ». Retour sur les grandes dates et débats qui ont marqué l'Histoire des femmes aux Jeux olympiques. 

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En 1896, lors des premières olympiades de l'ère moderne, les femmes ne sont pas seulement absentes des compétitions sportives. Elles n'ont pris aucune part au congrès fondateur deux ans auparavant à la Sorbonne (Paris), et sont à peine tolérées comme spectatrices. L'inspirateur de cette renaissance, Pierre de Coubertin ne se distingue en rien de l'ère du temps : « Le rôle de la femme reste ce qu'il a toujours été : elle est avant tout la compagne de l'homme, la future mère de famille, et doit être élevée en vue de cet avenir immuable », écrit-il en 1901.

Le mouvement des femmes est en marche et les réticences du baron ne sont plus que combat d'arrière garde. Les femmes sont bien décidées à investir tous les domaines jusque là réservés aux hommes, dont le sport. Etape par étape, au fil du XXème siècle, elles se feront de plus en plus présentes sur les stades.

Mais pour des militantes féministes, comme celle du "comité Atlanta +" le combat reste inachevé.

Les grands moments de l'Histoire des femmes aux Jeux olympiques 

 

1900, Paris : la première des femmes 

Pour la première fois de l’Histoire des Jeux olympiques modernes, et malgré la réticence de Pierre de Coubertin, 22 femmes sur 997 athlètes participent à la compétition. Les disciplines déclinées au féminin sont cependant peu nombreuses : tennis, voile, croquet, équitation et golf. La première médaille d’or féminine de l’Histoire des Jeux revient à la britannique Charlotte Cooper, en tennis.

1936, Berlin : championne à 13 ans

Pendant les JO de Berlin, l’Américaine Marjorie Gestring réalise une performance spectaculaire. A 13 ans et 8 mois, elle devient la plus jeune médaillée d’or des JO en remportant l’épreuve de plongeon à 3 mètres. 

Dans la vidéo ci-dessous, Marjorie Gestrinf fait une démonstration de plongeon aux Etats-Unis.
 

Les JO féminins d’Alice Miliat :
 

Pour permettre aux femmes de pratiquer le sport en compétition et suite au refus des organisateurs des JO d’intégrer des sportives de façon plus importante qu’en 1900, Alice Miliat organise des événements exclusivement féminins. En 1917, elle crée la fédération des sociétés féminines et sportives de France qui rassemblera jusque 50 000 licenciées. En 1922, elle lance la première édition des JO féminins. Y sont représentées 5 nations dans 13 épreuves. 86 athlètes et 8 pays participent aux seconds jeux féminins, en 1926. Le CIO reconnaît que l’athlétisme féminin est devenu une réalité qu’il doit prendre en compte. Le comité introduit, édition après édition, de nouvelles épreuves féminines.

1948, Londres : pour la première fois, une femme noire décroche l’or

Elle est devenue la fierté d’un pays : aux JO de 1948, Alice Coachman est la seule femme américaine à décrocher une médaille. Plus exceptionnel encore, elle est la première femme noire de l’Histoire des Jeux à obtenir l’or, sans parvenir à y croire : « Je ne savais pas que j’avais gagné. Je me dirigeais vers le podium et j’ai vu mon nom sur le tableau d’affichage. J’ai jeté un coup d’œil vers les tribunes dans lesquelles se trouvait mon entraineuse. Elle était en train de m’applaudir. » 

Dans la vidéo ci-dessous (en anglaus), elle raconte son histoire.
 

1968, Mexico : des Jeux hautement symboliques pour les femmes

La nageuse et actrice Christine Caron est la première femme porte drapeau de la délégation française. Elle raconte au Journal du Dimanche Je n’avais jamais pensé être porte-drapeau. À Mexico, beaucoup étaient soufflés que ce soit une gonzesse. On commençait seulement à regarder le sport féminin à cette époque. » Depuis, seulement deux françaises ont eu ce privilège : Marie-José Perec en 1996 et Laura Flessel en 2012.
 
La même année, c’est la coureuse Norma Enriqueta Basilio, qui allume la vasque olympique. Une première pour les femmes dans l’Histoire des JO.

1976, Montreal : le premier dix parfait de Nadia Comaneci

Les tableaux d’affichage des scores affichent 1,00, sur consigne du jury. La Roumaine Nadia Comaneci a en réalité obtenu la note de 10, dans 7 épreuves de gymnastique différentes. Les panneaux indiquant les scores n’étaient alors pas adaptés pour indiquer un tel résultat, jamais obtenu auparavant dans l’Histoire des JO.
 
Dans la vidéo ci-dessous, on peut admirer sa performance. 


1984, Los Angeles : première médaille pour une femme africaine, arabe et musulmane

Nawal El-Moutawakel, médaille d'or aux JO de Los Angeles
Nawal El-Moutawakel, médaille d'or aux JO de Los Angeles
AP Photo/Pete Leabo
Avant d’être nommée ministre de la Jeunesse et des Sports en 2007, la marocaine  Nawal El Moutawakel, devient la première femme africaine, arabe et musulmane à remporter une médaille olympique.

La coureuse avait pourtant une lourde pression sur les épaules : «  J’etais la seule femme de la délégation marocaine. Tout le monde comptait sur moi. »

Elle s'impose sur 400 m haies, devant l'Américaine Judi Brown et la Roumaine Cristina Cojocaru, et améliore en même temps le record d'Afrique en 54 s 61.


 

Pas assez fortes pour courir ?

Les JO de 1984 seront également marqués par l’image de Gabriela Andersen qui franchit la ligne d’arrivée du marathon féminin en titubant, déshydratée, désarticulée, avant de s’écrouler dans les bras des médecins. Les détracteurs de la déclinaison féminine des olympiades y sont allés à cœur joie, arguant que le marathon, présenté pour la première fois en version féminine cette année là, ne convenait pas à la morphologie des femmes. 

► Lire notre article : Quand les femmes ont conquis le droit de courir
 

Retrouvez son histoire dans cette vidéo :

Mais aussi, voilées ou réfugiées...

En 2012, sous la pression du Comité Olympique International, le Qatar, l’Arabie Saoudite et le Brunei font entrer des femmes dans leurs délégations. Les jeunes femmes se font remarquer en participant tête couverte. La même année, avec la participation de boxeuses, la totalité des disciplines sportives sont ouvertes aux femmes.
 
Enfin, en 2016, venues de Syrie, de RDC et de Soudan du Sud, quatre femmes réfugiées participent aux JO, dans une équipe dédiée pour la première fois de l'histoire des JO.
 

Objectif mixité

Malgré ces conquêtes et la présence massive de femmes aux Jeux olympiques, des féministes pensent que le combat est loin d'être achevé dans l'égalité sexuelle face aux sports. C'est le cas d'Annie Sugier, présidente de la Ligue du droit international des femmes, fondée avec Simone de Beauvoir, et Vice-Présidente de la Coordination Française du Lobby Européen des Femmes. Très présente sur le front du sport et depuis des années via le "Comité Atlanta+", l'égalité sera atteinte avec la mixité, c'est à dire femmes et hommes participant aux mêmes épreuves.
 

Les stéréotypes ont toujours leur place dans la compétition. 
Annie Sugier
Annie Sugier
Annie Sugier
Compte Facebook d'Annie Sugier
Avec 45% de participantes féminines pour les JO de Rio, peut-on considérer que le combat des femmes aux Jeux olympiques est gagné ? 
 
Annie Sugier : Non, on a fait d’énormes progrès mais l’égalité hommes-femmes n’est pas encore atteinte. Il y a encore 1000 athlètes masculins de plus que de femmes ! Il y a moins d’épreuves pour les femmes, car moins de catégories en sports de combat par exemple. Le problème, c’est que plus on ajoute d’épreuves pour les femmes, plus il faut en supprimer aux hommes pour tenir dans le calendrier. 
Je pense qu’il est également nécessaire de lutter contre le relativisme culturel aux Jeux olympiques. Toute expression religieuse et politique est interdite. Pourtant, le voile est autorisé, comment l’expliquer ? Les délégations interdisant aux athlètes femmes de pratiquer leur sport dans les conditions qu’elles choisissent devraient être exclues.
Les stéréotypes ont également toujours leur place dans la compétition : aux JO, la natation synchronisée est réservée aux femmes alors que le championnat du monde est ouvert aux hommes.
 
Selon vous, la prochaine étape à franchir est la mixité au sein même des épreuves, pourquoi ?
 
A. S : La mixité dans les épreuves existe déjà pour certaines disciplines comme la voile ou l’équitation et elle est annoncée comme un objectif à atteindre par le CIO dans son rapport 20 + 20. Nous souhaitons que si les JO de 2024  se déroulent à Paris, la France fasse pression dans ce sens. 
Le CIO est en retard : aujourd’hui, tous les marathons sont mixtes sauf celui des Jeux.
Pour que la mixité soit mise en place, il faut profondément réformer et repenser le sport, actuellement dans une impasse. Il s’éloigne de ses valeurs initiales, comme en témoignent les scandales de dopage. En cas de mixité, certaines règles seraient modifiées. Si on reprend l’exemple du marathon, il faudra laisser une distance d’avance aux femmes. Si l’on se penche sur d’autres sports, comme la danse, on s’aperçoit qu’hommes et femmes peuvent être très complémentaires, et que changer le règlement ne serait pas nécessaire. Alors toutes les disciplines ne s’y prêteraient peut être pas mais je pense que l’on peut progresser de ce côté-là.