Vidéo : avec "Cages", Joumana Haddad brise, encore une fois, bien des tabous sexuels à Beyrouth

Joumana Haddad pièce de théâtre
Reportage (c) TV5MONDE pour Maghreb Orient Express, MOE de W. CHaraf et J. Asmar - 2'07

Une fois de plus, la libanaise Joumana Haddad brise les tabous, en particulier ceux qui entourent la sexualité. Dans le huis clos d'un cabinet de gynécologie, cinq femmes se racontent, s'affrontent, se déshabillent. Avec humour et détermination.

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Une lesbienne, une prostituée, une vieille fille, une obèse, une femme voilée, femmes en apparence très éloignées les unes des autres, vident leur sac chez une gynécologue de Beyrouth, une histoire qui se raconte via les utérus. Ce n'est plus simplement "Le monologue du vagin", mais les dialogues des vagins.

Cette pièce veut dire "Vivons pour nous-mêmes !"
Joumana Haddad

"Cage" (Kafas) brise bien des tabous, une pièce de théâtre écrite par la très libre Joumana Haddad, et mise en scène par Lina Abyad. "Cette pièce veut dire "Vivons pour nous-mêmes !", ayons le courage d'assumer nos convictions en public. Arrêtons de vivre, nous les femmes, pour plaire aux autres."

De la rencontre de ces deux femmes, la metteuse en scène et l'écrivaine, le quotidien francophone libanais 'L'Orient le jour' écrit : "Joumana Haddad et Lina Abiad : deux femmes à l'intelligence vive. Elles bataillent depuis des lustres pour une cause commune, celle des femmes. L'une tord le cou au langage et aux tabous, l'autre dynamise les espaces de la scène et pygmalionne des comédiens. (.../...)
En rang d'oignon, se présentent donc les cinq personnages en mal de vivre et d'être: corbeau femelle ou ninja, celle qui porte le niqab serpente sous ses étoffes noires; suit l'obèse botérienne et ses tonnes de chairs flottantes dans ses draperies; la vieille fille, figuier stérile, se meut avec une allure de couventine asséchée; la lesbienne froufroute dans ses gazes aux couleurs du drapeau arc-en-ciel, et la pute (ou transgenre?), escarpins roses satinés en mains, tignasse rousse mutine, a l'air d'un bulldozer habillé par Saint Laurent... Forcément, puisqu'il s'agit d'un mec à la corpulence d'un bûcheron canadien aviné par l'alcool qui campe, délicieusement et génialement, ce rôle provocateur, cigare au bec et voix de basse Chaliapine au gosier... Et tout ce petit monde se déshabille et se retrouve entre les murs blancs d'un cabinet de gynécologue qu'on ne verra pas bien entendu. Avec blouses d'hôpital, le plus souvent jambes en l'air écartées et pieds à l'étrier, devant les deux sièges où se déroulent le procès et la plaidoirie du vagin."

Briser le règne des apparences

Au Liban, peut-être encore plus qu'ailleurs, les apparences sont reines. Le voile est ici abordée avec humour, et les comédiennes racontent des enfermements bien plus lourds que leurs vêtements, voiles ou pas. Les cages sont parfois invisibles mais aussi spectaculaires. Surtout  au Moyen Orient. Et Joumana Haddad ne masque pas son pessimisme…

A retrouver dans Terriennes, le portrait de Joumana Haddad, "poète, écrivaine, journaliste, humaniste, laïque, athée, femme et militante des doris LGBT, fauteuse de troubles", comme elle se définit sur les réseaux sociaux...

> Joumana Haddad, la liberté par les mots

La jounaliste-écrivaine-auteure dramatique refuse les clichés, les engagements trop évidents. Au mois d'août 2016, en pleine polémique estival autour du burkini, elle avait pris nombre de parangons qui s'érigeaient en défenseurs des droits des femmes en leur lançant, via le journal français Libération : « A cause de son interdiction, le burkini devient un symbole de révolution ! Cette interdiction me rend perplexe pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce qu’elle punit la femme, c’est-à-dire la victime, au lieu de punir l’autorité patriarcale qui oblige cette femme directement – ou indirectement – à porter la burqa ou le burkini. Ensuite parce qu’elle n’apporte aucune solution au problème : aucun homme ne dira à sa femme «ah, ma chérie, ne sois pas triste qu’on t’ait interdit le burkini, tu peux désormais porter un maillot de bain»… Cette interdiction me dérange aussi car c’est une réaction au premier degré qui ne fait que renforcer l’argument de l’islamophobie, lancé à tout va, dans la bouche des extrêmes. » Une autre leçon de liberté.

"Cage" a été jouée le 4 septembre 2016 à Beyrouth. Reste à espérer qu'elle viendra à Paris...

Le reportage sur Kafas est passé initialement dans l'émission #MOE, Maghreb Orient Express (présentation Mohamed Kaci, rédaction en chef Xavier Marquet), que vous pouvez retrouver en ligne ici : > #MOE