Terriennes

Rio 2016 : Émilie Fournel, kayakiste québécoise de père en fille

Rio Emilie Fournel reportage
©C.François/Radio Canada

Beaucoup de petits Québécois naissent avec des patins de glace au pied. Émilie Fournel, elle, est plutôt née avec une paire de pagaies dans la main. Aujourd'hui, elle est devenue une des meilleures kayakistes du monde et prépare ses troisièmes Jeux Olympiques.

dans
D’aussi loin qu’elle se souvienne, le garage de la maison familiale à Lachine, dans l’ouest de l’île de Montréal, était rempli de kayaks, rames et gilets de sauvetage...

Le souvenir d’un héros

Il faut dire que le père d’Émilie, et de son frère Hugues, est un kayakiste qui a fait les Jeux Olympiques de Montréal en 1976. Il est mort d’une leucémie alors qu’Émilie avait 11 ans. « Cela a été une terrible épreuve pour notre famille mais elle a été déterminante dans ma vie, » m’a expliqué Émilie, devant le Lac-Beauport, au nord de Québec, où elle a passé les deux derniers mois à s’entraîner.

Émilie s'est entraîné en juin et juillet dernier au centre d'entraînement national de Lac-Beauport, au nord de Québec.
Émilie s'est entraîné en juin et juillet dernier au centre d'entraînement national de Lac-Beauport, au nord de Québec.
©Catherine François

Son père fait depuis figure de héros pour les enfants Fournel, et Émilie, tout comme son frère Hugues, lui aussi kayakiste de haut niveau, emportent chacun avec eux dans leurs compétitions un des maillots portés par leur père durant ses courses, sorte de porte-bonheur à sa mémoire.

De la maturité

Un porte-bonheur qui sera donc du voyage à Rio, troisièmes Jeux Olympiques pour Émilie, qu’elle anticipe comme s’ils étaient ses premiers. Tout d’abord parce qu’elle va concourir seule dans son kayak, pour l’épreuve du K-1, le 500 mètres, alors qu’elle était en équipe à Pékin et Londres. Ensuite parce qu’elle a changé d’entraîneur l’automne dernier, ce qui a modifié son programme d’entraînement et entraîné une période d’adaptation réciproque.

Le lien de confiance est établi

Maintenant, la complicité semble évidente avec Frédéric Jobin, qui a entraîné quelques-uns des meilleurs kayakistes canadiens ces dernières années. Et puis, de son aveu même, Émilie a pris de la maturité depuis ses premiers jeux. « Quand tu es jeune, précise la jeune femme de 29 ans, tu peux en prendre, de l’entraînement, parce que tu récupères plus vite mais tu n’as pas le contrôle entier de comment penser, mais au fur et à mesure que les années passent, tu finis par connaître ton corps et comment tu réagis à la pression et aux entraînements, aux compétitions, aux aléas de la nature, car on concourt en plein air avec des conditions météos qui changent de fois en fois … Tu apprends à te connaître quoi. »
Émilie Fournel se prépare à ses 3èmes Jeux Olympiques
Émilie Fournel se prépare à ses 3èmes Jeux Olympiques
©Catherine François


Un coup de pagaie à la fois

Justement, comment fait-elle pour supporter la pression, si intense alors qu’elle s’apprête à monter dans son kayak pour une course qui va durer si peu de temps ? « Je ne pense qu’à une chose, confie Émilie, que le prochain coup de pagaie soit meilleur que le dernier. Mon focus est tellement court, tellement au prochain coup de pagaie, que je n’ai pas le temps de me projeter trop vers l'avant et de me dire : ok il faut que je gagne la course il faut que j'aille aussi vite que d'aller à cette bouée là... Et en gardant ce focus le plus court, le plus simple possible, un coup de pagaie à la fois, ça va m’amener au bout, parce que j'en ai tellement donné des coups de pagaies dans ma vie, je sais ce que c’est que de donner le coup de pagaie le plus efficace possible ».

Et de renchérir en souriant : « Chez moi on a une expression, on dit : comment on fait pour manger un éléphant ? Eh bien on le mange une bouchée à la fois... moi mon éléphant c'est la course, pis ma bouchée c'est un coup de pagaie alors un coup de pagaie à la fois, je vais me rendre... » Aux dernières épreuves de championnat du monde, Émilie a fini 4ème, 6ème et 9ème, ce qui la met donc dans les 10 meilleures kayakistes du monde au K-1. Alors pour Rio, « je crois qu’on peut se permettre de rêver grand » conclut Émilie avec un grand sourire.