Terriennes

Kellyanne Conway, sourire de Donald Trump et reine des "faits alternatifs"

La conseillère du président, Kellyanne Conway, lors de son arrivée au surlendemain de l'investiture de Donald Trump, le 22 janvier 2017, à la Maison Blanche.
La conseillère du président, Kellyanne Conway, lors de son arrivée au surlendemain de l'investiture de Donald Trump, le 22 janvier 2017, à la Maison Blanche.
AP Photo/Andrew Harnik

La conseillère personnelle de Donald Trump a pour mission de le faire passer pour un agneau quand les autres crient au loup, quitte à outrepasser les règles qui devraient empêcher les conflits d'intérêt entre le président qu'il est, et le patron qu'il fut.

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Ce jeudi 9 décembre 2017, elle a provoqué une nouvelle controverse sur les conflits d'intérêts à la Maison Blanche en appelant à acheter les produits de la fille aînée du président, retirés de la vente par une grande enseigne. "Allez acheter les produits d'Ivanka. Je déteste faire les courses (mais) je vais aller en acheter aujourd'hui", a lancé, sur la chaîne Fox News, Kellyanne Conway, depuis la Maison Blanche. "C'est juste une ligne magnifique. Je possède moi-même (des produits). Je vais faire de la publicité gratuite: allez tous en acheter aujourd'hui, vous pouvez en trouver en ligne!", a ajouté la conseillère (très) spéciale de Donald Trump, dans une salle ornée du sceau officiel de la Maison Blanche.
 

Elle a ce sourire qui ne la quitte pas. Face caméra, Kellyann  Conway sourit quand les journalistes s’en prennent à Donald Trump. Elle sourit quand il faut convaincre qu’il n’est pas un prédateur sexuel. Elle sourit quand elle doit défendre le porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer, pour qui la cérémonie d’investiture était «la plus fréquentée de toute l’histoire des Etats-Unis». Elle sourit encore quand il s’agit de justifier le décret antimusulmans. Son large sourire crispé, c’est sa force, sa marque de fabrique. Kellyanne Conway, régulièrement amenée à défendre le président des Etats-Unis devant les caméras de télévisions, attend de recevoir les coups, et puis les rend. Un par un. En souriant.

Contrairement à Sean Spicer, le regard constamment interrogateur et inquiet, Kellyanne Conway ne s’énerve pas souvent. Les critiques passent sur elle comme l’eau sur les plumes d’un canard. Tout au plus, irritée, hausse-t-elle le ton, sans que la moindre mèche blonde ne s’échappe de sa coiffure laquée. N’en déplaise à l’épouse Melania, la femme derrière Donald Trump, c’est bien elle.

Une habituée des plateaux de télévision

Aujourd’hui conseillère personnelle de Donald Trump, Kellyanne Conway a été sa directrice de campagne à partir d’août 2016. Elle avait déjà une certaine expérience des plateaux de télévisions, où elle était régulièrement invitée comme commentatrice. Juriste et politologue, elle était, jusqu’au jour de l’investiture, la PDG d’un institut de sondages, The Polling Company Inc./Woman Trend, et a multiplié les mandats pour des politiciens.

Son entreprise spécialisée en études de marché s’intéresse tout particulièrement aux femmes. Kellyanne Conway a d’ailleurs publié, en 2005, un livre intitulé: «Ce que les femmes veulent vraiment: comment les femmes américaines effacent les lignes politiques, raciales, de classe et de religion pour changer la manière dont nous vivons». C’est précisément pour séduire l’électorat féminin qui lui était hostile que Donald Trump a décidé d’engager cette femme d’affaires et stratège républicaine, spécialiste du big data, comme chef de campagne. Malgré les dérapages du candidat Trump et ses comportements sexistes et crus, 53% des femmes blanches ont finalement voté pour lui, 42% de l’électorat féminin au total. Donald Trump sait qu’il doit une partie de sa victoire à Kellyanne Conway.

Regardez ce qu'il a dans son coeur
Kellyanne Conway

Avocate du diable, c’est désormais sa fonction principale. Elle a pour mission de faire passer Donald Trump pour un agneau quand les autres crient au loup. Ainsi, quand la comédienne Meryl Streep s’insurge que le président des Etats-Unis ait osé imiter un reporter du «New York Times» souffrant d’arthrogrypose congénitale, elle déclare aux journalistes: «Vous le jugez toujours sur les mots qui sortent de sa bouche, plutôt que ce qui vient de son cœur. Regardez ce qu’il a dans son cœur.» Il fallait y penser.


Une interview de Kellyanne Conway à la télévision, c’est «un cirque d’euphémismes, un festival de moyens pour détourner l’attention, un témoignage de l’endurance d’un sourire volontaire», résume parfaitement Frank Bruni dans une opinion du New York Times. «Elle a l’air joyeuse quand elle attaque, encore plus joyeuse quand elle est attaquée, et absolument radieuse quand elle descend dans l’arène des semi-vérités et des fictions.»

La reine des "faits alternatifs"

Elle a beau avoir réponse à tout, Kellyanne Conway a accumulé les boulettes ces derniers jours. Il y a d’abord eu l’épisode des «faits alternatifs», une expression qu’elle a utilisé pour minimiser le mensonge de Sean Spicer concernant la fréquentation à la cérémonie de prestation de serment. Raillée, elle a de nouveau prêté le flanc à la critique la semaine dernière: pour défendre le décret antimusulmans, elle a parlé du «massacre de Bowling Green»… qui n’a jamais existé.

La spécialiste en communication de crise vient d’un milieu modeste. A l’âge de 20 ans, elle a gagné le championnat du monde de l’emballage de myrtilles. Elle ne cesse de souligner à quel point travailler pendant son adolescence dans une ferme de myrtilles l’a aidée à développer son sens des affaires. Mère de quatre enfants, elle est l’épouse de George Conway III, l’avocat qui a défendu Paula Jones dans un procès contre Bill Clinton pour harcèlement sexuel.

Après la défaite d'Hillary Clinton, l’émission satirique «Saturday Night Live» a remplacé la démocrate par Kellyanne Conway, toujours campée par l’actrice Kate McKinnon. Un clip la montre essayant désespérément de profiter d’un jour de congé, mais sans cesse appelée sur les plateaux de télévisions pour défendre les dernières déclarations du président.

Kellyanne Conway aime bien porter le rose et le rouge. Quand ce n’est pas le bleu-blanc-rouge. Le jour de l’investiture, le 20 janvier 2017, elle a été moquée pour son manteau tricolore très «révolution française» – un Gucci avec des boutons en forme de chats, qui vaut 3600 dollars –, elle qui s’était déjà déguisée en Wonderwoman lors d’un bal masqué avec Donald Trump. Elle n’en a cure. Ce jour-là était spécial à plus d’un titre pour elle. Il marquait le début d’une nouvelle ère avec l’entrée en fonction officielle de son ami comme 45e président des Etats-Unis. Mais c’était aussi le jour où elle fêtait ses cinquante ans.
 

Profil:

1967: Naissance le 20 janvier à Camden, dans le New Jersey

1995: Fonde son institut de sondages, The Polling Company Inc./Woman Trend

2016: Devient, en août, directrice de campagne de Donald Trump. Est nommée conseillère du président le 22 décembre 2016.

Article original à retrouver sur le site du Temps