Terriennes

L'affaire DSK : regard croisé d'Italie et de Norvège

Elle est norvégienne. Il est italien. Les deux journalistes Vibeke Knopp Rachline d'Aftenposten et Alberto Toscano, président du club de la presse européenne, s'accordent à dire que le patron du FMI,le français Dominique Strauss-Kahn, inculpé d'agression sexuelle et de tentative de viol dimanche 15 mai 2011, se trouve dans une impasse politique.

Sa carrière est mise à mal, selon leur analyse.

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« Le mal est fait » « Il s'est suicidé politiquement »

Dominique Strauss-Kahn, le 18 février 2011 à Paris - AFP/Archives
Dominique Strauss-Kahn, le 18 février 2011 à Paris - AFP/Archives
A Gauche, les interventions se sont succédé pour dire qu'il fallait rester prudent et respecter la présomption d'innocence. Que pensez-vous de ces réactions ?

Vibeke Knopp Rachline : C'est normal de respecter la procédure juridique et la présomption d'innocence mais on peut tirer d'ores et déjà des conclusions de nature politique. Je pense que ce n’est plus possible pour lui de se présenter à l’élection présidentielle de 2012.

Alberto Toscano : Il faut faire la distinction entre le discours politique et le discours juridique. Sur le plan juridique, il est évident que toute personne qui n'a pas été condamnée est innocente. Mais sur le plan politique, on est ici en présence d'une personne qui aurait pu être candidat à la présidentielle française. Dans ce cas-là, un soupçon et même une simple considération désagréable de la part de l'opinion publique sont largement suffisants pour provoquer des doutes sérieux sur la possibilité de cette personne à se faire élire.

Pour vous, est-ce la fin de DSK dans la course présidentielle bien qu’il soit le candidat socialiste favori des Français ?

V. K. R. : Même si cette histoire s’avère fausse, le mal est fait. Je pense que cela va être désormais très difficile pour lui, étant donné que ce n'est pas la première fois qu'il fait l'objet de telles accusations. Les électeurs français, ce qui n'est pas le cas dans mon pays, sont assez tolérants pour ce genre d'histoire. Ils ont par exemple facilement pardonné à François Mitterrand d'avoir eu une fille issue d'une relation extra-conjugale. Mais dans le cas de DSK, il s'agit d'accusations extrêmement graves de d'agression sexuelle et de tentative de viol, impliquant de sviolences. Ce serait donc logique qu'il annonce de lui-même son départ du FMI et son retrait définitif de la campagne présidentielle.

A.T. : Oui, je pense que c'est la fin de DSK dans la présidentielle... sauf si une nouvelle information imprévisible nous arrive encore des Etats-Unis. Dominique Strauss-Kahn a déjà été l'objet de gros soupçons du même genre. Le FMI avait alors passé l'éponge. Mais, aujourd'hui, trop c'est trop. Je pense qu'il s'est suicidé politiquement. Ses amis français sont les premiers à avoir intérêt à changer de cheval pour la course à la présidentielle.

Est-ce selon vous un coup très dur pour le parti socialiste français ?

V. K. R. : Oui mais il va s’en remettre. Le PS n'a rien à se reprocher. C’est une affaire strictement personnelle qui ne concerne que DSK. Elle a pour effet de légitimer encore plus la candidature éventuelle de Martine Aubry et celle de François Hollande. Des personnalités qui ne sont pas du tout soupçonnées de ce genre de comportement.

A.T. : Heureusement pour les socialistes, DSK n'était pas encore un candidat officiel. Ils ont donc le temps de se réorganiser. Mais il faut absolument que le PS arrête de se diviser et que ses chefs cessent de s’entre-déchirer. La gauche française a quand même une capacité à perdre les élections que l'on voit rarement dans le reste du monde. C'est du masochisme politique au plus haut niveau.

Au-delà de la présidentielle de 2012, cette affaire marque-t-elle un coup d'arrêt définitif à la carrière politique de DSK ?

A.T. : C'est sans doute la fin de sa carrière à la tête d'une grande organisation internationale. C'est bien la première fois qu'un directeur du FMI se retrouve en prison. Même s'il est blanchi par la justice, il aurait intérêt à changer rapidement d'activité.

V.K.R. : Je pense que ca va être difficile, pour lui, de revenir comme un homme politique crédible aussi bien sur la scène nationale qu'internationale. Son image est trop affaiblie. Jusqu'à présent,les Norvégiens ne s'intéressaient pas beaucoup à la candidature DSK mais aujourd'hui j'ai reçu plein coups de téléphone avec plein de questions : « Pourquoi a-t-il fait ça ? » « Qu'est-ce qui se passe ? » « Qui est cet homme ? »

Croyez-vous aux hypothèses d'un possible coup monté contre DSK ?

A.T. : Ce sont des hypothèses très romantiques mais il n'y a aucune preuve pour les confirmer. Je pense que si les services français avaient organisé un coup monté contre DSK, ils l'auraient fait après l'annonce officielle de sa candidature à l'élection présidentielle. Pas avant. Du point de vue du pouvoir actuel et de Nicolas Sarkozy, cette histoire n'est pas complètement avantageuse. Elle arrive trop tôt. Le PS a encore le temps de se mettre en marche pour 2012. Sincèrement, je ne crois pas à la thèse du complot. DSK est déjà tombé dans des pièges de nature sexuelle et il est fort possible qu'il ait répété la même erreur aujourd'hui.

V.K.R.: C’est possible. Si c'est le cas, je serai la première à dire que c’est absolument honteux d'utiliser ce genre d'arme pour abattre un adversaire politique.

Une telle arrestation, après l'accusation d'une femme de chambre, aurait-elle pu se passer à Rome ?

A.T. : Je crois que non. La police italienne n'aurait pas réagi au quart de tour. La personne aurait eu tout le temps de quitter le territoire sans être embêtée. Aux USA, il y a une certaine mentalité face au délit de nature sexuelle, une sensibilité bien particulière. DSK le savait parfaitement. On ne peut pas faire un procès aux USA pour ces traditions-là.

En France comme en Italie, on relativise l'arrogance sexuelle surtout si elle vient d'un homme et plus encore d'un homme politique. Ce sont des pays machistes où les femmes sont en général plus en difficultés que les hommes.

Une affaire de mœurs de cette nature concernant un homme politique d’envergure peut-elle se produire en Norvège ?

V.K.R.: Ce serait possible mais tout de même peu envisageable. Dans les pays nordiques, les hommes et les femmes politiques font très attention à ce genre de chose. Or ce qui me surprend dans le cas de Strauss-Kahn qui savait que des rumeurs circulaient déjà sur son compte, c’est qu’il ait, semble t-il, agi avec une telle légèreté.

Le regard de Kroll à Bruxelles

Le regard de Kroll pour "Le Soir" (Bruxelles) du 16 mai 2011, reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.
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