L'Allemagne multiplie les places en crèches

L'Allemagne a annoncé, jeudi 11 juillet, avoir réussi son pari de créer assez de places de crèches pour répondre aux besoins des parents, une bonne nouvelle pour Angela Merkel en campagne pour les législatives alors que la politique familiale est un point faible de son bilan.

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La ministre allemande de la famille Kristina Schröder au Bundestag (AFP).
La ministre allemande de la famille Kristina Schröder au Bundestag (AFP).
« Depuis plusieurs mois il y a un vrai coup de collier, de véritables efforts pour créer des places en crèche », s'est félicitée jeudi la ministre de la Famille Kristina Schröder, en annonçant 813 000 places disponibles pour les moins de trois ans dans les prochaines semaines.

Le temps pressait car en 2008, pendant le premier mandat de Mme Merkel, avait été votée une loi établissant à partir du 1er août 2013 un droit à une place garantie en crèche ou chez une assistante maternelle pour tout enfant de un à trois ans dont les parents le souhaitent. L'offre doit couvrir environ 39% de la classe d'âge concernée, soit le chiffre estimé par le gouvernement comme correspondant aux besoins des parents.

Objectif: une meilleure conciliation de la vie professionnelle avec la vie de famille dans un pays où beaucoup de femmes restent à la maison, ou travaillent à temps partiel, quand leurs enfants sont petits. Et à terme pourquoi pas, une relance de la natalité, que les 200 milliards d'euros dépensés chaque année au titre de la politique familiale sont pour le moment impuissants à stimuler.

Mme Merkel reconnaît souvent que la politique familiale est un point faible du pays et lorgne avec envie vers le voisin français et ses 2 enfants par femme (1,3 en Allemagne). Le succès de la garantie de place en crèche est crucial pour son gouvernement à l'approche des élections de septembre où elle brigue un troisième mandat alors que les thèmes sociaux dominent pour l'instant la campagne électorale.

Il y a encore quelques mois, l'affaire ne paraissait pas gagnée: les communes, en charge des structures de garde pour les petits, affirmaient ne pas arriver à tenir le rythme, et s'attendaient à être trainées en justice dès cet été par des cohortes de parents faisant valoir leur droit.

Des problèmes dans beaucoup de villes


Mais finalement, au vu des chiffres, elles ne misent plus sur la « vague de plaintes » redoutée. L'Etat fédéral a déboursé quelque 2,6 milliards d'euros pour soutenir la création de places de garde.

La fédération des communes met toutefois un bémol à l'enthousiasme de Mme Schröder, et préfère parler d'enfants effectivement accueillis - 597.000 au 1er mars 2013 - plutôt que de places potentiellement disponibles. Près de 90.000 des places recensées par le ministère n'existent de facto pas encore.« Faire confiance à ces chiffres risque d'éveiller des attentes chez les parents », met en garde un porte-parole. Et ce alors que dans beaucoup d'endroits, le problème reste entier. « Dans certaines villes on est loin du compte », explique à l'AFP Berthold Paschert, porte-parole du syndicat GEW des métiers de l'éducation en Rhénanie du nord-Westphalie (ouest), qui cite Cologne, ou encore la ville universitaire de Münster.

Sa région est située en Allemagne de l'Ouest, où un modèle familial traditionnel de la femme qui reste à la maison s'occuper des enfants a longtemps prévalu. L'an dernier, 18,2% seulement des moins de trois ans étaient gardés à l'extérieur en Rhénanie du nord-Westphalie, le Land le plus peuplé d'Allemagne, et la moyenne nationale pointait à 27%.

Il y a donc encore du travail, soulignaient unanimement tous les observateurs jeudi. Le recrutement du personnel qualifié est un gros défi, de même que la qualité de l'accueil proposé.

Le prochain chantier est déjà en vue: l'allongement des horaires de l'école, qui se termine dans beaucoup d'endroits encore à la mi-journée. « Ce sera le prochain grand sujet de politique familiale », a dit Mme Schröder.