L'Arabie saoudite lève le voile sur les femmes battues

Campagne de sensibilisation sur les femmes battues en Arabie Saoudite
Campagne de sensibilisation sur les femmes battues en Arabie Saoudite

En Arabie saoudite, une fondation vient de lancer la première campagne du pays contre les violences faites aux femmes. Largement relayée sur les réseaux sociaux, cette initiative reflète une vraie nécessité d’améliorer le droit des femmes dans ce royaume ultra-conservateur à leur égard. Même si aujourd’hui elles peuvent enfin faire du vélo, beaucoup de progrès restent à conquérir.

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Cette semaine, une femme recouverte d’une burqa a fait sensation dans les médias internationaux et sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas son voile noire qui a suscité des commentaires mais bien ce qu’il révélait : une femme battue, l’œil gauche entouré d’une ecchymose. "Certaines choses ne peuvent pas être recouvertes, combattons ensemble les violences faites aux femmes", lit-on sur l’affiche.

Cette silhouette est le visage de la toute première campagne contre les violences faites aux femmes en Arabie Saoudite lancée par une fondation privée King Khalid Charitable créée en 2001 par la famille de l’ancien roi Khalid.

La presse du Moyen-Orient comme Arab news qualifie cette affiche de « campagne peut-être la plus véhémente contre les violences domestiques ». Dans les forums sur Internet , certains qui croyaient d’abord à une fausse campagne l’ont ensuite prise au sérieux et ont commenté le lien fait entre le voile et les femmes battues, oubliant que c'est le vêtement traditionnel des Saoudiennes.

Déjà impliquée dans la défense des droits des femmes et des enfants, la fondation frappe fort avec cette affiche. Sur son site internet, elle présente clairement son but : pousser le gouvernement à établir une protection juridique pour les femmes contre toutes formes d’abus qu’elles subissent. La fondation demande aussi la création d’une institution pour sensibiliser contre les violences domestiques.

Les victimes sont appelées à dénoncer leurs bourreaux auprès de personnes dont les contacts sont listés sur le site internet de la fondation.

Maris ou pères impunis

Selon la fondation, le phénomène des femmes battues est beaucoup plus important qu’il n’y paraît. Il était donc temps de sortir les victimes de l’ombre. Le site internet d’Arab news rapporte les conclusions d’un sondage réalisé par le National Family Safety Program et selon lequel « 70% des Saoudiens considèrent qu’il y a des violences domestiques en Arabie Saoudite ». Ces violences sont donc bien répandues, très souvent perpétrées par les maris… ou les pères qui restent impunis.

Quelques semaines avant le lancement de la campagne par la Fondation King Khalid Charitable, l’affaire de la petite Lama en février 2013 qui a ému la population saoudienne, en est une triste illustration. 

Cette petite fille de 5 ans, violée par son père, a succombé à ses blessures le 22 octobre 2012 après avoir été hospitalisée avec "le crâne fracassé, des côtés cassées, des traces de brûlures et un ongle arraché", rapporte le journal libanais L’Orient le jour .

Le père, un prédicateur saoudien habitué des plateaux de télévision, a reconnu être l’auteur de ces atrocités sur sa fille. Il a été condamné le 26 janvier 2013 à verser une compensation financière à la mère et à une peine de prison juste équivalente à la durée de sa détention préventive.

“Arrêtons les violences faites aux femmes“ lit-on sur cette pancarte d'une manifestation pour le droit des femmes.
“Arrêtons les violences faites aux femmes“ lit-on sur cette pancarte d'une manifestation pour le droit des femmes.
Droits des femmes

Dans ce pays régit par la loi islamique, la charia, un homme ne peut pas être condamné à mort pour le meurtre de son épouse ou de son enfant bien que le pouvoir procède à de nombreuses exécutions chaque année.

Cette nouvelle campagne lancée pourrait cependant sensibiliser davantage l’opinion sur cette injustice. Elle s’inscrit dans le sillage d’un accord qualifié d’historique lors de la Commission de l'ONU sur le statut de la femme du 13 mars 2013. L’Arabie saoudite, membre des Nations Unies, a accepté comme d’autres pays musulmans, de s’accorder sur un texte de lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles qui ne peuvent se justifier "par aucune coutume, tradition ou considération religieuse".

Un petit pas vers un progrès loin d’être effectif dans ce royaume encore très archaïque.  En termes d’égalité des sexes, l’Arabie saoudite reste très mauvais élève, placé 131e sur les 133 États dans le classement établi par le Forum économique mondial dans son rapport 2012 sur les différences entre les sexes.

Photo extraite du film saoudien “Wadjda“ de Haifaa Al-Mansour
Photo extraite du film saoudien “Wadjda“ de Haifaa Al-Mansour
Faire du vélo

Les avancées pour le droit des femmes se recensent sur les doigts d'une main.  Récemment la police religieuse a levé l’interdiction aux femmes de faire du vélo ou de la moto mais à deux conditions : porter un voile intégrale et être accompagnée d’un homme. Un droit obtenu grâce au plébiscite international du premier film d'une Saoudienne "Wadjda" dans lequel une petite fille a pour rêve de s'acheter un vélo pour parcourir la ville.

En septembre 2011, le roi Abdallah annonce une décision historique pour le royaume : " La femme aura le droit de se présenter aux conseils municipaux ainsi que le droit de vote dans le cadre des principes de l'islam ". Même si le roi déclare refuser "la marginalisation du rôle de la femme dans la société saoudienne dans tous les domaines", ce nouveau droit ne prendra effet qu'en 2015. Patience.

Si elles peuvent participer à la vie publique, pas question pour les Saoudiennes de travailler sans l'accord de leur mari, de prendre le volant ou de voyager seule sans autorisation. En 2011, une femme avait été condamnée à la flagellation pour avoir conduit une voiture. Face au mouvement de colère des Saoudiennes, le roi Abdallah avait décidé d'annuler la sentence. Depuis, le mouvement Women2drive pousse les femmes à conduire dans leurs activités quotidiennes. En novembre 2012, le quotidien L’Orient le jour racontait dans ses colonnes qu’en cas de sortie du royaume d’une Saoudienne, son "tuteur" (père, mari ou frère) recevait un SMS sur son téléphone l’informant de départ du territoire. Ces femmes surveillées, traquées, parfois battues dans le silence ont encore de nombreux combats à mener pour acquérir leurs droits fondamentaux.