L'art contre l'Etat islamique avec 'Fade to black'

Le cinéaste Amer Albarwazi vivait à Raqqa, en Syrie, lorsque sa ville est devenue le siège de l'Etat islamique. C'était il y a deux ans. Il réside désormais en Turquie avec Farah Presley son épouse et son interprète. Ensemble, ils ont réalisé un clip d'une minute pour montrer les changements dans leur vie. Quand l'art devient arme de résistance.

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C'était en novembre 2015,  Amer Albarwazi se confiait alors à PBS, chaîne de télévision américaine. Il racontait comment Daesh, ainsi que lui-même désigne l'Etat islamique qui a pris le pouvoir à Raqqa au Nord de la Syrie, avait changé leur existence en instaurant une série de règles dans la vie quotidienne.

Le film d'une minute vient d'être remis en avant sur le site du mensuel Courrier international. Juste après l'annonce de l'assassinat de Ruqia Hassan, journaliste indépendante, qui racontait au jour le jour les horreurs de la guerre en Syrie et la terreur de l'Etat islamique dans cette même métropole de Raqqa, sur les réseaux sociaux.

Ils ont changé notre culture, ils ont tout changé
Amer Albarwazi

"Un jour, interdiction de fumer. Le lendemain plus de garçons et de filles ensemble dans la rue. Après un mois, plus de garçons et et de filles à l'école ensemble. Et puis ensuite, elles doivent mettre le hijab. Ils nous disent : 'Nous ne voulons plus apprendre cette Histoire, cette physique, ces mathématiques'…  Je suis moi-même musulman, croyant, et tout cela sonne incompréhensible à mes oreilles." décrit-il à Corinne Segal de PBS.

Ce sont ces basculements et leurs conséquences psychologiques qui surgissent dans "Fade to black"  -  'Fondu au noir' une expression du lexique cinématographique pour marquer le passage plus ou moins brutal d'une séquence d'un film à un écran noir.

"Fondu au noir - Fade to black"  : plan après plan, en 1' la jeune femme passe de la lumière à l'obscurité
"Fondu au noir - Fade to black"  : plan après plan, en 1' la jeune femme passe de la lumière à l'obscurité


Ce clip d'une minute a été tourné en "stop-motion" (technique du dessin animé) avec Farah Presley, actrice et épouse du réalisateur, à Istanbul, où le couple vit depuis la fin de l'année 2014. "Le stop-motion m'a semblé une nouvelle voie pour montrer les effets de la guerre, parce qu'accessible, et nécessitant peu de moyens, dit encore Amer Albarzawi. Nous pouvons avec cette technique utiliser les matériaux à notre portée, autour de nous. Chaque plan raconte un moment de la disparition de la vie d'avant à Raqqa."

Nous sommes humains, juste des êtres humains

"Il faut continuer à produire, à créer, en particulier pour conserver vivantes, l'histoire et la culture syriennes. Je pense que la culture est en train de disparaître en Syrie. Peut-être allons nous la perdre à jamais…" Continuer à faire des films, à peindre, à sculpter, à photographier, permettrait aussi, selon l'artiste, à modifier la perception des réfugiés qui domine en Europe, en Amérique du Nord et ailleurs : "Vous devez comprendre que nous sommes normaux, nous sommes humains, juste des êtres humains. Nous sommes musulmans, nous ne sommes pas terroristes."

La comédienne Farah Presley souligne : " Comme artiste syrienne, il me semble important de montrer ce qui se passe en Syrie aujourd'hui. Parce que les Syriens sont les seuls à pouvoir vraiment dire ce qui se passe réellement. Ils le perçoivent à chaque instant de leur quotidien."

Le duo qui a été récompensé part le prix spécial du jury au Toronto Urban Film Festival en septembre 2015, travaille déjà à son prochain film.