L'avortement : enjeu de la campagne présidentielle

Le dernier sondage d’USA Today/Gallup réalisé entre le 5 et le 11 octobre 2012 révèle une autre image de l’électorat américain. 39% des femmes estiment que l’avortement est la question la plus importante de l’élection à la Maison-Blanche, alors que, chez les hommes, 38% d’entre eux estiment que l’emploi est l’enjeu essentiel. Comme les latinos, les homosexuels ou les afro américains, les femmes restent une cible privilégiée des candidats à l'élection présidentielle. Exemple de ce vif débat sur l'avortement dans l'État clé de Virginie.  

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En Virginie, la bataille de l'avortement a été vive. Dans cet État pivot pour la présidentielle, les questions sociales et le vote des femmes pourraient peser dans le scrutin.

"C'est vrai que la question de l'avortement a été un thème important" en Virginie, raconte Gay Shelby, une pancarte "Mitt Romney président" à la main, à la sortie d'un meeting à Springfield (Virginie) du candidat républicain à la Maison Blanche.
"Mais l'économie est vraiment la priorité", ajoute la blonde quadragénaire professeur de gymnastique à Woodbridge. "L'avortement? Ca ne va pas déterminer les votes. Mais républicains et démocrates sont tellement au coude-à-coude que tout vote peut faire pencher la balance d'un côté comme de l'autre", juge-t-elle.

La Virginie, toute proche de Washington, fait partie de la dizaine d'États ardemment courtisés par Mitt Romney et le président Barack Obama. Leurs votes, au jour du scrutin présidentiel du 6 novembre, vont couronner le vainqueur.
De tradition républicaine, la Virginie a voté pour le républicain George W. Bush en 2004, puis pour le démocrate Obama en 2008, avant de donner aux républicains la majorité dans les instances locales et au Congrès. Ce serait un camouflet certain pour Mitt Romney d'y perdre.
 
 
La "guerre contre les femmes"
Là peut-être un peu plus qu'ailleurs, la question de l'avortement y a enflammé les esprits, concentrant ce que les féministes ont appelé la "guerre contre les femmes" menée selon elles par les républicains. Il est vrai qu'elle est sensible dans tout le pays. Tout projet de loi ou déclaration envenime le débat, côté "pro-life" (anti-avortement) ou "pro-choice" sans compter le débat national qu'a engendré la réforme de santé Obama et son volet contraception, refusé par les catholiques.

Mitt Romney  lui-même, autrefois partisan du droit à l'avortement, a dû faire marche arrière. Il s'y oppose aujourd'hui, sauf en cas de viol et d'inceste, une position quasiment libérale au regard de celle de son colistier Paul Ryan, qui s'y oppose dans tous les cas.
En Virginie, plusieurs lois et nouvelles règlementations édictées par le gouvernement local pour restreindre l'accès à l'avortement ont mis l'État sur le devant de la scène nationale.
Une loi imposant une échographie à une femme voulant avorter -considérée comme humiliante et inutile par ses adversaires- a même valu au républicain Bob McDonnell son surnom de "Gouverneur Echographie".
 
État Clé
Les élus républicains sont "en train d'enlever petit à petit l'accès de l'avortement aux femmes en Virginie", estime Carol Abrams, 58 ans, guide touristique habitant Alexandria. "Pour moi, c'est important. Je veux que ce droit soit préservé", dit cette militante démocrate. "L'avortement n'est pas la question-clé dans l'élection présidentielle, mais elle joue certainement un rôle un peu plus important en Virginie qu'ailleurs, à cause de toutes ces décisions", indique Geoffrey Skelley, analyste au Centre pour la Politique de l'Université de Virginie.

La Virginie a été l'un des États les plus visités, 16 fois par Obama, 11 par Romney. Boîtes aux lettres et écrans de télévision sont inondés de slogans.
Les "pro-choice" de l'organisation NARAL ont lancé une campagne ciblée sur les "femmes souvent non représentées, (issues des) minorités, les mères célibataires, les plus pauvres, pour que la voix des femmes soient entendues", dit l'une de ses responsables, Alena Yarmosky.
De l'autre côté, le groupe Women Speak Out PAC rassemblant des "pro-life" a débloqué 500.000 dollars pour des pubs TV dans trois États clés, dont la Virginie, pour y dénoncer "les chiffres records d'Obama en matière d'avortement".
 

Pour aller plus loin...

L'avortement reste un sujet très sensible aux États-Unis, qui nourrit régulièrement les débats entre républicains et démocrates. Pourtant, l'avortement est légal au niveau national depuis la loi Roe vs Wade de 1973.

Cela n'empêche pas les différents États de tenter de faire voter régulièrement des projets de lois issus des cercles ultra-conservateurs qui vont jusqu'à remettre en cause les droits fondamentaux des femmes comme le souligne un article de Rue 89 : obligation d'une échographie vaginale avant avortement, pas de prise en charge de la contraception par les assurances fournies par l'employeur dans le Kansas, inculpation de crime pour les femmes qui font une fausse couche en Géorgie, etc ... Certains projets de loi tournent au ridicule. Dans l'Indiana, par exemple, les médecins pourraient être contraints de dire à leurs patientes qu'un avortement peut causer un cancer du sein.


>> Ci-dessous, une carte avec le nombre d'avortements pratiqués par État en 2008 aux États-Unis. Cliquer sur la carte pour obtenir plus d'informations.
 

Les femmes au coeur du débat


Lors du débat face à un panel d'Américains le  16 octobre 2012, Mitt Romney n'a pas réussi à conquérir davantage de votes féminins. Au contraire, il a envenimé le débat sur les femmes, rapporte un article de l'International Herald Tribune.

Le président sortant Barack Obama a attaqué le républicain Mitt Romney sur son projet de couper les financements des plannings familiaux. Une décision qui, selon Obama, pourrait remettre en cause la santé des femmes mais aussi l'équilibre économique de certaines familles.

Et quand Obama lui demande encore s'il soutiendrait la parité dans son cabinet, Romney esquive la réponse. Il explique qu'il n'a reçu aucune candidature féminine : "J'ai dit, eh bien ne peut-on pas trouver de femmes qui sont aussi qualifiées ?". Partie à la recherche de candidates dignes du cabinet de Romney, son équipe lui aurait rapporté des "classeurs pleins de femmes".

L'expression a fait l'effet d'une bombe sur les réseaux sociaux pendant le débat. Une page Facebook, un compte Tumblr et Twitter ont immédiatement été créés pour critiquer Romney. Il s'avère que ce sont en fait des groupes de femmes qui lui ont soumis des candidatures de collaboratrices et non à lui qui en a fait la demande.
 

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La chronique de Thomas Snegaroff sur
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