L'excision menace encore trente millions de fillettes

La prévalence des mutilations génitales féminines dans les 29 pays étudiées par l'UNICEF. Cliquez sur l'image pour l'agrandir.
La prévalence des mutilations génitales féminines dans les 29 pays étudiées par l'UNICEF. Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

Dans une quinzaine de pays d'Afrique et du Moyen-Orient, les mutilations génitales féminines sont en déclin. C'est l'Unicef qui l'affirme dans un nouveau rapport extrêmement détaillé. Mais dans cette partie du globe, cela reste encore une pratique courante qui risque de faire trente millions de victimes dans les dix ans à venir. Pour l'agence onusienne, il est urgent d'intensifier les campagnes de sensibilisation et de prévention.

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C'est un rapport inédit que publie l'Unicef sur l'excision. Afin d’établir un état des lieux fiable et précis des mutilations génitales féminines, l’agence onusienne consacrée à la protection des enfants s’est appuyée sur des enquêtes nationales réalisées sur les vingt dernières années dans 29 pays d'Afrique et du Moyen-Orient, là où vivent plus de 90 % des femmes excisées dans le monde. « C'est à ce jour la compilation la plus exhaustive de données statistiques et d'analyses sur le phénomène », affirme Laurent Duvillier, porte-parole de l’Unicef pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre.

Des régressions et des stagnations

Première conclusion encourageante du rapport, ces mutilations, qui consistent à couper une partie ou la totalité des organes génitaux externes de la femme, sont en régression dans un peu plus de la moitié des pays étudiés. Le recul est particulièrement net dans les pays où la pratique touche moins d’un tiers des femmes et des filles. « Au Bénin, en Irak, au Liberia, au Nigeria et en République centrafricaine, la prévalence de l'excision a chuté de moitié environ », note le rapport. Une régression est aussi constatée dans les pays où la pratique est fortement répandue. Par exemple, au Burkina Faso et en Ethiopie, « ces pratiques ont reculé de 19 à 31 points chez les filles de 15 à 19 ans par rapport aux femmes de 45 et 49 ans », détaille le rapport.

En revanche, aucun changement à Djibouti, en Guinée Bissau, en Egypte, au Mali, au Sénégal, en Somalie, au Soudan, au Tchad et au Yémen. Dans ces 10 pays, plus de la moitié des femmes et des filles sont soumises à l’excision. En Somalie, en Guinée, à Djibouti et en Egypte, où le taux de prévalence oscille entre 91 et 98%, elles sont quasiment toutes touchées. 

Le point de vue des femmes et des filles : la plupart souhaitent mettre fin à l'excision (source : UNICEF). Cliquez sur l'image pour l'agrandir.
Le point de vue des femmes et des filles : la plupart souhaitent mettre fin à l'excision (source : UNICEF). Cliquez sur l'image pour l'agrandir.
Pourtant dans la plupart de ces pays, la majorité des femmes et des filles veulent abandonner la pratique. C'est ce que révèle, aussi, le rapport de l’Unicef qui s'est attaché à mesurer, au-delà des faits, les perceptions qu’ont les hommes et les femmes des mutilations génitales féminines (voir le graphique ci-contre). Dans 11 pays pour lesquels des données sont disponibles, au moins 10% des filles et des femmes excisées affirment même n'y avoir aucun avantage.

Alors pourquoi une telle persistance ? « Parce qu'aujourd'hui on se rend compte que la plupart des femmes ont peur d'être discriminées, d'être rejetées par le groupe. Elles ont aussi peur de ne pas trouver de mari. Ce qui les pousse à perpétuer la tradition », explique Laurent Duvillier.

Impliquer les hommes

Pour l'Unicef, il ne faut donc pas relâcher les efforts. Même si des lois ont été votées dans la plupart des pays concernés pour interdire toute forme de mutilations sexuelles , le travail de sensibilisation et de prévention doit se poursuivre et même s'accélérer. Dans les 29 pays étudiés, 125 millions de femmes et de fillettes sont excisées et trente millions de filles risquent d'en être victimes au cours des dix prochaines années.

Mais comment agir ? « L'important n'est pas de condamner les pratiques mais d'accompagner le changement, recommande Laurent Duvillier. Il faut accéder à la communauté et encourager un changement collectif. La pression sociale est tellement forte qu'il faut une adhésion de l'ensemble de la communauté pour rejeter cette pratique. Individuellement, ce n'est pas possible. »

Autre axe à développer : la participation des hommes trop longtemps exclus des campagne de prévention. « Les hommes ont une partie prenante, insiste Laurent Duvillier, car c'est eux qui posent au moment du mariage une préférence pour une femme excisée. » Or, le rapport de l’Unicef fait tomber bien des clichés sur cette question. Il montre que les hommes manifestent autant que les femmes une volonté de mettre fin aux mutilations génitales féminines. Ils sont même plus nombreux que les femmes à souhaiter l’arrêt de l’excision en Guinée, en Sierra Leone et au Tchad.

« Il faut permettre aux hommes de s’exprimer eux aussi sur cette question et d’encourager le dialogue avec les femmes, poursuit Laurent Duvillier. Par exemple au Mali, un espace de discussion s’est ouvert, ce qui était inimaginable il y a 15 ans. Ce qui ne signifie pas que tout le monde est d’accord mais que l’on peut échanger des points de vue différents, ce qui à terme débouchera nécessairement sur des changements de comportements. »

La médicalisation des excisions

Par contre, pour l'Unicef, il n'est pas question de tolérer les excisions médicalisées pratiquées par des professionnels de la santé. Une tendance qui reste minoritaire mais qui se développe à grande vitesse. En Egypte, c’est même la forme la plus courante : 77% des excisions sont désormais réalisées par des médecins ou des infirmières. Une manière de rendre la pratique moins douloureuse et moins risquée. « Mais les risques qu’encourent les fillettes ne sont pas juste d'ordre médical, rappelle Laurent Duvillier. C’est un contrôle de leur sexualité. C'est une atteinte à leur intégrité physique, à leurs droits fondamentaux et à leur avenir. Nous défendons un abandon total de l’excision sous toutes ses formes. »