Terriennes

L'Iranienne Sakineh toujours en prison

Condamnée à la lapidation, Sakineh Mohammed-Ashtiani n'a pas été libérée de sa prison de Tabriz, selon la chaîne iranienne Press-TV.

Pourtant, le Comité international contre la lapidation avait annoncé qu'elle était libre jeudi soir, 9 décembre.

Pour le journaliste franco-iranien Amin Arefi, il s'agit d'une tentative de déstabilisation.

dans

« Une tentative de la part du pouvoir iranien de semer la discorde »

Entretien avec Armin Arefi, journaliste blogueur franco-iranien

Photo fournie par la chaîne iranienne en anglais Press-TV montrant Sakineh Mohammadi-Ashtiani avec son fils, le 4 décembre 2010 en Iran
Photo fournie par la chaîne iranienne en anglais Press-TV montrant Sakineh Mohammadi-Ashtiani avec son fils, le 4 décembre 2010 en Iran
Que pensez-vous du communiqué de Press-TV selon lequel Sakineh n'est pas libérée ?

Il faut prendre très au sérieux ces informations. Press-TV est la voix de l'Etat islamique à l'étranger. C'est une télé officielle. Elle vient de démentir toutes les déclarations qui ont été faites par le Comité international contre la lapidation. Il est claire que Sakineh n'est pas libre aujourd'hui.

Comment expliquez-vous une telle confusion en une nuit ?

La confusion provient des photos qui ont été diffusées hier soir par Press-TV montrant Sakineh avec son fils, non pas en prison, mais dans leur maison de province. Donc en diffusant ces photos, Press-TV a voulu semer la confusion auprès des médias occidentaux pour mieux les incriminer après. Ce qu'elle a fait aujourd'hui dans son communiqué en évoquant une tentative de complot, de propagande occidentale pour ébranler l'Etat iranien.

Est-ce une volonté de déstabiliser le Comité international contre la lapidation ?

Le comité a beaucoup oeuvré pour mobiliser l'opinion internationale et sauver la vie de Sakineh. Toutes les informations qu'il avait données jusqu'à présent s'avéraient exactes. Pour le comité comme pour les médias occidentaux, ces photos étaient particulièrement troublantes. Elles montraient Sakineh heureuse dans son jardin avec son fils. On pouvait donc penser à une libération.

Et ce d'autant plus que Press-TV devait diffuser, hier soir, une émission avec des interviews de Sakineh et de son fils. Ce qu'on n'a pas eu. Mais à la place, une bande annonce de 30 secondes a fait la promotion d'un reportage programmé ce soir. Apparemment, les fameuses photos seraient tirées de ce reportage qui semble être à charge. Selon la bande annonce, Sakineh est à nouveau accusée dans ce reportage d'être une meurtrière et annonce elle-même qu'elle a joué un rôle dans le meurtre de son mari, alors qu'elle a été disculpée par la justice iranienne il y a 4 ans. Il faut le rappeler.

Ce n'est pas la première fois qu'il y a un confusion autour des informations données par le Comité. En novembre, il avait annoncé une exécution imminente de la peine de Sakineh et le lendemain la justice iranienne déclarait que l'affaire suivait son cours.

Pour revenir à cette épisode, les sources dont disposaient alors le Comité [une lettre de la Cour suprême envoyée à la prison de Tabriz, autorisant l'exécution de Sakineh, NDLR] se sont révélées exactes. Il a fallu de nombreuses interventions diplomatiques, au plus haut niveau de l'Etat, pour empêcher l'exécution de sa peine. Mais là je pense qu'il y a une réelle tentative de la part du pouvoir iranien, de semer la discorde entre les médias occidentaux et le comité qui jusqu'ici avaient beaucoup travaillé ensemble.

Cette affaire est-elle aussi révélatrice de tensions internes au pouvoir iranien ?

C'est évident qu'il existe des tensions entre les tenants d'une politique ultra-conservatrice et intransigeante vis-à-vis de l'Occident, et ceux qui sont plus pour un dialogue tant au niveau du nucléaire que des droits de l'homme. Avec toute la pression qu'a entraînée l'affaire Sakineh, un débat s'est même ouvert au sein du gouvernement pour savoir s'il fallait oui ou non lâcher du lest. Il n'existe pas un seul pôle de décision en Iran. Ils sont multiples. Mais, il est pour l'instant impossible de savoir si ce sont des tensions et des rivalités au sein du pouvoir qui ont empêché hier soir la libération de Sakineh.


A Lire

Rubans et turbans, Iran, la jeunesse contre les mollahs, d'Armin Arefi, Editions Denoël, 2010.


Les enfants de Sakineh lancent un appel au monde entier

Ne laissez pas notre cauchemar devenir une réalité. Opposez-vous haut et fort à la lapidation de notre mère! Aujourd’hui, nous demandons l’aide du monde entier. Depuis cinq ans, nous vivons dans la peur et l’horreur, privés de la présence réconfortante de notre mère. Le monde est-il assez cruel pour rester insensible à une telle tragédie?

Nous sommes Fasride et Sajjad Mohammadi e Ashtiani, les enfants de Sakineh Mohammadi Ashtiani. Depuis notre tendre enfance, nous éprouvons une grande douleur, car nous savons que notre mère est emprisonnée en attendant de connaître son épouvantable sort. Le mot « lapidation » est tellement horrible pour nous que nous évitons de le prononcer. Nous disons plutôt que notre mère est en danger, qu’elle risque d’être tuée et qu’elle mérite l’aide de tous.

Maintenant que presque toutes les options ont échoué et que l’avocat de notre mère affirme que sa situation est très précaire, nous nous en remettons à vous, citoyens du monde, peu importe qui vous êtes et l’endroit où vous habitez. Nous nous en remettons à vous, peuples de l’Iran, à tous ceux et celles qui ont vécu l’enfer de perdre un être cher.

Aidez-nous à libérer notre mère!

Nous désirons particulièrement joindre les Iraniens qui vivent à l’étranger.?Aidez-nous à sortir de ce cauchemar. Sauvez notre mère. Vous ne pouvez imaginer la détresse qui nous accable à chaque instant de notre vie. Les mots ne suffisent pas à exprimer notre crainte…
Aidez-nous à secourir notre mère. Écrivez aux autorités pour leur demander de la libérer. Dites-leur qu’il n’y a aucun plaignant et qu’elle n’a rien fait de mal. Notre mère ne mérite pas de mourir. Y a-t-il quelqu’un qui peut nous entendre et nous venir en aide?

Fasride et Sajjad Mohammadi e Ashtiani