Terriennes

L'unique et première ministre noire face au racisme en Italie

Cecile Kyenge, lors d'une conférence de presse à Rome.
Cecile Kyenge, lors d'une conférence de presse à Rome.

Première ministre noire de l'histoire italienne, chargée  de l'Intégration, Cecile Kyenge est devenue la cible d'attaques racistes sans précédent depuis sa nomination en avril au sein du gouvernement d'Enrico Letta. La dernière en date : celle du sénateur Roberto Calderoli qui l'a comparée à un orang-outan.

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Roberto Calderoli, sénateur de la Ligue du Nord, est un habitué des déclarations racistes, islamophobes, misogynes et homophobes. Samedi 13 juillet, lors d'une réunion de son parti d'extrême droite, il s'en est pris à l'unique et première ministre noire du gouvernement, Cécile Kyenge, originaire de la République démocratique du Congo« fait bien d’être ministre mais peut-être devrait-elle le faire dans son pays (...) Je me console quand je surfe sur internet et que je vois les photos du gouvernement. J’aime les animaux (...) mais quand je vois les images de Kyenge, je ne peux m’empêcher de penser à des ressemblances avec un orang-outan, même si je ne dis pas qu’elle en soit un ».

Ces propos ont immédiatement enflammé l'Italie, faisant réagir le chef du gouvernement. Enrico Letta (qui appartient au même parti de centre gauche que Cecile Kyenge, le Parti démocrate) a jugé les paroles du sénateur « inacceptables », dépassant « toutes les limites ». Il a demandé à La Ligue du Nord de mettre fin à ses attaques racistes. Roberto Calderoli s'est alors platement excusé, mardi 16 juillet, pour ses « remarques agressives » et a reconnu avoir fait un « bêtise ». Mais pas de démission dans l'air, malgré les appels qui se multiplient.

Cécile Kyenge s'accroche

Interrogée par la BBC au lendemain de cette polémique, Cécile Kyenge avoue qu'elle se sent « quand même un peu attristée » mais ajoute que « ce n’est plus tellement une question personnelle, c’est une autre question: la responsabilité dans la communication.» « L’image que certains représentants sont en train de donner aux jeunes de notre pays et en dehors de notre pays est un peu triste. On doit aller au-delà. »

Depuis sa prise de fonction, Cécile Kyenge ne montre aucun signe de faiblesse. Quand la radio britannique lui demande si elle a déjà pensé à jeter l'éponge, elle répond :  « Non, je n’y ai jamais pensé et je crois que je n’y penserai jamais.»

Sur le Facebook de l'élue Dolores Valandro,
Sur le Facebook de l'élue Dolores Valandro,
Pourtant, son quotidien n'est pas des plus agréables. Le nombre de ses gardes du corps a été doublé. Sa boîte e-mail et sa page Facebook sont surveillées. Le moindre de ses déplacements fait l'objet de mesures de sécurité plus pointilleuses qu'à l'ordinaire pour un ministre.

En juin dernier, c'est une conseillère municipale, Dolores Valandro, membre aussi de la Ligue du Nord (expulsée depuis), qui a appelé à « violer » la ministre noire. Réagissant à un article qui faisait état d'une tentative de viol présumée par un Africain contre deux Roumaines, l'élue a posté sur son Facebook une photo de Cécile Kyenge, et a ajouté ce commentaire : « Pourquoi personne ne viole Madame Kyenge ? », se référant aux origines congolaises de la ministre.

Le jour de sa nomination, c'est l'ex-sénateur de la Ligue du Nord, Erminio Boso, qui a fait des déclarations plus que grossières  : « Je suis raciste et je ne l'ai jamais nié. Kyenge doit rester chez elle, au Congo. C'est une étrangère. Sa nomination est une décision à la con, un éloge à l'incompétence (...) Elle a la tête d'une femme au foyer. »

Cécile Kyenge est également dans le viseur de Forza Nuova. Ce groupuscule d'extrême droite avait accroché une banderole raciste et offensive devant le siège du Parti démocratique à Macerata avec inscrit « Kyenge, retourne au Congo.»

Une nouvelle approche de l'intégration

Malgré cette déferlante de racisme et de misogynie, nourrie par des années de berlusconisme, la ministre garde la tête froide et analyse la situation avec sagesse.  « L’Italie est en train de passer une période que les autres pays ont sûrement connu, et qui ont pu quand même dépasser ce stade. Nous, nous sommes au niveau de la rencontre des cultures. On doit essayer d’accepter cette rencontre, et de voir comment les cultures peuvent essayer de vivre ensemble sur le même territoire, dans le même pays. Tout cela est fonction de l’immigration assez récente en Italie », a-t-elle expliqué à la BBC.

Résultat, la ministre ne lâche pas ses objectifs. Elle veut remplacer le droit du sang par un droit du sol. Autrement dit, permettre aux enfants d'immigrés d'accéder à la nationalité italienne sans avoir d'ancêtres italiens. Elle-même, arrivée en Italie en 1983 pour faire des études de médecine, n'a pu, en raison de « problèmes bureaucratiques », obtenir la nationalité qu'après son mariage avec un Italien en 1995.

La chronique Terriennes

07.05.2013Par Sylvie Braibant
Dans cette chronique du 7 mai 2013, Sylvie Braibant revient sur les premières insultes qu'a subies Cécile Kyenge au moment de sa nomination.