La belle hypocrisie des entreprises françaises

Les entreprises françaises admettent bien volontiers que les femmes font face à des inégalités dans le monde du travail, selon une étude de l'Association pour l'emploi des cadres. Mais y remédier n'est pas leur priorité...

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dans le cadre d'une enquête de l'Apec, 76% des personnes interrogées estiment que la situation des femmes cadres est plus difficile que celle des hommes.
dans le cadre d'une enquête de l'Apec, 76% des personnes interrogées estiment que la situation des femmes cadres est plus difficile que celle des hommes.
On dit souvent qu'être conscient d'un problème, c'est avoir la moitié de la solution... C'est loin d'être vrai pour les femmes dans les entreprises françaises. Selon une étude publiée il y a quelques jours par l'Association pour l'emploi des cadres (Apec), les sociétés interrogées sont parfaitement conscientes du sort fait aux femmes. Mais quand il s'agit d'agir pour y remédier, il semble urgent d'attendre. 

Ainsi, à la question : « Trouvez-vous que la situation des femmes, cadres et non cadres, dans les entreprises françaises, est plus facile ou plus difficile que celle des hommes ? », la réponse est sans ambiguïté : 76% des personnes interrogées estiment que la situation des femmes cadres est plus difficile que celle des hommes. Les femmes non cadres sont considérées comme mieux loties, puisque 56% seulement des répondants estiment que leur vie professionnelle est plus difficile que celle des hommes. Autrement dit, si les femmes réussissent à gravir les échelons, on leur en demande plus. Si elles réussissent.... Ce qui n'est pas franchement le cas, puisque deux tiers des entreprises reconnaissent également que les postes les plus élevés sont davantage occupés par des hommes que par des femmes.

Les clichés ont la vie dure 

Pis, les hommes semblent trouver cette exigence supplémentaire envers les femmes cadres tout à fait normale. C'est « parce que les femmes manquent d'engagement » et « qu'elles ne sont pas aussi disponibles que les hommes » que l'entreprise a tendance à exiger plus d'elles si elles ont un poste à responsabilités, selon les réponses faites au questionnaire de l'Apec. Les femmes sont encore perçues comme pleinement responsables de la vie familiale et des enfants, conclut l'Association. De fait, pour une majorité de répondants (52%), une femme « qui a des enfants en bas âge travaille généralement moins qu’une femme qui n’en a pas ». Pour éviter ces problèmes, on discrimine les femmes dès le début de carrière. Ainsi, 13% des répondants admettent privilégier le recrutement d’un jeune homme plutôt que d’une jeune femme, à compétences égales. 

« Manque de temps »

Mais si les entreprises acceptent de dire qu'elles sont conscientes de ces problèmes, pas question pour autant de tenter de faire bouger les lignes. En effet, selon l'étude de l'Apec, l'amélioration de la condition de la femme dans l'entreprise n'est pas une priorité pour les sociétés interrogées.

« Même si l’importance du sujet est admise pour 75% des entreprises, seulement 39 % d'entre elles pensent qu’elles doivent agir en priorité en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes », relève l'Apec dans son analyse. Les raisons invoquées par les répondants sont variées, mais toutes édifiantes : ils assurent ainsi à 35% qu'ils « manquent de temps » pour mettre une politique en faveur de l'égalité femmes/hommes en place, ou, à 24%, « qu'il n'y a pas d'inégalités entre les hommes et les femmes au sein de leur propre entreprise ». Dans 17% des cas, ils invoquent un manque de moyens financiers. Enfin, d'autres (12% des répondants) estiment qu'ils « ne peuvent pas faire grand-chose dans le domaine car le problème dépasse l'entreprise ». Dans ces conditions, évidemment, l'égalité professionnelle femmes/hommes n'est pas pour demain....
 

Lysiane J.Baudu

Ancienne grand reporter à La Tribune, Lysiane J. Baudu a rencontré, pendant ses 20 ans de journalisme international, des femmes du monde entier. 
 
Ces "rencontres" feront l'objet de billets, qui lui permettront de faire partager ses impressions, ses analyses, son ressenti au contact de ces femmes, dont l'action professionnelle fait sens pour toutes les autres, de même que pour la société.