La charge mentale portée par les femmes, une évidence quotidienne

Cette planche est extraite de la bande dessinée d'Emma sur la charge mentale, intitulée "Fallait demander". 
Cette planche est extraite de la bande dessinée d'Emma sur la charge mentale, intitulée "Fallait demander". 
©DR

Une bande dessinée publiée sur Internet a mis en images ce qu'est "la charge mentale", cette préoccupation constante des femmes pour tout ce qui relève de la gestion du foyer. Son succès a mis en exergue une inégalité qui perdure dans les couples.  

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La "charge mentale".  Cette expression ne vous était peut-être pas familière avant de la voir apparaître, ces derniers jours, sur vos réseaux sociaux ou dans les médias au travers d'une bande dessinée devenue virale. 

La "charge mentale", un concept venu du Québec

C'est ce travail d'organisation domestique invisible qui incombe encore largement aux femmes. Une chercheure québécoise, Nicole Brais à l'Université de Laval, l'a définie ainsi, c'est "ce travail de gestion, d'organisation et de planification, qui est à la fois intangible, incontournable et constant, et qui a pour objectifs la satisfaction des besoins de chacun et la bonne marche de la résidence."

©Emma - "Fallait demander"

Cette préoccupation constante vient s'ajouter aux autres tâches qui reviennent encore en grande partie aux femmes. L'Institut national des études statistiques français le relève régulièrement dans ses chiffres : les femmes s'occupent encore des deux tiers des tâches ménagères dans les couples.

L'Insee indiquait ainsi en 2015 : "les femmes y consacrent en moyenne 183 minutes chaque jour, soit près de 3 heures. Les hommes y passent bien moins de temps, 105 minutes, soit 78 minutes de moins qu’elles.

Si cette inégalité entre les sexes tend à se réduire dans ce domaine, c'est parce que les femmes consacrent un peu moins de temps aux tâches ménagères mais les hommes n'en font pas énormément plus pour autant... pour l'instant. 

La charge mentale en BD

Une auteure de bande dessinée a décidé de mettre en images la "charge mentale", invisible. Emma a publié sur sa page Facebook plusieurs planches intitulées "Fallait demander" et qui ont été partagées plus de 200 000 fois par les internautes.

En quelques planches, Emma, 36 ans et maman d'un enfant de 6 ans, raconte ce poids porté par les femmes. Même si au sein des couples, les compagnons prennent leur part des tâches ménagères, elles restent celles qui mènent l'organisation générale du foyer et eux, parfois, les exécutants. 

Beaucoup de femmes qui témoignent d'ailleurs en commentaires, semblent se retrouver parfaitement dans ce que la dessinatrice dépeint. 

Sur Facebook, elles sont nombreuses à plébisciter le contenu de cette bande dessinée, remerciant même son auteure d'avoir su mettre des mots sur un ressenti, un "tourbillon mental" du quotidien.


Comme en témoigne Charlotte : "Merci pour cette superbe bd tellement réaliste ! Mon mari participe beaucoup à la maison et je n'ai rien à lui reprocher dans son rôle de papa, il s'y prend très bien mais la bd est exactement le reflet de la réalité. Il ne comprend pas l'énergie dépensée à la charge du travail "invisible" je n'arrive pas à lui expliquer avec les bons mots ce que je ressens sans lui faire des reproches inutiles demain je lui ferai lire !"

Le succès de ces planches va peut-être encourager Emma, l'auteure de la bande dessinée, à donner une suite à cet épisode. Elle dessine pendant son temps libre, quand elle ne travaille pas comme ingénieure informaticienne. Emma a accepté de répondre à nos questions par mail.

J'ai senti une grande détresse émerger du succès de la BD et je pense qu'elle est beaucoup due à ce refus de certains compagnons de se remettre en cause
Emma, auteure de la BD sur la "charge mentale"

TERRIENNES : Comment avez-vous découvert le sujet de la « charge mentale » théorisé par une chercheure québécoise ? 

Emma : Je l'ai découvert en lisant un article sur le sujet, il y a quelques années. Le fait de mettre un mot sur ce concept m'a aidée à comprendre que tant qu'on continuerait de "demander" les choses, notre charge ne s'allègerait jamais. Quand j'ai lancé mon blog, je me suis dit que si je ne connaissais pas ce concept, c'était sûrement le cas de beaucoup d'autres, alors j'ai décidé de mettre tout ça en images.

TERRIENNES : Est-ce un fonctionnement dont vous faites aussi l’expérience ou que vous retrouvez peut-être autour de vous ?

Emma : J'ai la chance d'avoir un compagnon féministe, donc c'est un problème qu'on a mais dont on peut discuter très facilement. Dans mon entourage, c'est plus compliqué. J'ai beaucoup d'amies dont les partenaires sont complètement dans le déni, et avec qui chaque discussion se termine en dispute. J'ai senti une grande détresse émerger du succès de la BD et je pense qu'elle est beaucoup due à ce refus de certains compagnons de se remettre en cause.

Emma vient de publier son album "Un autre regard" (Massot Editions)

TERRIENNES : Est-ce un reproche encore fait aux hommes ou les femmes ont-elles aussi leur rôle à jouer pour rééquilibrer les choses ?

Emma : De fait, oui, c'est un reproche fait aux hommes, car ils ont la situation la plus confortable sur ce sujet-là. Malheureusement, la solution vient souvent des personnes concernées par le problème, et non de celles qui en bénéficient.
Donc oui, je pense qu'on peut utiliser des techniques variées pour essayer de rééquilibrer les choses.

TERRIENNES : De plus en plus de femmes, comme vous auteures-dessinatrices, s’attaquent à des sujets considérés féministes comme le partage des tâches ménagères, le fait de ne pas vouloir d’enfant… Quel rôle avez-vous à jouer ?

Emma : En faisant ces BD, j'espère que nous, femmes, allons prendre conscience de notre pouvoir politique. Pour ça, il faut qu'on développe notre intelligence collective. Aller plus loin que partager entre nous nos mésaventures, ce qui est déjà très important. Mais aussi monter des actions, des groupes de parole, faire des pétitions ... essayer de changer les choses à grande échelle.