La double peine de la femme Hillary Clinton pour battre l'homme Donald Trump, selon le New York Times

Un instantané du débat du 9 octobre 2016 entre Donald Trump et Hillary Clinton, à Saint Louis
Un instantané du débat du 9 octobre 2016 entre Donald Trump et Hillary Clinton, à Saint Louis
AP Photo/Patrick Semansky, File

A la veille du troisième et dernier débat entre la démocrate Hillary Clinton et le républicain Donald Trump, avant le scrutin du 8 novembre 2016, le New York Times pose une question simple : "Y a-t-il un double standard pour les femmes en politique ?" Sa réponse est un modèle du genre. A savourer sur le tempo de la mythique chanson "Imagine" de John Lennon et Yoko Ono.

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On ne remercie jamais assez l'éditorialiste Nicholas Kristof de l'avoir posée, cette fameuse question, et plus encore d'y avoir répondu de façon pertinente et drôle, même si c'est de l'humour noir. Le New York Times, quotidien qu'il fréquente depuis des décennies (et qui penche du côté des démocrates), nous apprend que ce journaliste, longtemps correspondant en Chine, parle plusieurs langues, dont le Chinois et le Japonais ; qu'il a gagné deux fois, le prix Pulitzer, pour ses reportages sur la révolte de la place Tiananmen en juin 1989, et pour sa couverture de la guerre au Darfour (à l'Ouest du Soudan depuis 2003). Ce grand reporter, désormais sédentaire, se concentre sur les questions de droits humains, en particulier sur ceux des femmes.
 
Avec son épouse Sheryl WuDunn, elle aussi prix Pulitzer, ils écrivent à quatre mains. Leur dernier opus "Half the Sky" - La moitié du ciel -, affiche en sous-titre : "changer l'oppression en opportunité pour les femmes", parce que l'assujettissement des femmes dans le monde entier, aujourd'hui, s'apparente à l'esclavage, autrefois. 

Nicholas Kristof est donc un féministe affiché et sa litanie à destination des électeurs de Donald Trump, intitulée "Y a-t-il un double standard pour les femmes en politique ?" est un morceau de bravoure et de littérature, dont nous avons choisi de vous offrir de larges extraits en français (traduction par nos soins).

Et donc, imaginez :

"Imaginez que Hillary Clinton a eu cinq enfants avec trois maris, qu'elle a dit de sa fille qu'elle "avait un beau cul", qu'elle a participé à un entretien radiophonique sur le sexe oral dans un bain à remous, qu'elle note les hommes sur leur plastique corporelle, qu'elle a montré dans Playboy des vidéos de porno 'léger'.

Imaginez que 15 hommes accusent Hillary Clinton de les avoir abusés ou violés, et que le compte augmente chaque jour.

Imaginez que H Clinton a organisé le concours de 'Mr adolescent USA' et qu'à cette occasion elle se soit faufilée dans les vestiaires pour reluquer les jeunes corps, dont certains étaient nus, après avoir fait la même chose lors de Mr USA, et s'émerveillant lors d'une émission de radio d'avoir été autorisée à le faire.

Imaginez que lors du premier débat électoral, H Clinton se soit vantée en affirmant qu'il n'y avait aucun problème avec la taille de son vagin.

Imaginez que H Clinton a moins d'expérience gouvernementale ou militaire qu'aucune autre personne jamais élue 'président des Etats-Unis'.  

Imaginez qu'elle a dit à propos de l'un de ses adversaires lors des primaires : 'regardez sa figure ! Est-ce que quelqu'un voudrait voter pour ça ?'

Imaginez que Hillary Clinton se soit vantée d'avoir viré de son boulot un homme marié qui refusait de se plier à ses avances.

Imaginez que H Clinton se soit vantée de 'pouvoir se tenir dans la 5ème avenue, de tirer sur quelqu'un, et de ne perdre aucun électeur'.

Imaginez que H Clinton a été prise la bouche dans le micro en train d'évoquer les organes génitaux masculins de façon dégradante et de se féliciter que son statut social lui permettre d'attraper les hommes par leurs couilles.

Imaginez qu'elle qu'elle se soit vantée d'avoir commis l'adultère - et que plus tard elle a viré de son boulot un homme marié qui refusait de se plier à ses avances.

Imaginez que Hillary Clinton a été accusée d'agression sexuelle par son premier mari (avant qu'il ne se rétracte) et puis accusée encore une fois de harcèlement, lors d'un procès, par l'un de ses partenaires en affaires.

Imaginez que H Cinton se soit défendue d'une accusation de violence contre un jeune homme en expliquant pour sa défense "je peux vous assurer qu'il n'était pas mon premier choix".

(.../...)

Imaginez que Clinton, citée par l'un des membres de son équipe a dit que "la paresse était une caractéristique des noirs" et qu'elle a retweeté des suprémacistes blancs, incluant même un message honorant le parti nazi américain.

Imaginez que Clinton a fait faillite dans ses affaires à cinq reprises, en "entubant" une longue liste de contractants, des plombiers aux peintres, en passant par les avocats.

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Imaginez que Clinton dénonce la mondialisation pendant qu'elle fait fabriquer des chemises au Bangladesh, des cravates en Chine, des costumes au Mexique, et des verres de cristal en Slovénie.  

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Imaginez que Clinton refuse de montrer ses feuilles d'impôt.

Imaginez que Clinton démolisse un ancien roi de beauté et invite via tweeter à aller vérifier sur la "sextape" du type - même si cette vidéo n'existe pas.

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Imaginez que Clinton soit complètement ignorante de la stratégie nucléaire ou de celle de l'Otan, et qu'elle dise qu'elle 'connaît plus de choses sur l'Etat islamique que les généraux.'


Et Nicholas Kristof de conclure cette longue liste d'une question subsidiaire : "Alors n'y a-t-il pas un double standard dans la politique américaine, dans la société américaine, qui soumet les femmes à une pression plus grande ? A vous de décider…"

Les sondages nous apprennent, à trois semaine de l'élection qui désignera le nouveau leader des Etats-Unis, et au delà, il faut bien le dire, du monde, que si seules les Américaines votaient, Hillary Clinton l'emporterait à une majorité écrasante. Et pourtant, il y a toujours des femmes pour soutenir Trump...

Retrouvez la tribune intégrale de Nicholas Kristof > ici  

En 2011, lorsque nous avions lancé Terriennes, le site et la chronique, nous avions fait campagne avec des affirmations inversées, à la manière de Nicholas Kristof : "90% des chefs d'Etat sont des femmes" ; "en Afrique, la terre appartient pour 90% à des femmes" ; "En France, 1 homme meurt tous les 3 jours sous les coups de sa femme ou d'une proche". Etc. Il s'était tout de même trouvé une personne pour demander : "ah bon vous êtes sûre ?" #yaduboulot, on ne le dira jamais assez...

Et pour le plaisir, le "hit" Imagine, repris et adapté par et pour les enfants de l'Unicef :