Parité à l'Assemblée nationale: la France chute à la 60ème place du classement mondial

L'Assemblée nationale, le 15 juillet 2016
L'Assemblée nationale, le 15 juillet 2016
AP Photo/Thibault Camus

Alors que la France se prépare aux élections, présidentielle et législatives, de 2017, le Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes met le doigt sur le manque de parité au sein de la chambre basse du parlement. 

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Dans son communiqué de presse du 25 août 2016, le Haut Conseil à l'Egalité entre les femmes et les hommes met en lumière la rétrogradation de la France dans le classement de la parité établi par l’Union interparlementaire. Le pays occupe la 60ème place, juste derrière l’Irak et le Soudan du Sud qui comptent 26,2% de femmes dans leurs parlements. 
 
Les chiffres sont d’autant plus inquiétants que la France trônait encore à la 36ème place il y a quatre ans. 
 
Et pourtant, le principe de « l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives » a été consacré dans la Constitution par le pouvoir constituant le 8 juillet 1999. Lors de la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008, il est même inscrit à l’article premier de la Constitution. En parallèle, le Parlement a voté plusieurs textes destinés à favoriser la parité, le dernièr étant la loi du 4 août 2014, pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes. Les mesures phares visent à « inciter les pères à prendre un congé parental, à conditionner l’accès aux marchés publics au respect par les entreprises de l’égalité professionnelle, à protéger les mères isolées des impayés de pension alimentaire, ou encore à étendre à tous les champs de responsabilité le principe de parité » d'après le site du gouvernement.

 

La France se positionne derrière l’Espagne, la Belgique, ou encore l’Algérie mais devant les Etats-Unis, qui occupent la 96ème position. Le Rwanda, premier du classement a élu une assemblée à 63,8% féminine.


Retrouver dans Terriennes, notre reportage

> Les Rwandaises en ligne directe (de bus) avec leur Parlement

L'Assemblée Nationale française vue de l'intérieur
L'Assemblée Nationale française vue de l'intérieur
AP Photo/Christophe Ena


♦ Quelques questions à Romain Sabathier, secrétaire général du Haut Conseil à l'égalité


Romain Sabathier est le secrétaire général du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. Jeudi 25 août 2016, en pleine bataille du Burkini, son équipe publiait un communiqué de presse dans lequel elle incite les partis politiques à faire confiance aux femmes candidates. Une initiative passées quelque peu inapaerçue... A cette occasion, le H.C.E. a également publié le Guide de la Parité pour s’attaquer aux idées reçues, apporter un éclairage juridique et avancer des chiffres officiels.

Les autres pays progressent, et plus vite que nous
Romain Sabathier, HCEFH

Pourquoi avoir décidé de réaliser un Guide de la Parité ?

Romain Sabathier
Romain Sabathier
Photo du compte Facebook de Romain Sabathier
Romain Sabathier  : Pour promouvoir la parité dans les instances de pouvoir. Et le pouvoir, ce n’est pas seulement la politique. Il existe des déséquilibres dans d’autres sphères comme le monde économie. Aucune entreprise du CAC 40 n’a de femme PDG à sa tête. Dans le sport, même si les championnes olympiques ont brillé cette année, encore 9 fédérations sportives sur 10 sont présidées par des hommes. Dans les médias, si l’on prend la radio, les auditrices sont aussi nombreuses que les auditeurs. Pourtant, seulement 8% des animateurs sont des femmes. 
 
Nous appelons à une appropriation citoyenne de cette question de parité, du partage des responsabilités dans tous les domaines. 

Au niveau politique, juridiquement on ne peut pas aller plus loin. Tout le monde a jouer son rôle : les lois ont été votées, les sanctions en cas de manquement renforcées depuis la loi de 2014 et nous avons prouvé que les femmes sont prêtes à accepter les postes à responsabilité. L’impulsion doit maintenant venir des partis eux-mêmes.
 
Pourquoi avez-vous choisi cette période de l’année pour produire ce guide et mettre en lumière le manque de parité ?
 
R. S. : Nous avons choisi cette date pour marquer la rentrée politique avec la question de la parité. Les partis politiques vont organiser leurs journées de rentrée et nous souhaitons que la question de la place des femmes dans les investitures et dans les circonscriptions gagnables soit à l’ordre du jour. 
 
Les législatives qui arrivent, c’est la dernière chance pour les partis politiques de montrer qu’ils sont à la hauteur. Si ça ne marche pas, on devra se poser la question d’un changement de mode de scrutin.
 
Quelle est votre stratégie pour faire évoluer les choses ?

R. S. : Notre stratégie, c’est de pointer la responsabilité des partis et d’en appeler à leur bonne volonté. Il s’agit de faire confiance aux femmes, parce que derrière on a des hommes qui ne veulent pas laisser leur place (des sortants) et des procés en incompétence qui sont instruits vis-à-vis des femmes candidates. Il faut que cela évolue.
 
Comment s’en tire la France par rapport aux autres pays européens ?
 
R. S. : Globalement, la France ne s’en tire pas trop mal car elle a légiféré partout où elle le pouvait, notamment sur les entreprises. Nous sommes sûrement le pays le plus dynamique en matière de parité dans l’interprétation large du terme. Après, si nous ne regardons que la chambre basse du parlement, les pays nordique nous devancent, surtout la Suède, 5ème du classement réalisé l’Union interparlementaire.

Si l’on est passé de la 36ème à la 60ème place, ce n’est pas parce que nous avons moins de femmes à l’Assemblée nationale – entre le classement de 2014 et celui de 2016, il n’y a pas eu de nouvelles élections législatives -  mais parce que les autres pays progressent, et plus vite que nous. Les objectifs et les discussions des partis ne permettent pas d’envisager une augmentation par rapport au pourcentage actuel de 26% de femmes députées en France. Si la situation stagne, on arrivera après la 100ème place au classement de 2022.

Rwanda: médaillé d'or de la parité


Le Rwanda occupe depuis 2008 la première place au classement mondial sur la parité de l'Union Interparlementaire. Sur les 80 sièges que comptent le Parlement rwandais, 51 sont occupés par des femmes.

L'exceptionnelle parité rwandaise est en partie explicable par un grand nombre de lois mises en place après le génocide de 1994. Depuis 2003 et l'adoption de la nouvelle Constitution, l'égalité hommes femmes et l'attribution d'au moins 30% des postes aux femmes dans les instances de prise de décision de l'Etat sont inscrits comme principes fondamentaux.

Avec la Bolivie, le Rwanda est le seul pays où les femmes sont majoritaires dans la chambre basse du Parlement.