La grande régression des “manageuses“ espagnoles

Yolanda Fernandez Vargas (a` gauche), directrice de la Fédération des Femmes Progressistes, et Dominique Duarte, coordinatrice du Lobby européen des femmes à Madrid
Yolanda Fernandez Vargas (a` gauche), directrice de la Fédération des Femmes Progressistes, et Dominique Duarte, coordinatrice du Lobby européen des femmes à Madrid

La proportion de femmes à des postes de direction dans les entreprises ibériques a reculé de trois points en un an.

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Les diverses mesures d'austérité adoptées par le gouvernement espagnol face à la crise font des ravages sur de nombreux fronts, dont celui de l'emploi féminin. Mais c'est essentiellement la réforme du marché du travail introduite par les autorités qui serait à l'origine d'un autre phénomène, celui du recul des femmes à des postes de direction dans les grandes entreprises, selon la Fédération des Femmes Progressistes Espagnoles. Le pourcentage de femmes manageuses en Espagne a baissé de 3 points, passant de 24% l'an dernier à 21% cette année. “Le chiffre de 2013 montre une interruption de la tendance passée, celle d'une progression continue des femmes à des postes de direction dans les entreprises espagnoles”, constate ainsi le cabinet de recherche Grant Thornton.

L'Espagne se situe cette année en dessous de la moyenne mondiale (24%) et de celle de l'Europe (25%). “La réforme du marché du travail mise en place en 2012 a éliminé de nombreuse mesures en faveur de l'équilibre vie privée et vie professionnelle, explique ainsi Yolanda Fernandez Vargas, directrice de la Fédération des Femmes Progressistes Espagnoles, et cela touche toutes les femmes, y compris celles qui sont à des postes de hautes responsabilités”. Avant la réforme, sur l'ensemble des salariés, les femmes étaient les plus nombreuses (98%) à utiliser les mesures visant à concilier vie privée et vie professionnelle. 

La crise rend inconciliable le privé et le professionnel

De plus, les entreprises espagnoles, qui souffrent du faible pouvoir d'achat de la population sur place, se tournent de plus en plus vers l'extérieur pour trouver de nouveaux marchés. Ce qui implique, pour leurs cadres, de voyager davantage. Et les femmes hésitent souvent à prendre ces postes, du fait de leurs responsabilités familiales et vis à vis de leurs enfants. D'ailleurs, les entreprises espagnoles semblent désormais plus préoccupées par leur avenir à l'étranger que par une meilleure représentation des femmes dans leurs instances dirigeantes : parmi celles qui sont cotées à la Bourse de Madrid, seules 5% ont un plan spécifique pour intégrer ou promouvoir des femmes à ce niveau, selon Grant Thornton. 

Enfin, “la notion de “présentéisme” (par opposition à celle d'absentéisme) semble être de plus en plus prégnante dans les sociétés espagnoles, remarque de son côté Dominique Duarte, coordinatrice du Lobby européen des femmes à Madrid et coach pour hauts dirigeants et dirigeantes. Il semble que ce soit la meilleure façon d'évoluer dans l'entreprise, ses dirigeants y voyant une marque de plus forte productivité de la part de leurs cadres....

Or les femmes ont au contraire tendance à rentrer chez elles plus tôt, désormais, faute de services adéquats pour leurs enfants. De fait, les politiques d'austérité en Espagne ont aussi réduit les horaires de fonctionnement des écoles et des jardins d'enfants. Au point que certaines femmes optent pour la réduction du temps de travail : aujourd'hui, sur l'ensemble des emplois à temps partiel - choisis ou subis - 86% sont détenus par des femmes en Espagne. 

Lysiane J.Baudu

Ancienne grand reporter à La Tribune, Lysiane J. Baudu a rencontré, pendant ses 20 ans de journalisme international, des femmes du monde entier. 
 
Ces "rencontres" feront l'objet de billets, qui lui permettront de faire partager ses impressions, ses analyses, son ressenti au contact de ces femmes, dont l'action professionnelle fait sens pour toutes les autres, de même que pour la société.