La journaliste Asma Shirazi reçoit le prix Peter Mackler : “je n’ai jamais abandonné et je n’abandonnerai jamais“

Séance de photo et interview à Islamabad pour Asma Shirazi avant d'aller recevoir son prix à Washington  © Morgane Pellennec
Séance de photo et interview à Islamabad pour Asma Shirazi avant d'aller recevoir son prix à Washington © Morgane Pellennec

Les Pakistanaises sont donc à l'honneur en cet automne 2014. Malala pour le Nobel de la paix hier, et aujourd'hui la journaliste Asma Shirazi. Elle a été couronnée le 22 août 2014 du prix Peter Mackler qui récompense le courage et l'éthique journalistique. Une récompense qui lui est remise ce 23 octobre à Washington.  Rencontre à Islamabad juste avant que la lauréate s'envole pour les Etats-Unis

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“Tu es une femme, tu ne peux pas couvrir ça !“

MP - Le Pakistan, qui se situe à la 158ème position sur 180 dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, est également l’un des cinq pays les plus meurtriers au monde pour les journalistes. Pourquoi avoir fait le choix de ce métier ? Avez-vous subi des pressions ou reçu des menaces de mort ?

Asma Shirazi : J’aime l’art délicat de l’objectivité, j’aime enquêter et trouver des angles différents. J’ai eu envie de devenir journaliste quand j’étais étudiante mais ça n’a pas été facile pour mes parents de me laisser entrer dans ce milieu. A force d’arguments, de discussions et de compromis, ils ont fini par approuver ma décision. Ensuite, j’ai eu des difficultés avec mes collègues masculins mais je me suis toujours concentrée sur mon travail, et j’ai finalement réussi à gagner leur respect. 
 
Des menaces, j’en ai reçu énormément ! J’ai été accusée d’être un agent indien, ce qui s’est avéré être un coup monté par les agences de renseignements mécontentes de mon travail. J’ai reçu des dizaines de menaces de mort. De la part des Talibans pakistanais, de Lashkar-e-Jhangvi [groupe armée sunnite], de proches de l’ancien président Pervez Moucharraf... Mais je n’ai jamais abandonné et je n’abandonnerai jamais.


Vous avez couvert le conflit qui opposait le Liban à Israël en 2006 et les violences des Talibans à la frontière afghano-pakistanaise en 2009. Que gardez-vous de ces expériences ?

Je me souviens que lorsque j’ai voulu partir couvrir le conflit israélo-libanais en 2006, mon patron de l’époque m’a dit : « tu es une femme, tu ne peux pas couvrir ça ! » J’ai insisté et il m’a finalement laissé y aller. Je trouvais ça passionnant de raconter des histoires différentes tout en étant sur la ligne de front. Deux fois, mon équipe et moi avons échappé de justesse à des missiles lancés par des avions de guerre israéliens. Une autre fois, nous avons été capturés par des membres du Hezbollah qui étaient persuadés que nous étions des espions. Ils ont fini par nous relâcher après plusieurs heures. Lorsque je suis allée dans la vallée de Swat [au Nord-Ouest du Pakistan, d'où vient la jeune [page|26471|Malala], ndlr] en 2009 alors que les Talibans contrôlaient le territoire, c’était différent. Ce n’était pas effrayant mais extrêmement douloureux de décrire les brutalités qu’ils infligeaient à la population.

Que représente pour vous le prix Peter Mecklar ?

C’est un honneur immense pour moi d’avoir reçu ce prix. Je voudrais le dédier à tous les journalistes pakistanais qui ont perdu leur vie en exerçant leur travail. Je pense notamment à ceux des zones tribales et du Balouchistan [province du sud-ouest du Pakistan] qui risquent leur vie à chaque instant. Je voudrais que cette récompense nous permette de parler de ces héros silencieux.


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