La leçon de cinéma de Jane Campion

Jane Campion
Jane Campion

La réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion, seule femme à avoir obtenu la Palme d'or pour "La leçon de piano", présidera le jury du 67e Festival de Cannes, du 14 au 25 mai 2014. La cinéaste de 59 ans succède au producteur et réalisateur américain Steven Spielberg. Jane Campion représente un cas unique dans l'histoire du Festival de Cannes. Elle seule a obtenu deux Palmes d'or : la première en 1986 pour son court-métrage "Peel", alors qu'elle était inconnue, et la seconde en 1993 pour "La leçon de piano". Jane Campion est en outre la première femme réalisatrice à présider le jury d'un Festival souvent critiqué pour intégrer très peu de femmes dans son jury ou sa sélection, et le cas échéant, des actrices et presque jamais des réalisatrices.

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Ce n'est pas faire injure à Jane Campion que de qualifier son oeuvre de cinéma de femmes. Dans la biographie que le New York Times lui consacre, le quotidien américain remarque que la production de la cinéaste néo-zélandaise "est unifiée par des représentations édifiantes des vies de femmes qui sont, par certains côtés, hors du commun des mortels. Le cinéma de Campion explore ce qui fait que ces femmes sont différentes, et les répercussions de leur refus - ou incapacité - à se conformer aux normes. C'est pour cela que Campion a été qualifiée de metteuse en scène féministe, un qualificatif qui ne parvient pas cependant à cerner les dilemmes de ses ses personnages et la profondeur de son travail."

La réalisatrice a aussi bien travaillé pour la télévision que pour le cinéma. Et il est clair qu'un fil invisible relie la veuve muette Ada MacGrat, l'héroïne de la magistrale "Leçon de piano", palme d'or à Cannes en 1993, à Robin Griffin, la détective tourmentée de la série télé Top of the Lake. Le fil tisse la sexualité des femmes, la violence qui s'exerce à leur encontre par certains hommes quasiment sortis des cavernes, que ce soit au XIXème ou au XXIème siècle, mais aussi en contrepoint la force de ces femmes, souterraine, constante et la beauté des hommes qui ne se laissent pas prendre aux codes de la virilité dominante.

Et il n'est pas anodin que la vieille louve solitaire de Top of the lake interprétée par Holly Hunter (qui fut aussi la veuve de la Leçon de piano)  rappelle si singulièrement la silhouette de la réalisatrice...

La leçon de piano, palme d'or 1993, bande annonce


Jane Campion qui aura 60 ans quelques jours avant la 67ème édition du Festival de Cannes qu'elle présidera, est née en Nouvelle Zélande, à Waikenae, une ville au nom maori, à 60 kms au nord de la capitale Wellington. Cette nature insolente, ces paysages de mer et de montagne, on les retrouve dans tous ses films, personnages à eux seuls.

Elle grandit dans une famille propice au chemin qu'elle s'apprête à suivre : sa mère Edith est actrice et écrivaine, son père Richard metteur en scène de théâtre et d'opéra. Elle étudiera entre l'Océanie et l'Europe, s'engageant résolument vers le 7ème art, après des détours par l'anthropologie et la peinture. Avec un premier emploi à l'Union australienne des femmes cinéastes, une prémonition en quelque sorte.

Diplômée en 1984 de l'Ecole de cinéma australienne, elle reçoit en 1986 une première récompense, à Cannes déjà, pour un court métrage, Peel, compte rendu d'un événement ridicule qui fait basculer une famille, et réalisé alors qu'elle poursuivait encore ses études.

Mais c'est avec son deuxième long métrage Un ange à ma table, qu'elle prend son envol. Récompensé à la Mostra de Venise en 1990, cette adaptation de la vie de l'écrivaine néo-zélandaise Janet Frame est le récit d'une bouleversante émancipation sociale et sexuelle, en dépit des tentatives pour faire passer l'auteure pour folle, comme en écho au sort de sa contemporaine, la sculptrice Camille Claudel, en ces temps, pas si lointains où une créatrice ne pouvait qu'être hystérique.

Le choix de Jane Campion pour présider cette année le festival de Cannes est de bon augure. Jusque là, tant pour la sélection des films que pour la désignation des membres du jury, c'était l'exclusion des femmes (à l'exception des actrices bien entendu) qui prévalait .

Top of the Lake, entre montagnes et eau, des femmes en quête d'elles-mêmes