La Maison des Femmes de Saint-Denis, une bulle de sécurité pour les femmes victimes de violences

Ghada Hatem-Gantzer, chef de service adjoint à la maternité Angélique Du Coudray, pose devant la Maison des femmes qui a ouvert ses portes en juillet 2016
Ghada Hatem-Gantzer, chef de service adjoint à la maternité Angélique Du Coudray, pose devant la Maison des femmes qui a ouvert ses portes en juillet 2016
(c) Anaïs Dombret

Ouverte en juillet 2016, la Maison des femmes de Saint Denis fait déjà le plein. Destinée à accueillir les femmes victimes de violences sexuelles, physiques ou mentales, pour faire face à l'affluence, ses soutiens organisent une soirée de soutien le 26 septembre 2016. Rencontre avec la gynécologue Ghada Hatem, franco-libanaise à l'origine de cette structure indispensable, et avec son équipe.

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En cette fin de journée, dans le grand hall vitré de la Maison des Femmes de Saint Denis, les équipes soignantes soufflent un peu. « Ce matin, c’était la folie, sourit Monique Vénerie, conseillère conjuguale. On s’est même demandées si on allait y arriver. » Il y a plus d’un mois que la Maison des femmes a ouvert ses portes à Saint-Denis, dans la banlieue Nord de Paris. Une vingtaine de femmes passe la porte d’entrée, chaque jour. Et ce n’est qu’un début.

L’information de l’ouverture a bien circulé tant auprès des médias locaux et nationaux que du réseau des professionnels de santé et des travailleurs sociaux d’Ile-de-France. Ces derniers n’hésitent pas à orienter des personnes vers ce lieu flambant neuf et unique en France.

On se demande comment certaines font pour être encore debout
Ghada Hatem, fondatrice de la Maison des femmes

Le docteur Ghada Hatem, adjointe au chef de service de la maternité de l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis et inspiratrice de ce projet ambitieux, arrive dans les lieux pour une dernière consultation. Les histoires que voit passer cette gynécologue aguerrie de 57 ans sont beaucoup plus sombres que les couleurs chatoyantes choisies pour égayer les murs du bâtiment. Des femmes séquestrées par leur famille, battues par les pères ou par les compagnons. Une des patientes raconte que sa tante lui mettait du piment sur le sexe pour la punir. De quoi ? Impossible de répondre. « C’est vrai que parfois on se demande comment certaines font pour être encore debout », admet le docteur Hatem.

C’est justement pour leur proposer un « cocon », un sas de décompression que cette gynécologue/obstétricienne née à Beyrouth a pensé à une Maison des Femmes. Il est vrai qu’on s’y sent comme dans une bulle sécurisante, loin de l’image des chambres d’hôpital impersonnelles et froides. Le lieu de 250 m2, qui a coûté la bagatelle de 950 000 €, financés en partie par l’Etat, les collectivités locales (département, région) et par des fondations privées de grandes entreprises, est niché dans l’enceinte du centre hospitalier de Saint-Denis. Un accès plus direct et plus discret se fait par la rue, une des conditions sur lesquelles les équipes n’ont pas transigé, malgré certaines réserves du service de sécurité. Il faut dire que des quartiers pas toujours tranquilles entourent l’hôpital.
 

Ghada Hatem-Gantzer, chef de service adjoint à la maternité Angélique Du Coudray, écoute les problèmes d'une patiente en consultation de gynécologie. Souvent, elle se demande "<em>comment certaines font pour être encore debout</em>".
Ghada Hatem-Gantzer, chef de service adjoint à la maternité Angélique Du Coudray, écoute les problèmes d'une patiente en consultation de gynécologie. Souvent, elle se demande "comment certaines font pour être encore debout".
© Anaïs Dombret


Le planning familial de l’hôpital a déménagé dans la Maison des Femmes. Les IVG médicamenteuses sont pratiquées dans les locaux pour les patientes qui le souhaitent ou celles qui nécessitent une surveillance. Au téléphone, une des conseillères prend d’ailleurs rendez-vous avec une jeune fille de Goussainville (95). Les interventions chirurgicales restent pratiquées dans le service gynécologie de l’hôpital.
 

Une prise en charge globale de la violence de genre

Ici, le personnel soignant propose avant tout un accueil et une écoute aux femmes victimes de violence. Tous les types de sévices sont traités qu’ils soient d’ordre sexuels, conjugaux, psychologiques, familiaux. Les professionnels formés privilégient une prise en charge globale de la violence et une approche pluridisciplinaire. Il y a sur place, en permanence : une sage-femme d’accueil, deux conseillères conjugales, une assistante, un psychologue et une sexologue à mi-temps.

En plus de ces professionnels, à la Maison des femmes, s’ajoute une noria de spécialistes...
En plus de ces professionnels, à la Maison des femmes, s’ajoute une noria de spécialistes...
(c) Anaïs Dombret


En plus de ces professionnels, s’ajoute une noria de spécialistes : deux chirurgiens spécialistes de la reconstruction du clitoris (pour celles qui ont subi des mutilations génitales féminines, telles l'excision), des avocats bénévoles, une sage-femme spécialisée dans les questions d’inceste, un médecin expert auprès des tribunaux. De manière hebdomadaire, des associations assurent des permanences et des ateliers de massages ayurvédiques (issus de la médecine traditionnelle indienne) ou de sophrologie (technique de relaxation). Elles permettent à celles qui le souhaitent de prendre du temps pour elles, un moment en suspens, important pour des femmes qui n’ont pas souvent l’occasion de se déconnecter d’un quotidien pesant.

Mathilde Delespine, 30 ans, coordonne les équipes sur place. Cette sage-femme travaille, depuis des années, sur ces problématiques. « Notre nouvelle structure est une synthèse de nombreuses autres expériences qui ont été menées ailleurs : il y a l’unité des femmes enceintes victimes de violence de Montreuil, l’unité dédiée aux femmes excisées de l’hôpital du Kremlin Bicêtre et tout le travail autour de la violence accompli dans le département, notamment par Emmanuel Piet et Ernestine Ronai. »
 

Ghada Hatem-Gantzer, se prépare à prélever les oeufs de sa patiente pour une insémination artificielle.
Ghada Hatem-Gantzer, se prépare à prélever les oeufs de sa patiente pour une insémination artificielle.
© Anaïs Dombret


Mathilde Delespine et ses équipes sont conscientes de l’énormité de la tâche et du défi à relever tant chaque cas diffère et demande une attention particulière. Mais elle conclut avec malice : « si nous n’arrivons pas à faire face à la demande, ce sera un très bon argument pour retourner voir des financeurs et leur demander plus de moyens. » En attendant une rentrée qui hélas promet une affluence plus importante, la Maison des Femmes a d’ores et déjà trouvé sa place et son public.

Parce que malheureusement, comme nous le rappelons souvent dans Terriennes, #yaduboulot.

Une soirée pour soutenir la Maison des femmes au théâtre Dejazet à Paris, le 26 septembre 2016


Pour rendre hommage aux Femmes et à l’ouverture de la Maison qui leur est destinée, une pléiade d’artistes de tous horizons, comédiens, chanteurs, musiciens, danseurs conjuguent leurs talents au cours d’un spectacle exceptionnel à partir de 20h30. Avec, entre autres Inna MODJA, SHIRLEY et DINO, Daniel MESGUICH, Dimitri ARTEMENKO, Olivier BREITMAN, Darya DADVAR, Jean-Claude DERET, ERIC SLABIAK TRIO, Mona HEFTRE, Bafing KUL et Waris DIRIE, Layla METSSITANE, PARADOX SAL, Steve SHEHAN, Vadim SHER

Réservations au 01 40 05 01 18 ou par courriel à missives@wanadoo.fr
ou bien au 01 48 87 52 55 ou sur www.dejazet.com