La Mauritanie a perdu sa diva du désert

La grande chanteuse mauritanienne Dimi Mint Abba est décédée, le 4 juin 2011, à l'âge de 52 ans au Maroc. Elle était soignée depuis deux semaines dans un hôpital à Rabat, suite à un accident cérébral. La diva du désert avait réussi à exporter la musique de son pays dans le monde entier.

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Elle était souvent comparée à la grande cantatrice égyptienne Oum Kathoum. C'était une intime du chanteur sénégalais Youssou Ndour qui l'accompagnait dans ses nombreuses soirées musicales à Dakar et à Nouakchott. L'artiste malien Ali Farka Touré aimait à dire que c'était sa chanteuse préférée. Avant même sa disparition, Dimi Mint Abba avait acquis le statut de légende dans son pays.

Née en 1958 au coeur du pays des Maures, dans la ville historique de Tidjikdja, elle est issue d'une lignée prestigieuse d'Iggawin, ces musiciens poètes qui, dans cette partie du Sahara, tiennent le rôle équivalent des griots africains.

Son père, Sidaty Ould Abba, est un monument de la culture nationale. C’est lui qui a écrit l'hymne mauritanien. Sa mère, Mounina Mint Eida, était une joueuse émérite d'ardine. Dès l'âge de dix ans, Dimi Mint Abba est initiée à l'art subtil de cette harpe maure dont la pratique est réservée aux femmes. Huit ans plus tard, elle remporte le 1er prix du concours de Radio Mauritanie. Dès lors les récompenses internationales pleuvent.

LA MEMOIRE D'UN PEUPLE

En 1976, elle représente la Mauritanie au festival Oum Kalthoum en Tunisie et l’année suivante au festival de la jeunesse arabe en Syrie. Son charisme, son énergie et sa voix puissante et rare subjuguent le public. Faisant revivre les poésies anciennes, les épopées fondatrices des empires passés et les amours tragiques des amants transis, elle porte dans ses chants la mémoire de tout un peuple. Par son art, elle parvient à dépasser les rivalités communautaires et à réconcilier les générations.

A la fin des années 80, elle part à la conquête de l'Occident. Elle fait de nombreuses tournées en Europe et aux Etats-Unis. Elle enregistre deux albums avec son époux Khalifa Ould Eide (Chants de Mauritanie, Auvidis 1989 ; Moorish music from Mauritania, World Circuit 1990). Plus récemment dans les années 2000, elle produit deux concerts époustouflants, l’un au festival d'Esouira au Maroc et l’autre au festival Woamd Rivermaid en Angleterre.

Aujourd'hui, la Mauritanie pleure sa diva. Sa disparition est « une perte nationale », a estimé le président Mohamed Ould Abdel Aziz. Tout le pays est « en deuil, a confié la journaliste Cheikh Ould Bekaye. La musique et le monde des musiciens sont désormais orphelins de leur tutrice, celle qui a présidé à la modernisation et à la conservation de l'art musical dans le pays des Maures. »


Extrait de Concert et entretien - Vidéo réalisée par Mondomix et diffusée sur TV5MONDE