La minceur : un idéal de beauté dominant mais pas universel

©AFP Josel Saget
©AFP Josel Saget

L’Ined a publié une enquête sociologique sur les différentes normes de minceur dans le monde. Le constat n'est pas si surprenant. La notion de corps idéal varierait en fonction des cultures et des sexes. Mais, selon l'étude, la minceur reste encore la norme prédominante dans les pays occidentaux.

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Toutes les femmes ne sont pas égales face à la minceur. Telle est la conclusion, pas si surprenant au regard des variations des canons de la beauté au fil des siècles, d’une enquête menée dans 13 pays de quatre continents différents, par les sociologues Delphine Robineau et Thibaut de Saint-Pol. Leur observation s’est appuyée sur une étude du programme international d’enquête sociale (ISSP) menée en 2007 qui comprenait un module sur les préférences corporelles. A l’issue de cette enquête, quatre cas de figure se sont imposés.

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Minceur ou rondeur : norme unisexe
La Corée du Sud est une exception dans l’étude. Une large partie de sa population apprécieraient les corps minces voire très minces pour les deux sexes : 81% pour les femmes, 80% pour les hommes. La pression du corps fin aussi bien féminin que masculin serait très forte dans ce pays.

  

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A l’opposé, on trouve la Nouvelle-Zélande et l'Irlande. Les rondeurs chez la femme et chez l’homme feraient consensus dans ces deux pays. Les hommes ronds sont préférés par 56% des Irlandais. Un chiffre équivalent pour la femme dodue avec une préférence pour 54% des personnes interrogées.

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Femmes et hommes : des normes inégales
Face à ces deux groupes, les pays occidentaux où la silhouette amincie chez madame et les rondeurs chez monsieur, seraient un idéal. Ce sont les Européens qui adopteraient le plus cette préférence. La France en est un exemple. 52% de Français interrogés préféreraient les femmes minces, alors que 62% apprécieraient les hommes corpulents.

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En revanche, seuls les pays comme l’Uruguay et la République dominicaine valoriseraient  l’image de la femme ronde et celle de l’homme fin. Ils seraient 52% d’Uruguayens, à apprécier les femmes à embonpoint et 62% à priser les hommes élancés.










Les auteurs de l’étude soulignent un point important : l’insatisfaction quelque peu terrorisante générée par les normes. En Corée du Sud et en France, pays aux idéaux féminins minces affirmés, « la volonté de perdre du poids est très fréquente chez les femmes, plus que chez les hommes : six Françaises sur dix déclarent vouloir perdre du poids » insistent-ils.

Corps désirés vs Corps réels : “source potentielle d'insatisfaction“

Et le corps réel, celui qui correspondrait plus ou moins à un poids et une taille satisfaisante selon la personne, au milieu de toutes ces normes, comment se porte-t-il ? Cela n'a rien de très étonnant, mais toujours selon l'étude, poids réel poids voulu ne correspondraient pas toujours. Cet écart entre la réalité et le rêve physique "parfait", génère alors de l’insatisfaction, de la frustration, parfois jusqu'au désordre mental, comme l'anorexie. Dans les pays où la minceur est de mise, principalement dans les pays développés, les dictats des magazines, de la mode, des médias peuvent transformer la vie des humains, mais surtout des femmes, en enfer. Pour Delphine Robineau, co-auteure de la recherche, il s’agît d’un phénomène typique du XXème siècle. Les femmes, qui affichent pourtant un poids "normal", en seraient particulièrement affectées.

Les normes ont varié dans le temps et dans l'espace

Delphine Robineau, co-auteur de l'enquête sur les normes de la minceur

30.10.2013
Comme le montre les exemples de la Grèce antique ou de la Renaissance en France...
Les normes ont varié dans le temps et dans l'espace

Des pays où les normes physiques n’existeraient pas, un rêve...

Sauf exception, l'injonction de minceur affectent plus les femmes que les hommes, et cela quelles que soient les régions du monde. La faute « aux rapports sociaux entre les sexes » affirme Delphine Robineau. Selon elle, « hommes et femmes n’ont pas les mêmes rapport aux poids ». La femme se sentirait plus coupable surtout quand elle est en surpoids.  
 
D’après les chiffres de l’enquête, les normes de minceur auraient des répercussions sociales. « Les régimes seraient de plus en plus motivés par des raisons esthétiques et non médicales », insiste Mme Robineau. La santé passerait donc au second plan. Enfin, les sociétés où sont imposés ces idéaux de beauté élancée, sanctionneraient socialement les femmes rondes. Via par exemple des discriminations à l'emploi ou des moqueries répétées et publiques. Les récents propos, plutôt grossier, du styliste Karl Lagerfeld sur les personnes en surpoids, en sont un parfait exemple. Le couturier d'un passage médiatique à l'autre répète à l'envie que "personne ne veut voir de rondes sur les podiums", ou encore que "Le trou de la sécurité sociale, c'est aussi toutes les maladies attrapées par les gens trop gros". Malgré les plaintes contre ce genre de propos, les autorités peinent souvent à combattre les méfaits de ces normes, même si des campagnes ici ou là, comme en cet automne dans la ville de New York, tentent d'aider les jeunes filles ou les femmes à retrouver l'estime de soi, quel que soit leur corps...

Partout existent des standards, des normes, des préférences

Jean-François Amadieu, sociologue et directeur de l'Observatoire des discriminations

30.10.2013
Même si certains pays sont plus tolérants que d'autres vis à vis des corpulences et des apparences...
Partout existent des standards, des normes, des préférences

A lire pour aller plus loin

- Thibaut De Saint Pol, Le corps désirable. Homme et Femme face à leur poids,PUF, Paris, 2010.

- Jean-François AMADIEU, Le poids des apparences, Odile Jacob, Paris, 2005.