Terriennes

La mort de Jayalalithaa, idole de l’Inde, entre Bollywood et politique, déchaîne les foules

Inde femme politique décédée
© TV5MONDE

Jayalalithaa Jayaram, cheffe de l’exécutif du Tamil Nadu, Etat indien du sud et ex-vedette bollywoodienne, est morte lundi 5 décembre 2016. Objet d’un impressionnant culte de la personnalité, celle que l’on appelait «Amma» («mère») laisse tout un peuple orphelin... dont certains sont prêts à mourir pour elle. 

dans
Figure politique majeure en Inde, à la tête du Tamil-Nadu (sud), Jayalalithaa Jayaram, 68 ans, est décédée d'un arrêt cardiaque, lundi 5 décembre 2016. « C'est avec une peine indescriptible que nous annonçons le triste décès de notre estimée honorable ministre en chef (...) à 23h30 aujourd'hui », a déclaré l'hôpital privé « Apollo » à Chennai, la capitale régionale, dans un communiqué.

Idolâtrée dans tout le pays, des centaines de fidèles ont veillé jour et nuit devant l'hôpital, depuis son premier séjour au mois de septembre, suite à une forte fièvre. Leur nombre n'a cessé d'augmenter depuis que sa santé s'est détériorée ce dimanche.

Et dès l’annonce de sa mort, les réactions se sont multipliées sur les réseaux sociaux, à commencer par Narendra Modi, le Premier ministre ultra nationaliste indien, sur Twitter :
 
« Je chérirai les innombrables occasions qui m'ont permis d'échanger avec Jayalalithaa ji (terme honorifique). Que son âme repose en paix. »

Le parti politique de Jayalalithaa, All India Anna Dravida Munnetra Kazhagam (AIADMK), a tweeté une photo de l'impressionnante foule devant le Rajaji Hall, bâtiment public où son corps a été exposé pour que la population lui rende hommage, avant son incinération prévue ce lundi :
 
L'acteur indien Suriya Sivakumar, lui aussi originaire de Chennai, a également exprimé sa profonde tristesse :
« Restez en paix Madame, l'une des représentantes les plus charismatiques, audacieuses et courageuses dans toute l'Histoire de l'Inde !! Vous avez laissé derrière vous un magnifique héritage... !! Vous ne serez jamais oubliée et présente dans nos coeurs pour toujours... !! »
« Nous avons perdu une représentante du peuple, profondément attristé. Restez en paix. Dame de fer »


Quant aux journaux, ils ont évidemment tous réservé leur Une à Jayalalithaa :
   

Adoration mystique au plus haut niveau


L’Inde, pays rongé par d’inombrables affaires de viols de femmes, est aujourd’hui plongé dans le désarroi le plus total avec la perte de son icône féminine. Depuis sa carrière cinématographique dans les années 1960, avec plus de 120 films à son actif, le culte autour de sa personne - les acteurs de Bollywood sont souvent considérés comme des demi-dieux en Inde - est tel que par le passé, certains sont allés jusqu’à se mutiler, voire se suicider, pour lui manifester son soutien.

Admiration totale également dans le monde politique, où « ses ministres avaient pour habitude de s'incliner devant elle, et ses partisans rivalisaient d'ardeur pour exprimer leur ferveur, certains célébrant ses anniversaires en se faisant tatouer son visage sur la peau », relate l’AFP.

 
Les partisans de Jayalalithaa luttent pour voir son corps exposé à Chennai, en Inde, mardi 6 décembre 2016.
Les partisans de Jayalalithaa luttent pour voir son corps exposé à Chennai, en Inde, mardi 6 décembre 2016.
© AP Photo/Aijaz Rahi
Par crainte de violences en prévision de son décès, des contingents de police ont d'ailleurs été déployés devant l'hôpital. Lundi, quelques esprits échauffés au sein d'une foule de plusieurs milliers s'étaient heurtés aux barrages de police. Même si à la confirmation du décès, les chaînes de télévision ne montraient que des visages d'hommes et de femmes en pleurs.


Populaire coûte que coûte 


L'ancienne actrice avait profité de son aura pour gravir rapidement les échelons du parti AIADMK, jusqu'à devenir la ministre en chef du Tamil Nadu en 1991.
Elle occupera cette position à plusieurs reprises, régulièrement interrompues par des condamnations pour corruption. En 1997, les policiers avaient découvert lors de perquisitions de ses propriétés pas moins de 10 500 saris, 750 paires de chaussures, ainsi qu'une ceinture en or incrustée de diamants de 1,5 kg.

Jayalalithaa avait été brièvement incarcérée à deux reprises, la dernière en 2014.
Mais les accusations de mensonge et d'autoritarisme à son encontre n'avaient pas entamé sa popularité, le Tamil Nadu étant devenu sous sa férule, l'un des États les plus prospères de l'Inde.