Terriennes

La nouvelle “frontière” des femmes les moins qualifiées

Ouvrière d’une usine de conditionnement de petit pois Bonduelle dans la région du nord Pas de Calais à Estrées - AFP PHOTO/Philippe Huguen
Ouvrière d’une usine de conditionnement de petit pois Bonduelle dans la région du nord Pas de Calais à Estrées - AFP PHOTO/Philippe Huguen

Dans une analyse publiée en octobre 2013, le Boston Consulting Group se fait l'avocat des femmes “d'en bas”. Pour elles, pas de plafond de verre, mais une nouvelle “frontière”, qu'elles doivent franchir.

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Talons aiguilles et robe sexy : tel est le code vestimentaire des participantes du Women's Forum, le “Davos au féminin”, qui s'est tenu il y a une dizaine de jours à Deauville. Un forum qui s'intéresse avant tout aux femmes d'affaires, membres des conseils d'administration, ou avocates internationales. Certes, la solidarité entre femmes est censée être de rigueur. Mais le Boston Consulting Group a décidé de la pousser un peu plus loin, en ce concentrant sur les femmes “d'en bas” dans une étude, publiée à l'occasion du Forum.

Un fossé entre celles d'en haut et celles d'en bas

De façon étrange, déclare ainsi le Boston Consulting Group, l'exemple de l'intégration des femmes aux plus hauts postes des organisations peine à susciter une prise de conscience de même nature sur le sort des femmes à qualifications moyennes et basses, pourtant bien plus nombreuses : en France, plus de 10 millions de femmes sont concernées, alors que 1,7 million seulement sont cadres”. Quelque 10 millions de femmes en marge, qui ne profitent nullement de la progression de ces femmes d'affaires. C'est donc cette “frontière” qu'il faut aider les femmes “d'en bas” à dépasser.

L'enjeu est de taille. Si, en France, la parité hommes/femmes, en termes de statut professionnel et de salaire, devait être totale en 2033, le bénéfice pour l'économie de l'Hexagone serait énorme. La croissance gagnerait quelques points supplémentaires, pour atteindre un total de 10% de plus sur 20 ans. Un supplément appréciable en ces temps de crise...

Agnès Audier,  directrice associée au bureau de Paris du Boston Consulting Group
Agnès Audier, directrice associée au bureau de Paris du Boston Consulting Group
Comment faire, alors, pour conquérir cette nouvelle “frontière” ? “Il faut avant tout que les femmes soient mieux représentées dans les secteurs porteurs dont elles sont absentes”, répond Agnès Audier, directrice associée au bureau de Paris du Boston Consulting Group. Pour l'heure au contraire, les femmes se concentrent dans le secteur des services, de la santé, de l'administratif. Autrement dit, des métiers aux horaires souvent flexibles. Ce qui induit une double, voire une triple conséquence : temps partiel, d'abord, subi par 37% des ouvrières (contre seulement 14% des cadres), et salaires amputés, ensuite, mais aussi taux d'accès à la formation réduit : ainsi, une ouvrière sur cinq seulement profite de la formation (contre un ouvrier sur trois). Les chances d'évolution professionnelle des ouvrières en sont donc réduites d'autant. A cela s'ajoutent d'autres conséquences, telle que la pauvreté, en particulier pour les familles mono-parentales, majoritairement dirigées par les femmes, et pour les retraitées.

Défendre la mixité dans les filières académiques et professionnelle

Si les entreprises doivent agir, en aidant la trajectoire professionnelle des femmes les moins qualifiées - et les femmes en haut de l'échelle dans les sociétés doivent jouer un rôle moteur en ce sens, plaide le Boston Consulting Group - c'est toute la société, y compris les politiques publiques, qui doit défendre la mixité au sein des filières académiques et professionnelles. Un seul exemple, celui des filles, aussi douées que les garçons en mathématiques au lycée, mais qui choisissent rarement des filières scientifiques ensuite, et si elles le font, sélectionnent en général des filières peu porteuses, en tout cas financièrement ! Peu, par exemple, semblent vouloir s'épanouir dans les nouvelles technologies.

Par ailleurs, déclare le Boston Consulting Group, il faut faciliter l'accès des femmes à l'entrepreneuriat et à la création d'entreprise. Seules 28% des Françaises choisissent cette voie pour l'instant. Le gouvernement français souhaite d'ailleurs porter ce taux à 40% d'ici 2017.

Enfin, il ne faut pas oublier les efforts à consentir pour que les mentalités évoluent, notamment dans les représentations des hommes et des femmes en matière de travail et d'expertise. A ce titre, les enquêtes montrent, encore et toujours, que les femmes spécialistes dans tel ou tel domaine apparaissent moins fréquemment à la télévision que les hommes, par exemple. Et puis, comme le dit encore Agnès Audier, il faut “forger la conviction collective que l'intégration des femmes est créatrice de valeur pour la collectivité”. Un travail de longue haleine s'il en est, malgré les études et les statistiques allant dans ce sens...

Lysiane J.Baudu

Ancienne grand reporter à La Tribune, Lysiane J. Baudu a rencontré, pendant ses 20 ans de journalisme international, des femmes du monde entier. 
 
Ces "rencontres" feront l'objet de billets, qui lui permettront de faire partager ses impressions, ses analyses, son ressenti au contact de ces femmes, dont l'action professionnelle fait sens pour toutes les autres, de même que pour la société.